Le 19 juin 2002

Les agriculteurs jouent au ?Monopoly?

Par André Pommainville, agronome


L’agriculture ressemble parfois au jeu de Monopoly. Sans doute en lisant cette introduction, vous allez vous dire que j’ai beaucoup d’imagination parce que les agriculteurs sont des personnes sérieuses qui perçoivent leur profession d’une façon raisonnée et ne laissent rien au hasard. Je vous explique mon point de vue.

Pour faire justice à l’ensemble des agriculteurs, je dois séparer les productions contingentées et celles non-contingentées. Ceci semble assez facile sur papier, mais en réalité c’est beaucoup plus compliqué que de simplement séparer les différentes productions, puisque les productions contingentées telles qu’avicoles et laitières ont besoin des autres productions pour survivre. La grande différence, c’est que les entreprises agricoles qui vendent leurs produits sur un marché contingenté peuvent déterminer avec assez d’exactitude leur revenu brut. Leur budget d’opération devient presqu’un exercice de comptabilité.

Pour revenir à notre jeu de Monopoly, les joueurs (agriculteurs) dans ces situations jouent avec des critères financiers bien précis. Toutefois, l’agriculture demeure l’agriculture, et les productions contingentées doivent parfois investir beaucoup pour se prévaloir de cette sécurité financière. Le prix d’acquérir ou de posséder un « quota » de production représente un pourcentage important de l’actif de ces entreprises. On y parle souvent en terme de millions de dollars pour ce droit d’être propriétaire des quotas de production.
Ce sont toutefois les productions non-contingentées qui ressemblent le plus au jeu de Monopoly. Il n’y a presque rien de certain dans les résultats escomptés par ces producteurs. Pour simplifier mon article, je vais prendre l’exemple d’un producteur de grandes cultures.

Celui-ci est à la merci de beaucoup de facteurs dont il n’a aucun contrôle et en plus c’est souvent la société qui dicte à ces producteurs la manière de gérer son entreprise, surtout sur le plan agroenvironnemental.

Voyons en premier lieu les éléments essentiels pour obtenir une récolte sur lesquels les producteurs n’ont aucun ou très peu de contrôle. Les conditions climatiques reviennent souvent comme le facteur le plus déterminant. Il y a trop de pluie, il fait trop froid, c’est trop sec, il y a danger de gel, il y a trop de vent (irrigation), le montant d’unités thermiques de croissance n’est pas suffisant, il y a? et la liste continue.

Toutes ces conditions sont des facteurs importants sinon déterminant sur les rendements de nos cultures. L’agriculture moderne est un monde de précision et chaque étape est dépendante des autres phases dans le cycle de croissance des plantes. Les conditions des sols, de l’environnement et de la température doivent être propices pour optimiser la germination et la croissance des plantes ainsi que le contrôle des insectes, des maladies et des mauvaises herbes dans nos cultures.

Revenons à notre jeu de Monopoly et on relance les dés. Parfois d’autres embûches surviennent. Avec la mondialisation de notre monde cosmopolite, l’agriculture primaire devient souvent le bouc émissaire de notre société. Cette situation se répète trop souvent et les dirigeants agricoles s’essoufflent rapidement à essayer de défendre leurs causes et de sensibiliser les consommateurs à l’importance de l’agriculture. La population veut avoir des produits agricoles de belles apparences d’une qualité impeccable à de très bas prix. Tout cela doit être produit dans un contexte environnemental qui répond aux normes des politiciens qui doivent passer des lois qui répondent aux besoins et aux demandes de la société. Nos producteurs subissent des contraintes qui sont justifiables pour le bien-être de notre milieu quotidien mais avec très peu de support financier venant de cette même société.

Selon les statistiques, la moyenne d’âge de nos producteurs agricoles est la même que la plupart des travailleurs qui songent à prendre leur retraite ? est-ce normal et pourquoi la relève se fait-elle attendre et est-elle si peu nombreuse. Qui doit résoudre le problème ? Je n’ai aucune crainte que la population de notre société moderne avec tous ces systèmes informatisés et technologiques va continuer de se nourrir, mais sous quelles formes et quelles apparences ? Mon ordinateur ne me donne pas de réponse. (C’est peut-être parce que je suis pratiquement illettré du point de vue informatique ! ).

Je retourne à mon jeu de Monopoly, mais je ne suis pas le seul joueur dans le monde agricole. En plus des producteurs, nous retrouvons une panoplie d’intervenants agricoles qui essaient tous de survivre. Je pense ici aux camionneurs, aux fabricants d’équipements agricoles, aux transformateurs, aux nombreux vendeurs et spécialistes de tous genres, les chercheurs, les multinationales, les détaillants et la liste continue?

Personne ne doute des retombées économiques que l’agriculture procure, mais il semble que très peu se préoccupent du noyau primaire de ce cycle économique qui commence avec les agriculteurs. Sommes-nous une espèce en voie de disparition ? Non, non, non.

Il y aura toujours des producteurs agricoles mais qui seront-ils ? Je n’ose même pas m’aventurer sur cette philosophie de changement, car il y a trop de facteurs sur lesquels les agriculteurs d’aujourd’hui n’ont aucun contrôle. Aussi longtemps que nos politiciens ne reconnaîtront pas la VRAIE valeur économique de l’agriculture au Canada, l’image du monde agricole va demeurer sensiblement la même pour plusieurs années.

Comme conclusion, j’aimerais résumer ce court exposé en vous souhaitant bonne chance dans vos décisions mais un fait demeure ? l’agriculture tout comme le jeu de Monopoly ressemble souvent à un jeu de hasard dans le contexte actuel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *