Le 1er octobre 2003

Le Père Itoine: De la publicité de mauvais goût


Debout depuis plusieurs minutes j’ai préparé le déjeuner, soit une bonne soupane et un lait de poule. Le vieux Bélanger ronronne, fort d’un bon cartier de tremble; je garde mon bois d’érable pour l’hiver. Dehors il va faire une journée splendide. Depuis quelques jours, il a plu et je n’ai pas eu la chance d’aller faire ma marche habituelle. Puce mon vieux saint-bernard, tout comme moi, aimerions bien aller faire un tour au bois.

Après avoir déjeuné, je pars pour le bois, Puce est fort heureux et branle la queue, lui il le sait qu’il s’en va au bois. Chemin faisant, je réalise qu’une autre saison tire à sa fin et que l’automne est là. Un voilier d’outardes survole le champ de mon voisin Ansème, signe avant-coureur que l’été tire sa révérence. Rendu à mon âge j’apprécie encore plus la vie qui passe tellement rapidement. Chemin faisant, je réalise que le soya est prêt. Il suffit d’avoir deux journées de soleil et on va pouvoir le récolter. Mon gendre Henri et ma fille Monique qui sont sur la ferme familiale me disaient l’autre jour que quelques fermiers ont déjà récolté et que les rendements sont bons. Henri me disait qu’il a terminé l’ensilage de maïs et que ça devrait faire un aliment très succulent, riche en protéine et en énergie. Les nouveaux cultivars que la recherche a permis de développer font en sorte que le maïs d’ensilage est une très bonne source d’énergie pour nourrir les troupeaux laitiers et de boeufs.

J’arrive au bois. Déjà les feuilles ont commencé à changer un peu; on dirait que la photosynthèse est moins avancée cette année. Normalement à la fin septembre les coloris sont plus avancés que ça. Plus je m’enfonce dans la forêt plus je réalise que l’odeur du sous-bois est bien présente. Je décide donc de me rendre plus profondément dans la forêt là où Henri a abattu l’an dernier quelques gros arbres matures qui avaient été blessés lors du grand verglas de 1998. Il pensait bien qu’ils étaient pour survivre mais voilà les dommages étaient trop importants. Je m’assois donc sur une grosse souche pour reposer mes vieilles pattes.

Puce décide de faire la même chose étant presque aussi « jeune » que moi. J’avais apporté avec moi un sac de peanuts en écaille et je vais tenter de les donner aux écureuils. Pendant plusieurs minutes d’attente je me replonge dans mes souvenirs du temps ou Cornaline était encore avec moi. Je réalise que je suis rendu à l’automne de ma vie mais il me reste encore plusieurs belles années si je prends soin de moi, mais je sens la lourdeur des années qui m’assaillent.

Soudainement j’entends du bruit dans les feuilles, Puce tout comme moi sommes surpris et tendons l’oreille. C’est un petit suisse qui ramasse des noix pour l’hiver. Je lui lance donc une peanut, il se rapproche très prudemment tout en regardant mon vieux Puce du coin de l’?il. Cela ne le rassure pas de voir ce gros poilu près de moi, mais la tentation étant très forte, il s’est rapproché pour finalement partir avec l’arachide. Au bout de dix minutes il est de retour je lui en donne une autre encore plus près. Il s’approche et part encore avec et je me dis qu’il va mettre cela dans sa réserve pour l’hiver. Finalement à force de le nourrir, il monte sur moi mais là je lui en donne deux et même trois qu’il met dans ses joues. C’est fascinant de voir les animaux en forêt se préparer pour passer l’hiver qui s’annonce, tout comme les agriculteurs qui engrangent les fourrages et autres denrées pour nourrir le cheptel. Après plusieurs minutes à nourrir mon petit copain je reprends la route du retour avec mon vieux Puce.

Lorsque je reviens du bois je me sens

habituellement en paix ave le monde mais ce matin il y a une chose qui me tracasse au plus haut point c’est la publicité de Bell Mobilité qui passe à la télévision francophone. On nous montre une famille d’agriculteurs tarés des années 40. Je ne peux pas croire que le CRTC permet ce genre de publicité. On nous montre le père, la mère les enfants, et le grand-père tous habillés tout croche. Le père dit qu’il a seulement quelques poches de patates pour passer l’hiver, la fille coure après une poule pour lui faire la peau pour les réserves de l’hiver et la mère qui lave son grand garçon dans une cuve, le garçon étant habillé de ses combines, ses bas et il a dans ses bras un petit cochon de lait. Finalement le grand-père est enterré sous le tas de fumier et on lui dit qu’il devra devancer son bain d’une couple de mois. Lorsque je vois des imbécillités comme ça je suis hors de moi-même. Les agriculteurs professionnels qui vivent sur des entreprises modernes en 2003 ont raison de s’offusquer de ce type de publicité qui est retransmise sur nos ondes. Oserait-on ridiculiser ainsi les professions médicales ou les enseignants’ Pourquoi les agriculteurs’ Des gens qui n’ont pas eu de contacts avec le monde agricole depuis plusieurs années semblent penser que les agriculteurs sont restés au Moyen âge. Je n’en reviens tout simplement pas qu’on permette de telle chose en 2003. On sait que l’écart entre les citadins et le monde rural s’élargit d’année en année.

Un travail de moine est fait par Agricom, Agri-Tour et d’autres intervenants, pour faire connaître le travail du monde agricole pour faire en sorte que l’on connaisse mieux la provenance des produits du terroir et le rôle important de l’agriculture dans le monde moderne.

Aujourd’hui la publicité fait vendre des produits en quantité industrielle mais quand je vois une publicité comme celle de Bell Mobilité qui nous fait passer pour des arriérés je dis que l’on est rendu bien bas pour faire ce genre de truc. Moi je ne l’ai pas trouvé bien drôle mais pas du tout, j’espère que si vous avez vu cette publicité, vous allez réagir. Henri et Monique veulent porter plainte au CRTC pour que l’on retire cette annonce dégradante, de nos écrans. Et vous est-ce que vous allez réagir?

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