Volume 29 Numéro 01 Le 17 août 2011

Le climat change, les agriculteurs aussi!


Par André Dumont, collaborateur


Le réchauffement de la planète est tout sauf un mythe. Si vous ne croyez pas les climatologues, demandez-le aux assureurs, ou encore même aux agriculteurs!

En entrevue téléphonique avec Agricom, David Phillips, climatologue senior chez Environnement Canada, dresse portrait réaliste et équilibré des changements climatiques.

Pour les climatologues, les statistiques sont sans équivoque : nos hivers sont déjà plus doux, les canicules sont plus chaudes et les orages déversent plus d’eau à la fois. Et la tendance ira en s’accentuant. Pour les compagnies d’assurance, les indemnités versées à la suite d’événements météorologiques extrêmes dépassent maintenant celles versées à la suite de feux.

Le réchauffement planétaire représente une opportunité pour les producteurs agricoles, surtout dans un pays froid comme le nôtre, affirme David Phillips. Déjà, on a semé et récolté du soya avec succès dans la Claybelt, cette vallée fertile du Timiskaming dans le nord-est ontarien. Dans le sud de la province, des essais avec des arachides et des pommes de terre douces ont cours.

David Phillips donne aussi l’exemple des érables à sucre. Avant 1980, la sève se mettait à couler avant le 21 mars seulement une année sur cinq. Aujourd’hui, les érables coulent avant le premier jour du printemps presqu’à toutes les années.

Il ne faut pas attribuer les changements climatiques strictement à notre consommation de combustibles fossiles, affirme David Phillips. Notre façon de modifier le territoire y contribue énormément. Pensons seulement au couvert forestier de la planète qui a diminué de moitié en 8 000 ans.

« Quand on convertit une prairie sauvage en champ de blé, puis en terrain de stationnement, cette surface reflète la chaleur et absorbe l’eau d’une toute autre façon », illustre le climatologue. Il ne faut donc pas s’étonner qu’une ville bétonnée et asphaltée soit un immense îlot de chaleur et que ses égouts pluviaux débordent lors des pluies torrentielles.

Pour David Phillips, tout a véritablement commencé avec le déluge du Saguenay en 1996, un bel exemple d’infrastructures inadéquates qui ont cédé face au déchaînement des éléments.

Si les inondations entraînent plus de dommages qu’avant, c’est que les anciennes zones tampon sont maintenant cultivées ou habitées, fait-il valoir.

Il y a toutefois matière à se réjouir. L’agriculture au Canada profitera grandement du réchauffement climatique, à condition de savoir s’adapter à une variabilité accrue du temps. Entre autres, les pluies seront plus fortes et les jours de sécheresse plus nombreux.

Selon David Philipps, il est clairement établi que nous connaîtrons moins d’épisodes de froid intense et plus d’épisodes de chaleur accablante. Les niveaux de CO2 seront plus élevés et les plantes en profiteront pour croître plus rapidement.

Autre certitude : la notion de « conditions normales » est appelée à disparaître. « Ne faites plus pousser ce que vos parents cultivaient, suggère le climatologue. Fiez-vous au plus sur le temps qu’il a fait au cours des cinq ou six dernières années. »

Dans le passé, il était coutume de subir une mauvaise année de temps à autre. À l’avenir, il faut s’attendre à une variabilité qui pourrait aligner plusieurs années difficiles, certaines très sèches, d’autres très humides, prévient David Phillips. 

Le genre de stress qu’ont connu les producteurs de l’Ontario en raison du printemps humide pourrait donc revenir très souvent.

Nos hivers froids nous procurent un grand avantage, souligne David Phillips : ils éliminent nombre de pathogènes. Avec le réchauffement climatique cependant, insectes et autres maladies des plantes élargiront leurs aires de reproduction et nuiront de plus en plus à nos cultures.

Saurons-nous nous adapter? David Phillips croit que oui. Même si nous surmontons notre dépendance aux combustibles fossiles, il fera quand même plus en plus chaud, soutient David Phillips. « Nous sommes condamnés à vivre dans un monde plus chaud. Adaptons-nous! »

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