Volume 33 Numéro 07 Le 20 novembre 2015

Les causes multiples du déclin des colonies d’abeilles


Les chercheurs semblent unanimes : il n’y a pas qu’un seul coupable à l’effondrement des colonies d’abeilles domestiques

Par Élizabeth Paulet


Les chercheurs semblent unanimes : il n’y a pas qu’un seul coupable à l’effondrement des colonies d’abeilles domestiques. La mortalité des abeilles serait plutôt attribuable à un ensemble de facteurs dont les scientifiques commencent à peine à comprendre les interactions.

« Il est difficile de donner un poids relatif aux facteurs qui contribuent à la mortalité des abeilles », affirme d’emblée Ernesto Guzman, directeur du Honey Bee Research Centre de l’Université de Guelph. « Néanmoins, ajoute-t-il, on peut certainement dresser une courte liste des causes les plus fréquentes ». Cette liste inclut notamment certaines pratiques agricoles, les pesticides, les parasites et les maladies.

Un garde-manger peu varié

Nul doute, l’intensification de l’agriculture a grandement modifié le paysage dans lequel les abeilles évoluent. Les monocultures, qui s’étendent parfois sur des milliers d’acres, et le contrôle rigoureux des mauvaises herbes ont entraîné une importante perte de diversité florale. Or, la diversité florale est primordiale à la santé des abeilles. « Au même titre que les humains ont besoin d’une alimentation variée pour combler leurs besoins en acides aminés essentiels, les abeilles doivent être exposées à plusieurs sources de pollen », observe Valérie Fournier, professeure agrégée au Centre de recherche en innovation sur les végétaux (CRIV) de l’Université Laval. « Aucun pollen ne fournit à lui seul tous les acides aminés essentiels », souligne-t-elle.

Le mal du transport

Par ailleurs, la demande accrue pour la pollinisation des cultures favorise une pratique apicole qui fragiliserait les colonies : la location des ruches. « En Ontario, plus de 30 % des colonies sont expédiées chaque année dans les Maritimes, au Nouveau-Brunswick entre autres, pour polliniser les cultures de bleuets », note M. Guzman à titre d’exemple. « Cette pratique, de plus en plus employée par les apiculteurs comme revenu d’appoint, cause beaucoup de stress chez les abeilles », précise ce dernier. En effet, lors du transport par camion, les abeilles sont soumises à des vibrations inhabituelles, des températures élevées et à une haute concentration de gaz carbonique. Après avoir été confinées sur de longues distances, elles sont ensuite libérées dans un lieu où elles n’ont aucun repère.

Les effets pernicieux des pesticides

Difficile de traiter du déclin des colonies d’abeilles sans aborder les effets des néonicotinoïdes. Les abeilles seraient exposées en permanence à de faibles doses de cette classe d’insecticide par l’entremise de différents vecteurs : poussière, pollen, eau, etc. Cette exposition entraînerait certains dérèglements chez l’abeille, entre autres une diminution de sa capacité à apprendre, à butiner et à retourner à la ruche. Des effets dits sublétaux, dans la mesure où ils ne provoquent pas nécessairement la mort de l’abeille, mais peuvent néanmoins compromettre la survie de la colonie.

Par ailleurs, un rapport scientifique publié dans Nature en octobre dernier par Geoffrey R. Williams et ses collaborateurs démontre pour la toute première fois les effets néfastes de concentrations réalistes de néonicotionoïde sur l’anatomie et la physiologie du système reproducteur des reines. Ces effets pourraient avoir un lien avec la mauvaise performance des reines.

Des ennemis redoutables

Finalement, les parasites et les maladies figurent parmi les principales causes de mortalité des abeilles. On pense tout de suite à Varroa destructor, un acarien qui se nourrit à même l’hémolymphe de l’abeille, affaiblissant ainsi ses défenses immunitaires. Varroa s’avère également un important véhicule pour les virus.

Le champignon Nosema affecte également la santé des abeilles. Il colonise l’intestin des abeilles et provoque une maladie désignée nosémose. La nosémose perturberait le vol et réduirait la durée de vie du pollinisateur.

Ces parasites font l’objet de nombreuses recherches menées au Honey Bee Research Centre de l’Université de Guelph. Une équipe de recherche s’intéresse entre autres aux effets combinés de Varoa et de certains insecticides.

Question de synergie

On l’aura compris, les abeilles sont continuellement exposées à une variété d’agents stressants. Or, ces agents n’agiraient pas en vase clos, mais plutôt de façon cumulative ou synergique. Un article publié par Dave Goulson dans Science en mars 2015 fait la revue de nombreuses recherches portant sur l’interaction entre différents facteurs de stress. Des interactions somme toute complexes, changeantes et difficiles à prédire.

Dans ce contexte, comment décider des mesures à mettre de l’avant pour améliorer la santé des abeilles? Nul doute, la recherche joue et continuera à jouer un rôle déterminant dans l’élaboration des politiques de protection des pollinisateurs.

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