Volume 31 Numéro 20 Le 20 juin 2014

Le fruit de leur labeur dans nos assiettes


Photo ILessard

Josianne Haspeck

Par Josianne Haspeck
Collaboratrice
info@journalagricom.ca


Environ 16 000 travailleurs saisonniers étrangers sont attendus à nouveau cette année dans les champs de l’Ontario grâce au Programme des travailleurs agricoles saisonniers (PTAS). Des travailleurs à qui l’on doit la si grande diversité de produits agricoles ontariens.

Le PTAS permet aux employeurs d’embaucher des travailleurs étrangers temporaires lorsque des citoyens canadiens ne sont pas disponibles.

Selon le président de Foreign Agricultural Resource Management Services (FARMS), Ken Forth, sans eux l’Ontario n’aurait pu se tourner vers autant de productions maraîchères et fruitières.

« On se serait contenté des céréales et des grains. Les cultures de fruits sont si fragiles. Ils doivent être cueillis aujourd’hui, demain il peut être trop tard. On aurait certainement moins de cultures différentes », estime-t-il.

Ce ne sont pas que les producteurs qui profitent de la présence des travailleurs étrangers. Selon une étude réalisée il y a quelques années, on estime que deux emplois à temps plein sont créés pour les Canadiens dans l’industrie agroalimentaire pour chaque travailleur saisonnier agricole employé par le PTAS. On pense entre autres à des camionneurs dont on n’aurait pas besoin pour le transport des aliments si on ne pouvait les récolter.

Des travailleurs hors pair
Car peu de Canadiens recherchent des emplois temporaires dans des conditions parfois difficiles en raison de la météo. « En 20 ans, personne n’a pu récolter la qualité et la quantité de petits fruits comme les Jamaïcains qui viennent chez nous, soutient Gisèle Proulx, copropriétaire de la Ferme Proulx à Cumberland. Ils enlèvent les mauvaises herbes à la main et font les rangées à la pioche comme pas un. Ils ne prennent pas d’emploi aux Canadiens. »

Ils sont environ 9000 Mexicains et près de 8000 travailleurs des Caraïbes à venir travailler en Ontario cette année. S’ils sont payés au salaire minimum, ils peuvent gagner jusqu’à cinq fois plus que s’ils travaillaient dans leur pays. Cette entrée d’argent substantielle leur permet d’améliorer le standard de vie de leur famille.

« J’ai parlé récemment à un Mexicain qui a travaillé en Ontario pendant 27 ans. Cela lui a permis de payer les études universitaires de ses deux enfants et d’un de ses petits-enfants. Sans le travail saisonnier, il n’aurait jamais eu l’occasion de payer ça », indique M. Forth. D’autres réussissent à acquérir et opérer leur propre entreprise ou exploitation agricole dans leur pays.

Producteur de brocolis et laitues à Hamilton, Ken Forth emploie 16 travailleurs de la Jamaïque, dont certains reviennent depuis 30 ans. Ils sont hébergés dans une maison voisine. « Ils deviennent des amis. Ils font partie de la famille. On ne les regarde pas travailler, on travaille avec eux. Certains de mes travailleurs disent avoir deux maisons : l’une ici, l’autre dans leur pays », fait-il remarquer.

Le contrat de ces travailleurs stipule qu’ils doivent travailler un minimum de 40 heures par semaine. Mais selon les producteurs interrogés, les travailleurs étrangers ont pour objectif de récolter le maximum d’argent possible pendant leur passage temporaire au pays. Ainsi, à la ferme de Ken Forth, ils travaillent en moyenne 50-55 heures, cinq ou six jours par semaine.

« Aujourd’hui, il a plu. Les tâches qui devaient être faites sont remises à plus tard. Mais, on essaie d’offrir des heures régulières. Les employés sont plus en forme et de meilleure humeur. C’est le gros bon sens », précise Mme Proulx.

À la ferme Proulx, quatre travailleurs de la Jamaïque sont de retour cette année, certains pour une sixième année. « À leur première visite, on les familiarise avec le village, mais ils ne viennent pas ici pour pratiquer des loisirs », indique-t-elle.

Lorsqu’ils récoltent une quantité de petits fruits record ou qu’ils relèvent un défi fixé, il n’est pas rare que la Ferme Proulx les récompense avec un boni, un souper au restaurant ou un barbecue à la ferme.

Créé en 1966, le PTAS avait alors embauché 264 travailleurs.

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