Volume 35 Numéro 21 Le 13 juillet 2018

Le miel lui colle à la peau


L'apiculteur David Gratton dont le miel est commercé sous l'étiquette, Oh Miel!

Par Isabelle Lessard Collaboratrice


David Gratton n’a pas froid aux yeux. Ce jeune homme de 30 ans a deux passions hors du commun qui sont reliées par un thème : les ailes. Les ailes d’avion et celles des abeilles.

C’est dans un aéroport de l’Est ontarien où il s’exerce à piloter des ultralégers dans ses temps libres que l’apiculteur a choisi d’établir une partie de ses ruches. C’est à cet endroit même qu’il nous a donné rendez-vous, un soir de semaine ensoleillé du mois de juin.

Pourquoi avoir choisi l’aéroport, outre le fait qu’il pouvait s’adonner à ses deux passe-temps ? Parce que les fleurs sauvages y sont présentes en grand nombre et qu’elles s’y épanouissent sans être arrosées de pesticides, au grand bonheur des butineuses. Également parce que le terrain vague permet une meilleure exposition au soleil, faisant en sorte que les abeilles s’activent plus tôt en journée.

Un projet rassembleur

L’entreprise Oh Miel!, qui a vu le jour au printemps 2015, était à la base un projet grand-père-petit-fils. Les deux complices sont d’abord allés suivre une formation de base ensemble, puis assoiffé d’information et muni d’une volonté sans limites de bien faire les choses, David a parfait ses connaissances en prenant quelques cours supplémentaires à l’Université de Guelph. Aujourd’hui, l’entreprise de Gérard et David compte 65 ruches au plus fort de la saison.

« Ça nous a rapprochés », explique le jeune agriculteur. « On n’a pas acheté notre première ruche pour démarrer une entreprise. » De fait, leur exploitation a grossi au même rythme que leur passion pour les pollinisateurs… et leur multiplication. « On avait tellement de miel qu’on ne savait plus tellement quoi faire avec, donc on a démarré la vente au grand public », de dire David, conscient qu’il y consacre tout son temps libre.

« C’est notre deuxième job à temps plein », rigole-t-il, en regardant sa conjointe Delphine du coin de l’œil, elle qui voit la passion de son amoureux prendre des propensions plus grandes que planifié initialement. Elle lui lance un sourire en coin. « Je pourrais facilement doubler et tripler la quantité de ruches cet été, mais j’essaie de garder cela gérable », réplique-t-il.

« David travaille fort, avoue sa conjointe qui n’avait elle-même jamais approché des ruches de sa vie. Il ne va pas l’avouer, mais il passe beaucoup de temps à s’occuper de ses abeilles. » Elle aussi d’ailleurs. C’est Delphine qui s’occupe entre autres d’extraire le miel à Alfred et de tenir le kiosque de vente aux marchés de Cumberland et d’Orléans. L’ergothérapeute a aussi eu la piqûre pour ses petites bêtes.

Diversification
Voyant la demande pour leur miel croître, les jeunes entrepreneurs ont fait le choix de se différencier des autres apiculteurs. « Nous avons dépensé une grosse somme pour les étiquettes et le marketing, avoue David. Beaucoup d’Ontariens produisent leur miel à la maison et vendent les surplus dans les marchés. Nous avons voulu nous différencier de cela. »

C’est d’ailleurs ce qui a accroché l’œil d’Audrey Lizotte de la ferme l’Artisan, à Riceville. Elle et sa conjointe Mireille Leroux allaient bientôt perdre leur apiculteur qui s’occupait de la pollinisation de leurs pommiers au printemps. Elles sont aussitôt tombées en amour avec les étiquettes et l’image de marque de Oh Miel! et elles ont proposé à David d’établir un troisième site d’élevage.

Son investissement ne lui a certainement pas nui puisque le bouche-à-oreille a fait son œuvre et un autre type de demande lui a permis de diversifier son offre : celle de la vente d’abeilles.

« C’est malheureux puisque beaucoup d’apiculteurs perdent leurs abeilles chaque hiver, mais nous avons été chanceux jusqu’à présent et nous n’avons pas eu de pertes substantielles, raconte l’apiculteur. »

C’est donc par solidarité envers ses paires que Gérard et David ont répondu à l’appel. Aujourd’hui, le marché de la revente d’abeilles et de ruches constitue la moitié des ventes de l’entreprise.

« Au printemps, le fait de savoir qu’elles ont presque toutes passé l’hiver, c’est wow ! Il a fait -35 degrés Celsius cet hiver et c’est comme si de rien n’était », s’étonne-t-il encore.

Quelques faits intéressants

C’est dans les provinces des Prairies que l’on retrouve la plus grande partie des 7 000 apiculteurs canadiens. Les abeilles s’y épanouissent particulièrement bien en raison des millions d’acres de champs de canola. D’ailleurs, les provinces de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba comptent à elles seules 475 000 colonies d’abeilles. La taille moyenne des entreprises apicoles de ces provinces est de 2 000 ruches.

Saviez-vous qu’en plus du miel que les abeilles produisent pour se nourrir, une ruche produit à elle seule plus de 100 livres de miel supplémentaire ? Ce n’est pas peu dire, mais pour une moyenne de 50 000 pollinisateurs par ruche, ce n’est peut-être pas tant que cela tout compte fait.
Source : Canadian Honey Council

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