Volume 31 Numéro 17 Le 9 mai 2014

Le retard d’ensemencements américain menace-t-il la récolte ?


Jean-Philippe Boucher

Par Jean-Philippe Boucher
Spécialiste en mise en marché du grain
jpboucher@grainwiz.com


Comme chaque année, au printemps, les marchés font choux gras des ensemencements aux États-Unis et des retards, s’il y a lieu. Est-ce qu’ils seront complétés dans les temps ? Si le retard persiste, les rendements seront-ils affectés ?

Gardant à l’esprit qu’une baisse de 4% des intentions d’ensemencements en maïs aux États-Unis est prévue cette année, il y a de quoi s’interroger. Et, avec la fermeté de la demande de maïs des derniers mois, la possibilité d’une moins bonne récolte cet automne est d’autant préoccupante. Mais, toute cette nervosité est-elle vraiment justifiée ?

Comme l’illustre le graphique ci-joint, en date du dimanche 4 mai, il faut tout d’abord reconnaitre qu’avec seulement 29% des ensemencements complétés, les Américains sont bel et bien en retard. Pas autant que l’an dernier cependant, où seulement 11% étaient complétés à pareille date. Mais comparativement à la moyenne des cinq dernières années qui est de 42%, il y a effectivement du retard.

Pourcentage historique semis US - JPBoucher - web

À ce stade-ci, il faut toutefois reconnaitre qu’il reste encore deux semaines avant que le cap de la mi-mai soit atteint; période à partir de laquelle il est généralement entendu qu’il est tard pour semer du maïs sans que les rendements soient affectés. Sachant que les producteurs ont la capacité de semer très rapidement du maïs, ces deux semaines pourraient être suffisantes. Par exemple, en seulement une semaine l’an dernier, 43% du maïs avait été semé. Un peu de beau temps, et aussi bien dire que le tour est joué.

Avançons cependant l’idée que les conditions restent encore mauvaises pour plus de deux semaines. Peut-on alors affirmer que la récolte américaine de maïs sera moins bonne faute de rendements plus faibles? D’un point de vue agronomique, il semble effectivement que ce soit le cas.

Par contre, historiquement, la réalité est beaucoup plus trouble. Par exemple, depuis 1990, on peut compter sept occasions où les ensemencements américains étaient complétés à moins de 75% après le 20 mai. Et d’après vous, en combien d’occasions les rendements obtenus ont été sous les moyennes ? Seulement trois …

Comme le rappellent plusieurs spécialistes, ce n’est pas à proprement parler la période de semi qui affecte le plus le rendement de manière significative, mais plutôt les conditions dont les cultures profiteront au cours de l’été, notamment au cours de la période de pollinisation en juillet. Autrement dit, on ne peut affirmer que les rendements ne sont pas affectés par un ensemencement tardif, mais ce serait surtout les conditions qui s’en suivent qui seront déterminantes.

Si les marchés se préoccupent avec raison du retard actuel des ensemencements de maïs américain, puisque la situation pourrait bel et bien s’envenimer, il faut néanmoins rester prudent. Les producteurs profitent encore de plusieurs jours pour rattraper le temps perdu d’ici la mi-mai. Il faut reconnaitre aussi que la période de semis elle-même n’est pas nécessairement le gage d’une bonne ou d’une mauvaise récolte autant que ne le sont les conditions dont profiteront les cultures par la suite.

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