Le 17 mars 2005

Les États-Unis font volte-face ? la réouverture des frontières est suspendue

Par Chantal Quirion


Les producteurs de bovins sont une fois de plus soumis à rude épreuve. Au lendemain d’une injection intérimaire accordée le 2 mars par le juge fédéral Richard Cebull du Montana, le Sénat américain a adopté une résolution désapprouvant la décision du département de l’Agriculture (USDA) d’autoriser la reprise des importations de boeuf canadien. Il reste à souhaiter que cette décision n’entraîne pas le report du 7 mars aux calendes grecques.

L’injonction provisoire a été obtenue par un groupe d’éleveurs du Montana, le R-Calf USA, qui s’oppose à la réouverture de la frontière, arguant notamment, que cela augmenterait le risque d’importer aux États-Unis des bovins infectés par le virus de l’ESB. Ce qui entraînerait, disent-ils, une perte de confiance des consommateurs et avec elle, des milliards de dollars.

Sans cette injonction, les bovins canadiens âgés de trente mois et moins allaient recommencer à traverser la frontière américaine à compter du 7 mars.

Dans son verdict, le juge Cebull a allégué que le département américain de l’Agriculture n’a pas étudié suffisamment l’impact de l’ESB chez l’être humain et que la tenue d’audiences pour discuter de la nécessité d’imposer ou non une injonction permanente serait souhaitable.

Par voie de communiqué, le secrétaire de l’USDA, Mike Johanns, a réitéré sa confiance envers les démarches de l’Agence canadienne d’inspection des aliments et bien qu’on puisse y lire que la décision du juge du Montana ne représente probablement qu’un simple délai administratif, on n’y fait pas mention d’en appeler de cette décision.

Depuis, l’USDA et le gouvernement américain ont indiqué qu’ils iraient de l’avant et qu’ils veilleraient à ce que les décisions s’appuient sur des principes scientifiques. « Cela nous encourage », a affirmé le ministre d’AAC, Andy Mitchell, en cette journée symbolique du 7 mars.

Quant à la résolution du Sénat, elle a été adoptée à la faveur des démocrates qui l’ont remporté par 52 voix contre 46. Dans un reportage, la journaliste de Radio-Canada (R.-C.), Martine Biron explique qu’il s’agit d’une victoire du lobby conservateur. Mais cette résolution ne peut être appliquée sans l’accord du président américain George W. Bush qui a affirmé qu’il exercera au besoin son droit de veto parce qu’il ne veut pas empêcher la reprise du commerce du boeuf avec le Canada.

Les ministres des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada, réunis dans le cadre de leur réunion semi-annuelle, ont manifesté leur déception mais se sont dits résolus à continuer leurs efforts afin de normaliser les échanges entre le Canada et les États-Unis et d’accroître l’accès à d’autres marchés internationaux.

Ils ont convenu de maintenir les programmes de retrait qui sont en vigueur actuellement, en application de la Stratégie de repositionnement de l’industrie des animaux d’élevage annoncée le 10 septembre 2004, et de suivre la situation de près pour faire en sorte que les mesures continuent à répondre aux besoins de l’industrie. À cet égard, Agriculture et Agroalimentaire Canada, annonçait le 10 mars dernier, un octroi de 55 millions de dollars pour favoriser la commercialisation du boeuf canadien.

Le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, a également annoncé que son gouvernement envisageait l’octroi d’une aide financière d’urgence aux producteurs de bovins éprouvés par un prolongement de la crise de la vache folle.

Réactions
Malgré tout, le ministre canadien du Commerce international Jim Peterson, a affirmé sur les ondes de la télévision de R.-C., qu’il n’en revient tout simplement pas. Il a indiqué que la science a prouvé que le boeuf au Canada est parmi le meilleur au monde pour ce qui est de la qualité et de la sécurité. Ce que soutient également le président de la fédération des exportateurs de boeuf canadien, Ted Haney, qui en conclut qu’il est peut-être temps que le Canada examine les options que lui offrent les ententes sur le commerce international et sur le libre échange.

Du côté des producteurs agricoles, certains affirment qu’ils n’ont jamais vraiment cru que les États-Unis tiendraient leur promesse. « Les Américains ont eu presque deux ans pour s’organiser sans nous. Même pour les sujets de remplacement dans la production laitière, ils ont bâti des étables. C’est un bon marché que nous sommes en train de perdre et ils n’ont pas intérêt à nous ouvrir la frontière », considère Jean-Marie Ménard de la Ferme Alouette à Embrun dans l’Est ontarien.

Le président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Pierre Bercier, affirme également qu’il n’a pas été surpris par cette décision: « Ce ne sera pas la première fois qu’on nous laisse croire que la frontière va rouvrir, affirme-t-il. Je suis déçu bien sûr, mais bien que l’on espère que la frontière ouvrira un jour, je crois que le mal est fait et que l’industrie canadienne bovine ne sera plus jamais ce qu’elle a été par le passé. Les Américains n’ont pas manqué de boeuf à ce que je sache et ils ont profité de l’absence de concurrence pour augmenter leurs prix. Donc, il est fort à prévoir que quelle que soit la date fixée pour une réouverture, les associations comme R-Calf s’interposeront toujours pour conserver leurs intérêts. À moins, dit-il, que le Canada ne loge une plainte comme il l’a fait pour le bois d’oeuvre. »

D’autres, affirment carrément, qu’il s’agit de mesures de représailles. Pour Pierre Etter, producteur agricole de Sarsfield dans la même région, il ne fait pas l’ombre d’un doute que la tournure impromptue des événements est une conséquence du refus du Canada de participer à la mise sur pied du bouclier antimissile.

Pendant que les spéculations vont bon train, on apprend qu’un tribunal américain doit statuer sur une injonction permanente le 14 mars.

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