Volume 38 Numéro 4 - Le 20 novembre 2020

Le changement d’heure affecte aussi les agriculteurs



Par Julyen Renaud

Le retour à l’heure normale ne fait pas que des heureux. L’adaptation à ce qu’on appelle aussi l’heure d’automne est difficile pour certains. Les journées semblent plus courtes, le soleil se couche plus tôt et plusieurs ont le moral dans les talons. Qu’il ait sa raison d’être ou non, le changement d’heure vient avec plusieurs inconvénients, notamment pour les agriculteurs.

Les agriculteurs sont d’abord et avant tout des humains. Ils travaillent de longues heures tous les jours, se lèvent avant l’aube et mettent leur corps à rude épreuve. La vie sur une ferme, c’est avoir une routine bien ancrée, suivre un emploi du temps bien défini et vivre en fonction des saisons, au gré du soleil. Ce dernier se fait rare au mois de novembre : il se lève autour de 7 h et il n’est pas encore 17 h que le ciel se fait sombre.

Pour Marc Quesnel, producteur laitier, la journée de travail se termine nécessairement à la noirceur. Travailler quand il fait noir peut facilement devenir dangereux. « C’est sûr que là, on travaille avec des lumières le soir. Ça c’est malcommode. Il y a toujours un facteur de risque avec la noirceur. » Il ajoute que « quand on s’en va vers la grange à 5 h le soir et qu’on voit le soleil qui se couche, c’est un petit peu plus dur [sur le moral]. Il me semble que si le soleil se couchait à 6 h le soir, qu’on ait une partie de la traite de faite par le temps qu’il se cache, ce serait bien. »

Marc Quesnel, producteur laitier de Moose Creek.
Photo : Archives Agricom

Selon Angele D’Alessio, coordinatrice de l’engagement des parties prenantes pour l’Association canadienne pour la santé mentale, le retour à l’heure normale peut avoir des répercussions sur l’humeur des gens. « Nous savons que le changement d’heure peut jouer un rôle dans l’apparition de symptômes chez les personnes souffrant de dépression, comme le trouble affectif saisonnier. […] Pour certaines personnes souffrant de dépression ou d’autres troubles de l’humeur, l’approche du changement est une période de terreur, marquant symboliquement le début de la saison sombre lorsque le trouble affectif saisonnier (TAS) peut se déclencher. »

Les vaches à la merci du changement d’heure ?

S’il est vrai que le changement d’heure affecte les humains, c’est aussi le cas pour les animaux qui vivent autant que nous, sinon plus, en fonction du soleil.

« Le changement d’heure affecte les vaches parce que ça change leur routine. On essaie de diviser le changement d’heure sur une journée, une journée et demie pour essayer de ne pas les déranger », explique Marc Quesnel.

Comme les vaches anticipent la traite en produisant de l’ocytocine, une hormone qui facilite le travail de l’animal et de son propriétaire, reculer ou avancer l’heure peut faire en sorte que cette hormone ne sera pas sécrétée au bon moment.

Philippe Etter, président de la FERCA, tient également un discours semblable : « Les vaches laitières sont des animaux très routiniers. Il est très important que tout se fasse aux mêmes heures. [Quand vient le temps de changer l’heure], on essaie de faire une transition doucement sur deux ou trois jours. »

Philippe Etter, producteur laitier de Sarsfield.
Photo : Archives Agricom

Trois différents projets de loi ont été déposés depuis deux ans pour cesser la pratique du changement d’heure en Ontario. Le plus récent a été déposé par Jeremy Roberts, député d’Ottawa-Ouest-Nepean, en octobre dernier. Si ce projet de loi est accepté, l’Ontario conservera l’heure avancée toute l’année.

NDLR : Le mercredi 25 novembre 2020, le projet de loi du député Roberts a été adopté à Queen’s Park. L’Ontario fera le changement seulement si le Québec et l’état de New York emboîtent le pas. La province ontarienne ferait alors un passage permanent à l’heure avancée. Toutefois, aucun projet en ce sens n’a été abordé au Québec ou du côté de l’état de New York.

Le changement d’heure affecte également les animaux comme les vaches
en raison du changement de routine. Photo : Archives Agricom, Roxanne Lormand

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