Volume 35 Numéro 01 Le 25 août 2017

Le coup d’envoi officiel des pourparlers sur l’ALÉNA est donné


Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a accueilli ses homologues canadien et mexicain à Washington, ce matin (16 août 2017).

Par Alexander Panetta Pour La Presse Canadienne


La première ronde de négociations est en cours pour réformer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), et la Maison-Blanche a prévenu d’entrée de jeu qu’elle souhaitait des changements majeurs, pas de simples ajustements.

Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a accueilli ses homologues canadien et mexicain à Washington, ce matin, en ce jour « historique pour les États-Unis », a-t-il dit. M. Lighthizer a soutenu qu’il partageait le point de vue du président Donald Trump sur le commerce international, et que les États-Unis souhaitaient des modifications importantes à l’accord.

Pourtant, lors de son entretien avec Justin Trudeau, il y a quelques mois, M. Trump avait parlé de simples « ajustements » en ce qui concerne les relations commerciales avec le Canada.

En mai dernier, les États-Unis avaient officiellement annoncé qu’ils désiraient renégocier l’ALÉNA, un accord en vigueur depuis 1993. Au cours de sa campagne présidentielle en 2016, Donald Trump qualifiait l’ALÉNA de « désastre », et il évoquait la possibilité de déchirer l’accord. Le président a surtout affirmé par la suite qu’il tenterait d’abord d’ « obtenir un meilleur accord ».

« Soyons clairs: (le président) n’est pas intéressé par de simples ajustements sur quelques articles, et sur quelques sections qui ont mal vieilli », a prévenu M. Lighthizer à l’ouverture des négociations. Il a admis que plusieurs Américains avaient bénéficié de l’ALÉNA. Mais « nous estimons que l’ALÉNA a foncièrement déçu beaucoup, beaucoup d’Américains, et des changements majeurs s’imposent. »

M. Lighthizer a soutenu que l’ALÉNA avait causé la perte de 700 000 emplois aux États-Unis, surtout dans le secteur manufacturier.

Il a souhaité des changements notamment aux règles d’importation des pièces d’autos, aux normes du travail et au mécanisme de règlement des différends, qui devra respecter la souveraineté des États signataires, estime Washington. On savait déjà que les États-Unis souhaitent un meilleur accès pour leurs exportations en agriculture ― incluant les produits laitiers, le vin et les grains ―, une libéralisation des échanges et des achats en ligne, et de nouvelles règles sur la manipulation des devises.

Un vieux litige

Le mécanisme de règlement des différends constitue en soi un vieux litige entre Ottawa et Washington: lors des négociations de l’accord initial, en 1987, le Canada s’était retiré momentanément de la table tellement il tenait à ce mécanisme, et cette question avait été réglée au tout dernier soir.

Les Américains n’aiment pas trop que des différends transfrontaliers entre compagnies, par exemple sur le dumping ou les droits de coupe, soient tranchés par un comité paritaire international. Le Canada, de son côté, rechigne à l’idée de voir ces différends tranchés par les tribunaux américains: il préfère utiliser le « chapitre 19 » de l’ALÉNA, qui l’a bien servi dans le dossier du bois d’œuvre, par exemple.

Dans son allocution d’ouverture, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a exhibé une photo où l’on voyait des pompiers forestiers américains et mexicains venus combattre un incendie de forêt en Colombie-Britannique, en souhaitant que cet esprit « d’avantages mutuels » anime toutes les négociations. Elle a aussi rapidement cité des chiffres qui démontrent selon elle que la balance commerciale canado-américaine est « neutre ».

« Les relations économiques entre le Canada et les États-Unis sont les plus importantes, les plus efficaces et les plus mutuellement avantageuses du monde entier », a-t-elle dit. « De bonnes bases entraînent de bons résultats, et c’est ce que nous obtiendrons.»

Son homologue mexicain, Ildefonso Guajardo, a dit espérer que les négociations permettront aux trois partenaires d’en sortir gagnants, comme le souhaitait d’ailleurs récemment le vice-président américain, Mike Pence. M. Guajardo a estimé que l’ALÉNA était bien plus qu’un accord commercial: il a permis selon lui de rapprocher les trois pays, et de créer dans les esprits un grand espace nord-américain.

Cette première ronde de négociations se tiendra jusqu’à dimanche à Washington, avant de se poursuivre aussi chez les autres pays partenaires. Les trois capitales espèrent conclure une entente modernisée au début de 2018.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *