Volume 30 Numéro 10 Le 18 janvier 2013

Les cinq enjeux agricoles à surveiller en 2013


Selon l'économiste en chef de FAC, les éleveurs devront surveiller le prix des aliments, qui risquent de demeurer élevés en 2013.
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Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Il est difficile de dire de quoi sera faite l’année 2013 pour le secteur agricole, mais l’économiste en chef de Financement agricole Canada (FAC), Jean-Philippe Gervais, suggère aux producteurs de surveiller cinq facteurs clés au cours des prochains mois. Ces enjeux risquent, selon lui, d’être décisifs pour le secteur agricole et sont donc de bons indicateurs pour éclairer les décisions des producteurs canadiens.

 

L’économiste suggère d’abord de suivre de près le clivage économique entre les pays de la zone euro, dont la reprise économique s’annonce « lente » et les perspectives « incertaines » pour l’année à venir, et les pays émergents pour qui la situation est plus prometteuse. C’est le cas notamment de la Chine et de l’Inde où la demande des produits agricoles canadiens pourrait croître.

 

« Même si la croissance des revenus ralentit dans bon nombre de ces marchés, elle demeure nettement supérieure à celle observée dans les pays développés, souligne M. Gervais. Certains signes indiquent que la Chine amorce une transition positive qui l’amènera à diminuer sa dépendance vis-à-vis des investissements et à stimuler la consommation intérieure. »

 

La Chine a importé en 2010 pour 74 milliards $ de produits agricoles, agroalimentaires et de la mer, dont les principaux fournisseurs occidentaux sont les États-Unis, le Brésil et l’Argentine. Quant au Canada, la Chine est un partenaire commercial important. En 2010 et 2011, les échanges bilatéraux de produits agricoles et agroalimentaires se sont chiffrés respectivement à 3,1 et 3,4 milliards $, selon Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC).

 

Bref, dans le contexte économique actuel, si la situation de la Chine se redresse, les produits agroalimentaires canadiens pourraient se tracer une place plus importante dans son marché concurrentiel. D’autant plus que le Canada est passé du 5e au 6e rang des fournisseurs alimentaires de la Chine.

 

Le deuxième enjeu que suggère de surveiller M. Gervais est les conditions de la production mondiale, c’est-à-dire les stocks des grains et la possibilité d’une autre augmentation des prix. Ce dernier rapporte qu’« il est peu probable qu’une grande sécheresse frappe pour une deuxième année d’affilée, mais des conditions météorologiques défavorables aux États-Unis, en Australie ou en Amérique du Sud pourraient provoquer une nouvelle hausse des prix des cultures. »

 

Il prévient donc qu’il est possible que les prix des aliments pour les animaux demeurent élevés en 2013, du moins plus que la moyenne.

 

Un autre élément dont le prix risque d’être supérieur à la moyenne au cours des douze prochains mois est la valeur des terres agricoles. Le marché a littéralement explosé en Ontario en 2012. La valeur marchande des terres ontariennes a bondi de 16,3 % entre janvier et juin l’an passé, selon le dernier rapport de Financement agricole Canada (FAC), alors que la moyenne canadienne s’établissait à 8,6 %. Il s’agissait de la plus forte hausse depuis près de 25 ans.

 

« La valeur des terres agricoles fluctue en fonction des taux d’intérêt et des recettes tirées de la production de cultures, indique M. Gervais. Il est impossible de prévoir avec certitude comment évolueront les taux d’intérêt dans l’avenir, mais il est plausible qu’ils demeurent bas jusqu’au deuxième semestre de 2013. »

 

Le quatrième point soulevé par l’économiste en chef de FAC est l’amélioration de la productivité.

 

« Il est crucial de continuer à chercher des gains d’efficience et de productivité, dit-il. Les investissements dans la terre, l’équipement et la technologie doivent s’inscrire dans l’optique de résultats à long terme. »

M. Gervais suggère aussi aux producteurs de suivre les négociations d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne puisque celui-ci pourrait ouvrir de nouveaux marchés pour les producteurs canadiens, mais pourrait aussi avoir l’effet contraire et créer une compétition plus féroce pour les produits agroalimentaires.

 

Enfin, le dernier facteur à surveiller est la situation de la main d’œuvre dans l’Ouest canadien. Selon M. Gervais, les bas taux de chômage et les salaires compétitifs risquent d’avoir un effet sur les autres provinces canadiennes. Il affirme qu’il pourrait être plus difficile de recruter de la main-d’œuvre saisonnière qualifiée.

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