Le 7 mai 2003

Les arbres: une valeur sûre contre le dioxyde de carbone!

Par Pierre-Alain Blais


Le quart du poids d’un arbre vivant est constitué de carbone provenant de l’atmosphère, ce qui en fait un des meilleurs moyens d’extirper le gaz à effet de serre de l’atmosphère, affirme Michael Rosen de la Fondation canadienne de l’arbre.

Les plantations d’arbres pour emprisonner le gaz carbonique de l’atmosphère pourraient très bien représenter une source de revenu additionnelle pour les propriétaires intéressés à reboiser leurs terrains dans les prochaines années, tout en aidant l’environnement de la planète.

La plantation d’arbres pourrait ouvrir de nouvelles opportunités de revenu dans les prochaines années pour les propriétaires terriens de l’Est ontarien, soutient Michael Rosen, vice-président de la Fondation canadienne de l’arbre. En effet, les compagnies canadiennes auront besoin de séquestrer de vastes quantités de dioxyde de carbone dans ce qui s’appelle des « puits de carbone », afin d’atteindre leur part des objectifs que le Canada s’est donné pour le Protocole de Kyoto.

« Les arbres en pleine croissance sont un des meilleurs moyens de séquestrer à long terme le carbone de l’air », a dit M. Rosen, un forestier professionnel, aux participants du deuxième Forum sur l’environnement de Prescott-Russell, qui se déroulait au Collège d’Alfred le samedi 26 avril dernier.

Les opportunités de revenu dont parle Michael Rosen se concrétiseront lorsque les compagnies chercheront à atteindre les objectifs de leurs plans de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, et la plantation d’arbres à long terme (le boisement permanent) fera certainement partie des moyens envisagés par nombre d’entre-elles, estime Michael Rosen. « Les meilleurs puits de carbone sont des arbres en pleine croissance », ajoute-t-il.

Parce qu’on parle ici de boisement permanent, ou à long terme, et non pas de plantations qui sont destinées à produire du bois de chauffage. Les plantations devront immobiliser le dioxyde de carbone pour très longtemps afin d’être admissibles comme puits de carbone permettant de gagner des crédits de carbone. Ainsi, « une plantation d’arbres convertie en bois de charpente ou en meubles représente une valeur de séquestration valide », explique M. Rosen.

« Environ le quart du poids d’un arbre vivant est constitué de carbone », affirme Michael Rosen. « De plus, ce carbone provient exclusivement du dioxyde de l’air, ce qui en fait un des meilleurs moyens d’extirper ce gaz à effet de serre de l’atmosphère», précise le forestier professionnel. Ce carbone est aussi immobilisé au niveau des racines de l’arbre, dans les résidus de l’arbre qui sont convertis en humus dans le sol et par les nombreux arbustes qui habitent la forêt.

Michael Rosen a estimé que si le cinquième des terres disponibles actuellement dans tout l’Est ontarien étaient boisées ? souvent des terres agricoles déboisées depuis longtemps et qui ne servent plus à l’agriculture ? on pourrait y fixer plus de 700 000 tonnes de gaz carbonique par année. Soit de quoi compenser une bonne partie des émissions de gaz de la région!

En fait, la Fondation canadienne de l’arbre estime qu’un hectare de boisé en bonne santé et en bonne croissance peut normalement immobiliser en moyenne 4,6 tonnes de gaz carbonique par année. Cet estimé est basé sur une forêt de composition et d’âge moyens dans des conditions typiquement canadiennes. « C’est une moyenne sur laquelle on peut se baser, surtout pour des plantations de longue durée », croit le forestier professionnel. Avec ces chiffres, les arbres connaissent une croissance régulière jusqu’à environ 80 ans, après quoi, ils commencent à décliner. « Au Brésil, dans des conditions tropicales, on atteint des diamètres récoltables après seulement dix à douze ans », commente Mike Rosen.

Les règles du jeu

Seules seront admissibles au statut privilégié de ?puits de carbone? admissibles pour le Protocole de Kyoto, les nouvelles plantations d’arbres réalisées depuis 1990, sur des terrains qui n’étaient pas déjà boisés, souligne Michael Rosen. « On ne peut pas admettre la reforestation comme puits de carbone valide », dit Michael Rosen, en précisant que ce devra être du boisement à long terme sur des terrains où il n’y a pas d’arbres depuis très longtemps comme des terres agricoles abandonnées, par exemple. La Fondation de l’arbre estime que les terrains candidats devront avoir été dépourvus d’arbres pour au moins un demi-siècle.
Le propriétaire intéressé à louer du terrain pour boisement devra sans doute s’engager par contrat de longue durée à respecter une série de clauses qui exigeront que les arbres continuent à immobiliser le carbone et ne servent pas de bois de chauffage. À ce sujet, Michael Rosen tient à préciser que la réglementation canadienne n’est pas encore en place et qu’en ce moment, les compagnies n’offrent pas de contrats de location vraiment intéressants pour les puits de carbone forestiers.

Typiquement, à l’heure actuelle, les compagnies n’offriraient que 4$ par tonne de carbone ?pur? séquestré par année, a révélé M. Rosen à Agricom. En chiffres concrets, ceci ne rapporterait qu’environ 5$ par hectare en revenu annuel pour la location d’une plantation. Pas assez même pour payer les frais d’entretien annuels, en convient-il. Toutefois, « on s’attend à ce que ces prix s’améliorent dans les prochaines années, surtout lorsque le gouvernement aura réglementer le système d’échange de crédits de carbone », a précisé Michael Rosen.

Une vérification annuelle devra d’ailleurs être faite par une tierce partie, prévoit M. Rosen. La vérification pourra très bien être un pré-requis pour le dédommagement monétaire qu’obtiendra le propriétaire pour l’entretien de la plantation, le remplacement de jeunes arbres morts lors des premières années, et la perte de revenu autrement possible par l’usage de cette terre à d’autres fins.

Déjà, de nombreuses sociétés canadiennes auraient contacté la Fondation de l’arbre pour obtenir plus de renseignements sur l’utilisation du boisement permanent à des fins de puits de carbone. Des compagnies comme Ikéa et Shell Canada collaborent avec la Fondation afin de mettre en route des programmes de commandite de plantation d’arbres dans les lieux publics.

Rappelons qu’en vertu du Protocole de Kyoto, que le gouvernement canadien a entériné à la fin de l’année dernière, le Canada s’est engagé à réduire de 6% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport aux émissions de l’année 1990. Toutefois, puisque les émissions canadiennes ont continué de croître tout au long de la dernière décennie, la réduction sera beaucoup plus importante que cela. « C’est plutôt quelque chose comme 30% qu’elles devront être réduites, pour les ramener à 6% sous le niveau de 1990 », a averti Michael Rosen de la Fondation canadienne de l’arbre.

D’autres moyens envisagés par le gouvernement canadien afin de réduire nos émissions de GES selon le vice-président de la Fondation de l’arbre: économie de carburant par plus de covoiturage et l’utilisation d’essence à l’éthanol, la ?croissance urbaine intelligente?, l’amélioration de l’efficacité énergétique des habitations et des lieux de travail, et la rénovation R-2000.
Pour en savoir plus sur la séquestration du carbone par les arbres, la Fondation canadienne de l’arbre a produit la publication ?Le Rôle des arbres dans la réduction du C02 dans l’atmosphère?, un document PDF qu’on peut télécharger du site Internet de la Fondation (www.treecanada.ca/publications/index_f.htm).

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