Volume 23 Numéro 03 Le 15 septembre 2005

Les défis agricoles de l’après-tsunami à Banda Aceh

Par André Dumont, collaboration spéciale


À certains endroits, les villageois ont pu nettoyer eux-mêmes les rizières les moins endommagées. En arrière-plan, un bateau de pêche qui s’est échoué au milieu d’un champ pendant le tsunami. Photo Christophe Charbon, FAO.

En Indonésie, 40 000 hectares de culture ont été détruits.

Des rizières défigurées, remplies d’eau de mer. Un rivage dont les limites sont devenues floues. Des villages entiers dont il ne reste que les planchers de céramique blanche des maisons.
Le tsunami du 26 décembre 2004 a donné toute une claque au paysage agricole côtier de la province d’Aceh, à l’extrémité nord de l’Indonésie. Il suffit de survoler la région pour en saisir l’ampleur: 40 000 hectares de culture affectés, certains perdus à jamais.

Les trois immenses vagues (qui auraient atteint les 20 mètres de hauteur, selon des témoins) ont pénétré jusqu’à 500 mètres à l’intérieur des terres. Leur force destructive a été telle qu’à bien des endroits, l’agriculture est toujours au point mort. Le sable et les débris jonchent les rizières et les canalisations sont à refaire.
Dans une région où l’on pratique une agriculture de subsistance, les moyens pour redémarrer doivent venir de l’extérieur. Les agriculteurs n’ont pas d’assurances, encore moins d’économies à la banque et l’équipement lourd est rare. Et vu l’ampleur du désastre, la coordination des efforts de reconstruction du gouvernement indonésien et des organisations internationales est lente et compliquée.

« Il faut plus que juste des gens, il faut de l’équipement lourd. Et dans ce pays, simplement de faire transférer de l’argent dans un compte de banque est difficile », confie Andrew Sobey, le coordonnateur d’un projet Cash for Work (argent contre travail) financé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Ce projet proposé par la coopérative Meuseuraya permettra d’embaucher 300 travailleurs locaux pour dégager 1300 hectares de champs dans quatre villages de la côte est, dont toutes les surfaces cultivables ont été affectées par le tsunami. On encouragera les producteurs de riz à nettoyer leurs propres champs. Ils recevront par la suite de nouvelles semences et des engrais.
« Ils enlèveront les troncs d’arbres, les morceaux de béton des maisons et peut-être aussi des corps humains, indique Andrew Sobey. Mais certains champs sont recouverts de sable trop épais et ils ne pourront être réhabilités. »

La FAO, avec ses partenaires locaux, profite de l’occasion pour offrir aux survivants de meilleures possibilités de revenus. Au lieu de ne vendre que le peu de riz de surplus qu’ils produisent, ils cultiveront aussi des arachides et des légumes.
« Ils ont des variétés de riz rustiques qui poussent très lentement, qui sont très hautes et qui résistent à des conditions d’eau très variées. Ils ne sèment qu’une ou deux fois par année alors qu’avec de meilleures semences, ils pourraient faire au moins trois récoltes », relève Christophe Charbon, agronome à la FAO.

Obstacles
Le redémarrage de l’agriculture se bute à de nombreux autres défis. À certains endroits, les agriculteurs étaient debout dans leurs champs au moment du tsunami. À qui revient donc leur terre? Et comment re-localiser ceux dont les rizières sont détruites à jamais’

« La question de la propriété est très délicate, relève Christophe Charbon. Des tas de gens sont morts et il n’existe pas de documents (titres de propriété). La première chose que les survivants ont fait, c’est de planter un drapeau sur leur terrain, parce que tous les repères naturels ont été emportés. »

Contrairement à ce que l’on pourrait le croire, l’eau salée qui a envahi les rizières ne pose pas réellement de problème. Comme la pluie est abondante sur la côte (deux à trois mètres par année), il suffit de débloquer les canaux d’irrigation pour que le sel reparte vers la mer.
À moyen et à long termes, il faudra envisager de réhabiliter la mangrove, cette forêt côtière qui a été éliminée pour agrandir les rizières il y a une quinzaine d’années, à une époque où le gouvernement indonésien se donnait pour objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire.

Les arbres des mangroves poussent à la fois dans l’eau et sur le rivage, créant ainsi une barrière naturelle entre la mer et la terre. Qui sait si cette barrière naturelle aurait pu absorber une partie du déchaînement des eaux du 26 décembre dernier…

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