Volume 29 Numéro 07 Le 16 novembre 2011

Les agriculteurs négligent la gestion

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


Une récente étude de l’Institut de gestion agricole (IGA) révèle que les agriculteurs ontariens ont encore un pas à franchir en termes de gestion d’entreprise. Le Rapport de l’étude de base sur la planification et la gestion d’entreprise agricole en Ontario dévoilé le 4 novembre dernier démontre entre autres que moins du quart des fermiers ont un plan d’affaires et seulement la moitié d’entre eux le révisent annuellement. Il s’agit d’un constat pour le moins inquiétant et désolant pour les conseillers en gestion de la province.

Bien qu’une forte majorité des agriculteurs (79%) estiment que la planification d’entreprise constitue une fonction importante de l’exploitation de leur ferme, peu passent à l’action. Il semblerait que les propriétaires de ferme soient repoussés par cette pratique, trop peu concrète à leurs yeux.

Règle générale, les répondants ont affirmé ne pas percevoir le besoin de faire de la gestion, pour différentes raisons. La forte majorité d’entre eux (34 %) répondent qu’ils ne sont pas intéressés et 11% préfèrent le faire eux-mêmes. D’autres raisons ont également été évoquées, telles que le manque de temps, la satisfaction avec la situation actuelle de l’entreprise, l’approche de la retraite, etc.

« Le producteur qui laboure un champ à l’automne regarde à la fin de la journée et peut se dire qu’il a fait ça aujourd’hui. Quand il s’assoit à son bureau et fait des calculs, il ne peut pas montrer ce qu’il a fait. Par contre, s’il met sa stratégie en œuvre, ce qui va rester dans ses poches à la fin de l’année fera toute la différence », explique Luc Gagné, conseiller en gestion du Groupement de gestion de l’Ontario

L’étude a fait également fait sortir un point important connu de tous les conseillers en gestion : la confiance qu’ont les agriculteurs envers ces consultants. Les propriétaires d’entreprises agricoles ont règle générale l’impression que les consultants ne comprennent pas leur métier, ce qui leur donne une impression négative ou sceptique de la contribution qu’ils peuvent apporter à la ferme.

« On s’est rendu compte pour avoir de l’aide, les agriculteurs se tournent en premier lieu vers les avocats et les comptables », raconte Maude Roy-Joyce, agente de liaison de l’IGA. Elle explique que les comptables ont déjà les données financières de l’entreprise en mains puisqu’ils font les impôts, mais que leurs connaissances limitées en agriculture déçoivent leurs clients.

Sur une note plus encourageante, l’IGA a constaté qu’un agriculteur sur cinq ayant répondu ne pas faire de gestion planifie néanmoins s’y consacrer dans les deux prochaines années.

« Souvent je m’aperçois que les gens ont fait leur plan d’affaires, mais ça en reste là. Ils ont de la difficulté à passer à l’acte», révèle Luc Gagné. Il rappelle que l’important c’est de le tenir à jour et de le modifier en fonction des objectifs changeants des producteurs.

La formation des agriculteurs n’est cependant pas un point à négliger selon le rapport d’étude. Les gestionnaires d’entreprises assistent à plusieurs ateliers de formation et consultent des professionnels, mais cela ne se concrétise pas en la réalisation d’un plan d’affaires et aucun suivi n’en résulte.

Gestion ?

Des questions ont été posées afin de connaître la vision des répondants au sujet de leur définition de ce qu’est la gestion. Une forte majorité a répondu que le transfert de ferme était un aspect du processus de gestion de leur entreprise. La diversification et la gestion du risque sont d’autres définitions mises de l’avant par les personnes sondées.

La question du plan de gestion de la ferme n’a cependant pas réussi à faire consensus. L’étude démontre qu’il s’agit d’un outil de travail mal défini et mal connu des agriculteurs.

Gestionnaires en devenir

Selon le conseiller en gestion, avec l’arrivée de jeunes producteurs fraîchement sortis des salles de classe,  la gestion prendra une plus grande importance.

« La génération (d’agriculteurs) présente sur nos fermes actuellement a quitté l’école assez tôt et elle n’a pas nécessairement appris à faire de la comptabilité et à compter. Ils y vont davantage avec leur expérience et c’est ça qui fait qu’ils réussissent malgré tout très bien. »

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