Volume 29 Numéro 08 Le 1er décembre 2011

Le lait cru fait du surplace


Nathalie Payette a tenu à manifester dans les deux langues officielles devant l'édifice de Santé Canada mercredi afin d'être entendue au sujet de la légalisation de la vente de lait cru. Photo : P Castonguay

Par Pascale Castonguauy, Association de la presse francophone


Une cinquantaine de personnes ont manifesté le 23 novembre dernier devant l’édifice de Santé Canada à Ottawa afin de sensibiliser les gens et les autorités en santé aux avantages de la consommation de lait cru.            

Au Canada, puisque la vente de lait cru est présentement interdite en vertu du Règlement sur les aliments et drogues, a priori, seuls les producteurs laitiers peuvent prendre la décision de consommer du lait cru. Depuis 1991, seule la vente de lait pasteurisé est autorisée en sol canadien.

« On demande que la consommation de lait cru soit reconnu. C’est un produit qui est consommé sans entrave dans de nombreux endroit dans le monde », mentionne Joël Demay qui consomme du lait cru depuis cinq ans. « La consommation de lait cru est vue comme étant dangereuse alors que les laiteries artisanales prennent un soin extrême du côté de l’hygiène », ajoute-t-il.

Pour que Santé Canada se penche sur la légalisation de la vente de lait cru, une soumission devra être déposée à ce sujet. « Pour pouvoir faire un changement à cette loi, une soumission qui démontre les valeurs nutritionnelles du lait cru ainsi que la sécurité de consommer du lait cru devra être déposée », explique le relationniste de Santé Canada, Stephane Shank. Au moment de mettre l’article en ligne, une recherche à savoir si une telle soumission a déjà été effectuée était en cours.     

M. Demay  raconte que c’est un peu par hasard qu’il a changé ses habitudes de consommation pour se tourner vers le lait cru. C’est l’intolérance au lactose de sa conjointe qui lui a fait découvrir le lait cru. « Lorsque le lait est pasteurisé à haute température, des bactéries sont éliminées, mais un nombre de bonnes choses sont éliminées aussi. Par exemple la lactase, une enzyme qui permet de digérer le lactose, disparaît dans le processus. »  

C’est la même raison qui a poussé Nathalie Payette a consommé du lait cru. « J’avais des problèmes de digestion [après avoir consommé du lait pasteurisé] et j’ai lu quelque chose au sujet du lait cru qui pourrait aider. En commençant à boire du lait cru, j’ai vu des changements au niveau de ma santé, j’ai moins de problème digestif et j’y ai pris goût », explique Mme Payette qui était sur place mercredi. « Le lait cru goûte tellement meilleur, ça goute vraiment comme ce que le lait devrait goûter », mentionne celle qui qualifie de « petit velours » le goût du lait cru comparativement à celui du lait pasteurisé.

Litige

Afin de contourner cette interdiction de vendre du lait cru, en Ontario certains producteurs laitiers ont plutôt choisi de vendre des parts de leurs vaches à des consommateurs. Par conséquent, ceux-ci deviennent en partie propriétaire de l’animal, donc les producteurs laitiers ne vendent pas directement du lait cru, mais accueillent des investisseurs dans leur entreprise.         

Toutefois, ce modèle est présentement contesté devant les tribunaux par les autorités ontariennes. En fait, le producteur laitier de la région de Durham, Michael Schmidt, a été reconnu coupable de 15 des 19 chefs d’accusation reliés à la vente de lait cru déposés contre lui. Le 25 novembre, il a été condamné à payer une amende de 9 150 $. La Couronne demandait que l’amende soit fixée à 15 000 $ alors que la Défense suggérait qu’une amende symbolique de 20 $ serait adéquate. Puisque la majorité des provinces réglementent aussi la vente de lait cru, ce sont les autorités provinciales qui déterminent les conséquences en cas d’infraction.        

Mm Payette est l’une des personnes qui a acheté une part d’une vache afin de pouvoir s’approvisionner en lait cru. « Je suis contente de pouvoir appuyer ma fermière, qui est une femme très courageuse de vouloir défier l’état des choses », poursuit-elle. « Je ne dis pas aux gens que tout le monde doit boire du lait cru, mais ceux qui veulent en avoir devrait pouvoir en obtenir. Et si on pouvait avoir un encadrement qui soit légal, qui permet de s’assurer de la qualité du lait cru comme dans un paquet d’autres pays», indique Mme Payette. « Je demande de légaliser la consommation du lait cru. »          

M. Schmidt n’est pas au bout de ses peines puisqu’il doit se présenter devant les tribunaux à nouveau le 5 décembre pour faire face à des accusations similaires, mais en Colombie-Britannique cette fois.

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