Volume 30 Numéro 02 Le 7 septembre 2012

Les chèvres de monsieur McLean

Par Marc Dumont, collaborateur
redaction@journalagricom.ca


Après quelques années de « chèvre » maigre pour les producteurs caprins de l’Ontario, les bonnes nouvelles commencent à se pointer le bout du nez. C’est le cas pour Jules McLean, un producteur de lait de chèvre d’Earlton à qui on vient de demander d’augmenter sa production de 10 %.

C’est en 2009 que la récession économique a frappé les producteurs de lait de chèvre affilié à l’Ontario Dairy Goat Co-operative. Cette coopérative dont le rôle est de mettre en marché la production laitière caprine en Ontario avait dû signer les nouveaux contrats d’approvisionnement à la baisse avec plusieurs de ses membres. Les ventes de fromages de chèvre étaient en baisse et les stocks plus élevés que la demande.

Mais voilà que les années de misère semblent chose du passé. Jules McLean, un producteur de lait de chèvre près d’Earlton dans le nord de l’Ontario, ne s’en plaint pas, bien au contraire. Il pourra en effet augmenter sa production annuelle à 36 000 litres. Pour y parvenir, il devra doubler son troupeau de chèvres laitières afin d’en traire pas moins de 400.

Essais erreurs

Si les choses vont bien actuellement, les débuts ont été plutôt difficiles à la ferme de M. McLean. Généralement les pertes d’animaux pour ce type d’élevage se chiffrent à 10 %, alors que Jules en perdait de 40 à 50 %.

La pénurie de vétérinaires qui traitent ce type d’animal dans le nord de l’Ontario et le peu de recherches sur l’élevage de la chèvre laitière ne lui ont pas facilité les choses. Les producteurs prennent donc un peu plus de temps avant de résoudre un problème.

Dans le cas de Jules, trop de chèvres avortaient et très peu se rendaient à terme. Les lourdes pertes ont parfois découragé l’agriculteur jusqu’à ce qu’il constate que c’est le fumier de pigeon qui en était la source. Les oiseaux déféquaient dans les abreuvoirs, ce qui empoisonnait l’eau bue par les animaux.

D’autres chèvres mourraient après avoir eu un épisode où elles titubaient comme si elles étaient ivres. Les autopsies répétées ne semblaient rien déceler jusqu’au jour où un crâne a été examiné. Force a été de constater que le cerceau était enflé. C’est une bactérie qui vit dans le foin qui était à l’origine du problème. La chèvre peut manger le foin contaminé, mais s’il entre en contact avec une plaie, l’animal doit être traité à la pénicilline dans les 12 heures suivant la contamination, sans quoi elle risque de perdre la vie.

Vache vs chèvre
L’élevage de chèvre est bien différent de celui de la vache. « C’est plus de travail parce qu’une chèvre met au monde deux chevreaux deux fois par année contre un seul pour la vache et 8 chèvres équivalent une vache », explique Jules.

Puis, c’est un animal exigeant en termes d’alimentation. Si le foin est trop sec, il ne mange que les feuilles de la luzerne. Par contre, la chèvre apprend plus vite que la vache. Il suffit de deux à trois jours pour qu’elle apprenne le roulement et s’il y en a une qui s’entête, elle peut être soulevée aisément. Enfin, pour les rassembler, il suffit d’être en tête du troupeau et les chèvres suivent toutes.

À cause des difficultés économiques des dernières années, Jules a commencé l’élevage de la chèvre pour la chair et il s’est procuré un bouc de la race boer. Jusqu’ici aucun animal ne s’est rendu à l’encan. Ses chèvres de boucherie sont la plupart achetées par des familles italiennes des régions de Timmins et de Toronto. Celles-ci préfèrent des chevreaux de 30 à 40 livres nourries au lait de chèvre plutôt qu’au lait en poudre.

Selon Jules, il obtient de 30 à 40 % plus d’argent en vendant à la ferme que si elles étaient vendues à l’encan.

Jules voit donc l’avenir avec optimisme; que ce soit pour la production laitière ou de la viande.

Quand il fait visiter sa chèvrerie, on comprend vite l’attachement de Jules pour ses chèvres qui viennent toutes à sa rencontre.

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