Le 19 juin 2003

Le commerce équitable: un choix social et environnemental

Par Karine Filiatrault, Équiterre, collaboration spéciale


TransFair Canada appose son logo sur les produits qui respectent les principes du commerce équitable.

Avez-vous l’habitude de commencer votre journée par une bonne tasse de café? Ou encore préférez-vous croquer dans une tablette de chocolat en après-midi, pour le plus grand plaisir de vos sens’ Dans les deux cas, il est possible de faire en sorte que votre petit délice contribue au développement durable des communautés du Sud qui nous alimentent avec leurs produits. De quelle façon’ En choisissant du café et du chocolat équitables!
Le commerce équitable vise à répondre aux iniquités du système commercial conventionnel au sein duquel plusieurs pays tirent une source importante de leurs revenus par l’exportation de denrées de base, comme le café ou le cacao. Ces derniers sont principalement cultivés sur de petites fermes familiales qui impliquent plus de 34 millions de producteurs et d’ouvriers agricoles de part le monde.

Une crise dans le café et le cacao

Le café et le cacao sont transigés à la bourse. Entre 1980 et 2000, leur prix a diminué de plus de 50% (en termes réels), ce qui affecte directement les conditions de vie des familles productrices. « Parce que le café est la seule source de revenus pour des milliers de familles rurales, la pauvreté force les gens à quitter leur village. Les communautés sont déchirées par les départs, surtout des jeunes, vers les États-Unis. On ne sait jamais ce qui les attend à la frontière », explique Felipe Mendoza Ortiz, producteur de café dans l’État d’Oaxaca au Mexique.

Il est difficile pour nous de réaliser l’ampleur de cette crise puisque les prix que nous payons pour ces produits ne reflètent pas cette baisse des prix. En fait, leur marché est dominé par quelques transnationales: 6 compagnies contrôlent 80% de la distribution de masse du chocolat et trois accaparent 45% du marché du café. Ces entreprises profitent des faibles prix en bourse pour engendrer des profits records. Nestlé par exemple, un des plus importants torréfacteurs de café et fabricants de chocolat au monde, a généré au plus fort de la crise en 2000, des profits de plus d’un milliard de dollars US par la vente de breuvages, dépassant ainsi le PIB de plusieurs pays en développement.
Qu’est-ce que le commerce équitable?

Le commerce équitable est un mode d’échange plus juste et respectueux de l’environnement, développé à partir des années 40, suite à différentes expériences de commerce direct entre des pays du Nord et du Sud. Pour les petits producteurs, une partie de la solution passe par la mise en commun de leurs ressources et de l’offre, de manière à obtenir un meilleur prix pour leurs produits et développer leur communauté. À ce jour, le réseau du commerce équitable regroupe 400 organisations de producteurs, dans 40 pays, ce qui représente 800 000 familles.

Mais de quelle façon le commerce équitable contribue-t-il à l’amélioration des conditions de vie des communautés du Sud’ Tout d’abord, le café et le cacao équitables ne sont pas transigés à la bourse. Les coopératives de paysans négocient directement avec les importateurs, lesquels s’engagent à leur payer un juste prix. Le prix minimum du café équitable est de1,26 $ US/lb et celui du cacao est de 1750 $ US/tonne. Cette somme est généralement trois fois plus élevée que ce qu’ils auraient reçu sur le marché conventionnel.
De plus, sous le principe « un membre, un vote », les coopératives de paysans sont gérées démocratiquement. Une part des revenus est réinvestie dans des projets de développement liés à la santé, à l’éducation et à l’environnement. Conacado par exemple, une coopérative de petits producteurs de la République Dominicaine qui vend son cacao sur le réseau équitable, a réinvesti une partie de ses revenus dans la mise sur pied d’une pépinière qui fournit aux membres de jeunes plants de cacaoyers et des arbres fruitiers, ce qui constitue une source alternative d’alimentation et de revenus. Des services de santé ont aussi été organisés et permettent aux membres d’obtenir gratuitement des conseils et des médicaments.

Agriculture plus durable

Les importateurs du Nord ont aussi une part de responsabilités afin que les coopératives puissent mieux planifier leurs activités. Ils s’engagent à long terme auprès des coopératives et leur offre au besoin un crédit qui se traduit souvent par l’achat à l’avance d’une partie de la récolte.

Alors que la production intensive du café et du cacao conduit à des monocultures reconnues pour entraîner la déforestation, l’érosion des sols et l’utilisation accrue de pesticides et d’engrais chimiques, le commerce équitable encourage une agriculture écologique. Plusieurs produits équitables sont aussi certifiés biologiques, ce qui signifie qu’ils sont cultivés sous couvert forestier, sans l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques. Ces pratiques agricoles protègent la santé des cultivateurs et sont reconnues pour maintenir la biodiversité et protéger l’habitat de millions d’oiseaux migrateurs. Au Mexique, la coopérative de petits caféiculteurs UCIRI, une des pionnières du commerce équitable, a opté pour l’agriculture biologique. Avec les bénéfices du commerce équitable, elle a mis sur pied une école d’agriculture biologique et a conçu un projet de fabrication de confitures biologiques pour le marché local.

La certification équitable: la garantie pour les consommateurs

Le commerce équitable est encadré par un système de certification qui assure aux consommateurs que la production et la commercialisation de ces produits sont effectuées selon les normes équitables.
Sur le plan international, c’est Fairtrade Labelling Organizations International (FLO-International) qui certifie les coopératives équitables dans les pays producteurs et qui chapeaute les 17 organisations de certification nationales.

Au pays, TransFair Canada est l’organisme indépendant de certification qui travaille en collaboration avec FLO-International. TransFair Canada appose son logo sur les produits qui respectent les principes du commerce équitable, c’est-à-dire: un juste prix, un commerce direct, la gestion démocratique, le développement communautaire, le respect de l’environnement, l’accès au crédit, l’engagement à long terme et la transparence.

*Karine Filiatrault est chargée de projet chez Équiterre, un organisme basé à Montréal et « voué à bâtir un mouvement citoyen en prônant des choix individuels et collectifs à la fois écologiques et socialement équitables ».

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