Le 20 janvier 2005

Le bison retrouvera enfin son marché

Par André Dumont, collaboration spéciale


Pierre Bélanger élève un troupeau de bisons d’environ 300 têtes à Earlton, dans le nord de l’Ontario. Photo André Dumont.

« On commence à voir la lumière apparaître derrière les nuages. » Pour Pierre Bélanger et la plupart des éleveurs de bisons du Canada, l’annonce de la réouverture prochaine de la frontière américaine aux bovins de 30 mois et moins n’arrive pas trop tôt.

« Nous ne sommes pas tout à fait rendus à sabrer le champagne, mais cette nouvelle marque un changement important. Nous allons retrouver notre marché principal », a indiqué l’éleveur d’Earlton, dans le Nord de l’Ontario.

Depuis la découverte d’un premier cas de maladie de la vache folle, en Alberta, il n’a pas souvent fait soleil sur les troupeaux de bisons canadiens. Du jour au lendemain, le premier marché d’exportation s’est retrouvé complètement fermé, ce qui a mis au jour une dure réalité: l’absence quasi totale d’un marché domestique.

Comme les producteurs de bovins, les éleveurs de bisons ont dû se tourner vers le marché local et tenter de vendre leur viande directement aux consommateurs. Ils ont eu la tâche bien difficile, car les Canadiens connaissent peu la viande de bison. De plus, les abattoirs disposés à recevoir ces bêtes au caractère nerveux sont très rares.

Dans le nord de la province, les quelques abattoirs en opération répondent difficilement à la demande, si bien que M. Bélanger est allé jusqu’à envoyer des animaux se faire abattre dans la région de Montréal. Présentement, il expédie une à deux bêtes par mois à Corbeil.

« Nous avons appris notre leçon. Maintenant, le vrai défi sera de développer notre marché national », affirme l’ancien vice-président de l’Association canadienne des éleveurs de bisons. Le Québec, déjà plus ouvert aux viandes spécialisées, sera ciblé d’abord.

Même si le marché américain sera bientôt rouvert, Pierre Bélanger entend maintenir le cap qu’il s’est fixé. « Je vais faire la chaîne au complet », avait-il confié en évoquant son propre projet de mise en marché, lors d’un entretien quelques jours avant Noël.

« J’ai été commerçant toute ma vie. Voilà que je me retrouve avec une viande qui a une valeur supérieure, pour laquelle il y a une demande. Le consommateur n’a aucune objection au prix, mais je ne peux pas la mettre dans son assiette », avait-il déploré.

Même à l’intérieur des frontières canadiennes, la vente de viande de bison n’a rien de simple. Difficile de trouver des abattoirs, pratiquement impossible d’entrer dans les épiceries et les coûts de transport sont importants. Il y a aussi la réglementation, qui va jusqu’à compliquer les échanges entre les provinces.

« Tout ce qu’il y a entre moi et le consommateur est un véritable casse-tête. » Cette frustration, Pierre Bélanger ne l’avait pourtant pas avant la fermeture de la frontière américaine à la viande rouge canadienne. Depuis ses débuts, en 1972, son troupeau de bisons lui procurait d’intéressants revenus, atteignant les 300 têtes.

Ces deux dernières années, il n’aura pratiquement rien rapporté. Plusieurs de ses veaux ont dépassé les 30 mois et ils ne prendront peut-être jamais la route des États-Unis. Par contre, les abattoirs américains ne demanderaient pas mieux que de recevoir à nouveau des bisons et la barrière des 30 mois correspond aux pratiques de l’industrie qui veut que les veaux soient abattus autour de l’âge de 27 mois.

« Les producteurs ont appris qu’ils peuvent vendre du bison dans leur région. Cela leur donne un certain contrôle sur le prix obtenu. Pour ma part, je ne veux pas être une victime à nouveau », affirme Pierre Bélanger, déterminé.

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