Volume 31 Numéro 04 Le 11 octobre 2013

Les agriculteurs ontariens, pionniers en matière de coopératives


La Coop fédérée figure au 41e rang des plus grands employeurs du Canada. Photo courtoisie

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Les coopératives agricoles existent depuis très longtemps en Ontario. Peu d’entre nous savent que ce sont les agriculteurs qui sont les pionniers du modèle coopératif au Canada. De fait, ce sont les producteurs de l’Ontario et du Québec qui se sont rassemblés pour mettre sur pied les premières compagnies d’assurances mutuelles.

Puis, ont suivi les coopératives de transformation des produits laitiers dans notre province, mais aussi ailleurs au pays. Plus de 1 200 ont été créées entre 1860 et 1900, soit un rythme approximatif de 30 par année. Ce sont d’ailleurs elles qui ont pavé la voie aux autres types de coopératives dont celles mises sur pied dans les Prairies pour favoriser la mise en marché commune des céréales aux moulins à grains et aux exportateurs.

« Le modèle coopératif a continué d’évoluer. Dans les milieux ruraux, les agriculteurs se sont dotés de différents magasins, comme on peut le voir encore aujourd’hui », raconte Michaël Béland, directeur des communications au Conseil canadien de la coopération et de la mutualité (CCCM).

En 2009, le Canada comptait pas moins de 819 coopératives agricoles, sur un total de 9 000. « Les coopératives sont présentes à plusieurs endroits de la filière, que ce soit dans le pétrole, dans le grain, les abattoirs et la mise en marché », explique M. Béland.

L’assiette coopérative
Le secteur coopératif agricole a tellement pris de l’ampleur au Canada que le CCCM estime que le quart des aliments qu’on trouve dans l’assiette des Canadiens provient des coops canadiennes.

« On peut faire facilement faire notre épicerie avec des produits de coopératives, allègue M. Béland. La différence, c’est que les gens ne s’en rendent pas nécessairement compte. Prenons par exemple la pinte de lait Sealtest. La plupart des gens n’ont aucune idée que c’est fait par une coopérative. »

De fait, dans le domaine de l’alimentation, le nombre de coopératives a de quoi surprendre. Par exemple, 36 % du porc, 34 % du poulet, 29 % du poisson, 26 % des produits laitiers et 25 % du lait ont passé par une coopérative avant d’arriver dans votre assiette. On n’a qu’à penser aux plus grosses entreprises, telles qu’Olymel, Exceldor, Granny’s Poultry, Gay Lea, Agropur, Iögo, et même la Fromagerie St-Albert, pour se rendre compte à quel point les coopératives sont présentes dans notre quotidien.

D’ailleurs, 35 % du sirop d’érable consommé dans le monde est mis en marché par les coopératives du Canada. C’est donc dire que nos coops rayonnent aussi à l’international, question de mettre un peu de modèle coopératif agricole canadien dans les assiettes japonaises, australiennes et pourquoi pas russes.

« C’est aussi [impressionnant] de voir l’évolution de ces coopératives qui étaient tout d’abord des associations locales, mais qui sont maintenant devenues des entreprises multinationales », indique le directeur des communications.

Petit bémol pour l’Ontario par contre : il s’agit de la seule province où les coopératives tardent à s’implanter au chapitre de l’alimentation. « C’est une intrigue pour nous », avoue Michaël Béland.

D’ailleurs, un grand détaillant alimentaire s’est buté à un mur lorsqu’il a tenté de s’implanter sous le modèle coopératif en Ontario. « Loblaws devait être une coopérative au départ, raconte Michaël Béland. Monsieur Lowblaw avait été engagé pour démarrer des coopératives d’alimentation en Ontario. Les premières expériences ayant moins bien fonctionné, il a repris essentiellement le même modèle coopératif et il l’a fait financer, ce qui a créé Loblaws qu’on connaît aujourd’hui. »

Pourtant, les chaînes d’alimentation Co-op se trouvent presque partout ailleurs au Canada. Au Québec par exemple, le chiffre d’affaires annuel des coopératives atteint pratiquement 800 millions $. C’est donc un mystère à savoir pourquoi les entreprises coopératives ont plus de difficulté à s’implanter en Ontario.

 

Saviez-vous que…

  • La Coop fédérée figure au 41e rang des plus grands employeurs du Canada.
  • Mises ensemble, les coopératives d’alimentation représentent le 7e plus gros détaillant alimentaire au Canada.
  • L’an dernier, les coopératives forestières ont aménagé 31 000 hectares de forêt, en plus de produire 52 millions de plants d’arbres.
  • 50 % des produits de l’agriculture mondiale sont commercialisés par l’entremise de coopératives.

 

La plus vieille coopérative agricole au monde est canadienne

Deux coopératives se réclament le titre de plus vieille coopérative agricole au monde, dont une est canadienne. Il s’agit de la Coop de Sussex, situé au Nouveau-Brunswick, qui a été créée au printemps 1841. Elle avait pour mission d’encourager le développement agricole, notamment par les techniques agricoles innovatrices, de faciliter l’élevage de troupeaux de race pure, d’organiser des événements rassembleurs et de récompenser les agriculteurs qui s’étaient démarqués dans leurs secteurs respectifs.

La Coop de Sussex a d’ailleurs fêté ses 170 ans l’an dernier, c’est donc dire qu’elle a non seulement vu des dizaines de générations d’agriculteurs évoluer, mais elle a également dû surmonter de grands obstacles : l’arrivée de l’économie capitaliste, la Première et la Deuxième Guerre mondiale, la Grande dépression…. et le terrible incendie qui a ravagé sa meunerie et son magasin, en 1987.

* Toutes les données utilisées pour ce texte proviennent du Conseil canadien de la coopération et de la mutualité.

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