Volume 30 Numéro 18 Le 24 mai 2013

Le wapiti, cet animal méconnu


Jean-Pierre Dallaire se passionne pour son troupeau de wapitis, un projet de retraite pour sa femme et lui. Photo courtoisie

Marc Dumont

Par Marc Dumont
Correspondant – Nord de l'Ontario
info@journalagricom.ca


La vache, non merci! Le bison, c’était trop gros et le seul revenu qu’on peut en tirer, c’est la viande. Alors pourquoi pas le wapiti ?! C’est le choix qu’ont fait des éleveurs de Smooth Rock Falls qui chérissaient le rêve d’élever de gros animaux à leur retraite.

Lola et Jean-Pierre Dallaire, tous deux propriétaires du Ranch du Wapiti, admirent quotidiennement de leur fenêtre de salon des dizaines de wapitis qui gambadent dans les champs avoisinants la maison.

Leur troupeau est composé de 60 wapitis, dont 35 femelles et 25 mâles, et les Dallaire s’attendent à voir naître une vingtaine de petits au printemps.

Pourquoi le wapiti? Les Dallaire se sont installés en forêt et cherchaient un animal d’élevage. En Ontario, il s’agit d’une bête peu conventionnelle, alors qu’en Alberta, cette industrie est bien implantée.

Bois de velours
Et il n’y a pas que la viande qu’on peut tirer du wapiti ; il y a le bois de velours qu’on récolte tous les ans. Il s’agit d’un produit de niche méconnu.

Le bois de velours est considéré en Amérique du Nord comme un supplément alimentaire naturel fait de l’intérieur du bois des wapitis quand il est à l’étape du développement du velours. En Asie, c’est un ingrédient médicinal fondamental à la pratique de la médecine traditionnelle chinoise.

Les Asiatiques achètent le bois de velours congelé tel quel, tandis que pour les autres marchés, le bois de velours est vendu en poudre ou en capsule soit pour les humains ou pour les animaux.

Le bois de velours est produit par le mâle dès sa deuxième année d’existence et plus l’animal est vieux, plus son panache est pesant. Un bon spécimen peut produire 32 livres de bois de velours en une année. C’est justement la capacité à produire un bois de velours massif qui détermine le choix du mâle destiné à l’accouplement. C’est ainsi qu’on améliore la génétique du troupeau.

Et un mâle peut servir à l’accouplement d’une soixantaine de femelles! Quant aux mâles qui ne produisent pas assez de bois, ils sont envoyés à l’abattoir. L’an dernier, les Dallaire en ont envoyé 18.

Gestion du troupeau
Les wapitis ont une hauteur moyenne au garrot  de 1,70 mètre. Jean-Pierre a donc dû installer 17 000 pieds de clôture de huit pieds de hauteur pour contenir tout ce bétail. L’ensemble couvre 70 acres, séparés en dix enclos. Chaque section est munie d’un jeu de barrières pour permettre une rotation du troupeau en douceur dans les enclos.

Contrairement aux vaches, un troupeau de wapitis ne se contrôle pas par-derrière. Lorsque Jean-Pierre veut amener le troupeau des mâles ou celui des femelles à changer d’enclos, il apporte un seau de suppléments alimentaires et ouvre la barrière. Dès que le premier animal est attiré, les autres suivent aussitôt.  « Toute manipulation se fait calmement, » conclut-il.

Cette aventure est un projet de retraite pour les Dallaire. Ils font tout, de A à Z : de la production du foin sur un terrain que Jean-Pierre a lui-même défriché, à la mise en marché du bois de velours dont s’occupe Lola.

À long terme, le couple espère augmenter leur troupeau à 150 ou 200 têtes et ouvrir un magasin au ranch pour vendre la viande et le bois de velours. En attendant, ils prennent plaisir à flatter ces belles bêtes curieuses, jalouses et majestueuses comme des gazelles.

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