Volume 33 Numéro 19 Le 3 juin 2016

Le lait A2 : une nouvelle tendance


La famille Eby: Sheri, Ben, Ruth et Jim.


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Depuis quelque temps, les compagnies de génétiques de bovins laitiers mettent un accent particulier sur les taureaux porteurs du gène A2 dans leurs dépliants de vente. Ce gène sous forme homozygote (A2A2) assure que la vache produira du lait contenant une grande quantité de protéines caséine bêta de type A2. Ce lait, communément appelé : lait A2, est de plus en plus en demande au sein du public. Selon certaines études, ce type de lait causerait moins d’effets indésirables sinon pas du tout, aux personnes atteintes de maladies qui comportent une intolérance aux produits laitiers ou qui ont une intolérance au lactose.

Historiquement, toutes les races de vaches produisaient du lait de type A2 jusqu’à ce qu’une mutation s’infiltre dans le génome des races d’origine européenne, il y a quelques milliers d’années. Grâce à cette mutation transmise d’une génération à l’autre, la variante A1 de la protéine caséine bêta a vu le jour. Dans la race holstein, ces deux allèles (A1 et A2) se retrouvent à des fréquences approximativement égales. Chaque vache a deux allèles codominantes qui contrôlent la production des caséines bêta. Cela signifie qu’une vache hétérozygote, ou qui a les deux allèles différents (A1A2) produit les deux types de protéines en quantité égale pendant qu’une vache homozygote, ou qui a deux allèles identiques (A1A1 ou A2A2), produit seulement une ou l’autre variante de la caséine bêta. Donc, par l’entremise de la sélection génétique, il est possible d’obtenir un troupeau complètement homozygote pour l’allèle A2 en quelques générations seulement.

Les caséines bêta A1 et A2 ne diffèrent qu’à un seul endroit sur leurs chaînes d’acides aminés respectives. Cette seule différence, aussi petite qu’elle soit, fait en sorte qu’elles sont digérées de façons différentes dans le corps du consommateur. En effet, lors du processus de digestion, la caséine bêta A1 se décompose pour former le peptide bêta-casomorphine-7 (BCM-7). Selon plusieurs conjectures, cet opioïde bioactif est souvent associé avec des maladies cardiovasculaires, le diabète de type 1 et des problèmes gastro-intestinaux et inflammatoires.

Malgré le manque de preuves scientifiques appuyant ces hypothèses pour l’instant, la tendance du consommateur vers le lait A2 est déjà bien établie en Nouvelle-Zélande où les producteurs de lait A2 reçoivent même des primes pour ce produit. En Amérique du Nord, bien que cette même tendance ne soit qu’à ses débuts, certains producteurs comme Jim Eby de la région de Waterloo en Ontario, ont déjà flairé l’occasion d’affaires. La ferme Eby Manor exploite un troupeau de 60 vaches Guernsey. Selon la Fédération internationale de Guernsey, la grande majorité des vaches de cette race sont homozygotes pour l’allèle A2. « Quand le DFO a décidé de permettre aux producteurs de transformer et de vendre leur propre lait, on a sauté sur l’occasion ! Nous voulions créer un produit de niche à valeur ajoutée qui se différencierait du lait standard grâce à son goût riche, sa texture onctueuse et, notamment, la présence majoritaire de la caséine bêta A2 », affirme Jim Eby. C’est ainsi que les produits Golden Guernsey ont vu le jour il y a maintenant près de quatre ans. Ces bouteilles de lait sont vendues à plus de 120 endroits dans le Sud-Ouest de la province. « Le marché pour le lait A2 en Ontario grandit de jour en jour. J’ai plusieurs clients, auparavant intolérant au lait, qui m’ont confirmé n’avoir aucune réaction négative au lait A2. Pour moi, c’est gratifiant de pouvoir leur offrir un tel produit. Par contre, je crois que la plupart des gens ne sont pas encore très informés sur le sujet ou ignorent complètement son existence. »

Il reste à voir si le Canada suivra les pas de la Nouvelle-Zélande en ce qui concerne le lait A2 ou si cette nouvelle tendance qui semble vouloir s’installer sera simplement de passage.

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