Volume 28 Numéro 01 Le 18 août 2010

Les marchés du blé s’emballent


Selon l’analyste Seamus Hoban, des Grain Farmers of Ontario, les prix du blé ne cessent d’augmenter sur les marchés mondiaux, principalement en réaction aux immenses difficultés fortement médiatisés de la Russie avec sa récolte soumise à une sécheresse et des températures extrêmement élevées sans précédent.

Les prix du blé à Chicago auraient gagné 91% entre le 9 juin et le 4 août, en raison principalement des difficultés russes, commente M. Hoban. Mais les difficultés dues aux inondations dans la partie sud de la Saskatchewan où beaucoup de volume de blé canadien est issu, n’aident pas non plus.

Certaines régions ont connu des températures extrêmes soutenues dépassant les 100oF tous les jours durant plus de 10 jours d’affilé. L’analyste rapporte que l’expérience d’autres années de fortes chaleurs en Russie ont montré des baisses de plus de 40% des rendements de blé russe.

Ces prix ont « explosé » durant la semaine où la Russie a annoncé son intention de placer un embargo sur ses exportations de blé, afin de garantir à ses citoyens suffisamment de farine et de pain à prix abordables pour l’hiver.

Les marchés ont été tellement « volatils » que plusieurs opérateurs de marché en Ontario, comme la Commission ontarienne de mise en marché du blé, ont tout simplement suspendu leurs « bids » pour 2011, attendant que la tempête passe.

Depuis le 4 août, les marchés se sont légèrement repliés. Les joueurs essaient de « balancer » les influences contraires, entre la récolte russe qui s’annonce désastreuse et l’excellente récolte de blé américain prévue par le département américain de l’Agriculture (USDA).

La moyenne US vient d’être poussée à 46,9 boisseaux de blé par acre, dans le dernier rapport. La production américaine globale a gagné 49 millions de boisseaux de blé.

Les Américains y voient une occasion en or de reprendre des parts aux Russes sur ces marchés globaux d’exportation.

Et comme à chaque flambée des prix du blé, ingrédient principal du pain – l’aliment incontournable pour les occidentaux – les grandes boulangeries menacent de faire monter le prix du pain comme si doubler 11 cents de farine (sur un prix de 2,27$*) était suffisant pour en accroître à ce point les coûts de production.

Pendant ce temps, le prix des autres grains suit une tendance à la hausse, explique l’analyste Hoban. Le maïs a subi un fort « rallye » durant cette semaine de fortes hausses sur le blé, en raison d’impact de la sécheresse également ressentis sur la récolte russe de maïs.

Encore ici, on s’attend à ce que le maïs nord-américain puisse combler le vide laissé par les exportations russes au cours de la prochaine année récolte.

Le soya, quant à lui, ne suivrait pas d’aussi près la saga du blé russe, en raison de meilleures conditions de croissance en Amérique du Nord, malgré certains dommages par la sécheresse dans la région du golfe du Mexique et du Sud-Est américain.

Les marchés fluctuant deviennent la norme
Selon Sylvain Charlebois, analyste des marchés alimentaires à l’Université de Guelph, « nous vivons une période de transition majeure en agriculture, et non une crise », en raison des « changements climatiques et les soubresauts sur les marchés qui sont là pour rester ».

Qu’on ne se pense pas à l’abri, dit M. Charlebois. La sécheresse qui sévit autour de la Mer noire et les inondations dans les Prairies canadiennes, ont un large effet sur les prix des grains au niveau mondial et toucheront les consommateurs.

*Source : Étude The Farmers’ Share (La part de l’agriculteur) 2009.

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