Volume 34 Numéro 09, le 16 décembre 2016

L’entraide et le partage, une seconde nature en agriculture


Photo prise autour de 1937 à Lemieux dans l'Est ontarien. Hilaire Vallée et sa fille Gertrude, âgée d’environ un an.

Par Evelyn Levac


CHRONIQUE COMME DANS L’TEMPS – Dans mon milieu d’agriculture, je ne travaille pas, je ne fais que vivre, tout simplement. Les tâches quotidiennes ne connaissent pas des heures de travail prédéterminées ou des fins de semaine. Elles évoluent au gré des saisons changeantes. On n’y pense pas, on les accomplit. C’est automatique. C’est nécessaire. Quand on travaille avec la nature et le vivant, c’est comme ça. Les agriculteurs suivent ce rythme depuis toujours. 

J’aime entendre les plus vieilles générations me raconter leurs histoires d’autrefois. Leurs histoires font, en quelque sorte, partie de la mienne et j’en ressens une immense fierté. Une histoire qui m’a particulièrement marquée m’a été racontée par mon père qui la détient, lui, de son grand-père paternel, Arthur Levac. Celui-là même qui a fondé la ferme familiale que nous opérons toujours à Saint-Bernardin : « Après un gros orage, on sortait de nos abris pis on regardait autour, vers chez les voisins. Si on voyait de la boucane ou si on recevait la nouvelle qu’une grange avait passée au feu, on attelait les chevaux sur un wagon qu’on remplissait de bois, d’outils, bref, tout ce qui pouvait être utile, pis on allait aider à rebâtir. C’était ça notre assurance. » C’est juste beau! À une époque où pratiquement tout le monde en arrache, la communauté entière prend le temps de venir en aide à son prochain qui, malgré la pauvreté bien répartie, en souffre un peu plus qu’eux-mêmes. Ces gestes de soutien étaient pour eux une seconde nature. D’après moi, cette histoire illustre à merveille les valeurs sur lesquelles nos communautés agricoles ont été fondées : l’entraide, le dévouement, le courage et la force de corps et d’esprit. 

« On avait quelques vaches pour le lait, des poules pour des œufs, des cochons qu’on engraissait pour tuer à l’automne, des jardins remplis de légumes. C’était surtout pour nourrir la famille pis on vendait les surplus. C’était ça la vie! On vivait à peu près tous pareil, en tirant nos épingles du jeu. Pis s’il arrivait un malheur à quelqu’un, tout l’monde se réunissait pour les aider », m’a raconté ma grand-mère, Gertrude Levac, en décrivant la vie sur la ferme jadis. Bien sûr, avec la venue et l’évolution des technologies agricoles on est beaucoup plus autonomes qu’autrefois. L’agriculture de subsistance a fait place à une agriculture plus commerciale, axée sur l’argent et l’entreprenariat. On manque de temps, on court, on est stressé. Cependant, des traces de l’esprit d’entraide fondamental à la vie de nos prédécesseurs refont surface en temps de crise ou lorsqu’un malheur s’abat sur des membres de la communauté agricole. Après tout, nous sommes les quelques chanceux qui ont la chance de partager cette même passion, de conserver ce mode de vie. C’est ce qui fait notre force, notre unité.

Et il n’y a pas que dans l’épreuve que nous nous entraidons. Cet esprit de partage est  très présent, en cette période des Fêtes, alors que nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à mettre la main à la poche pour venir en aide aux moins bien nantis. J’ai grandi dans cet esprit et je m’en réjouis.

Joyeuses Fêtes!

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