Le 21 avril 2004

Les paysans mexicains rejettent le maïs transgénique

Par Denise Proulx, collaboration spéciale


La majorité des agriculteurs préfèrent encore travailler avec des boeufs car ils considèrent leurs revenus insuffisants pour se payer un tracteur et de l’essence. Photo Denise Proulx.

Plus de 300 paysans parlant au nom d’une cinquantaine d’organisations agricoles du Mexique refusent que le maïs transgénique remplace des variétés ancestrales qu’ils ont sélectionnées depuis 5000 ans. « Le maïs c’est bien plus que notre nourriture, c’est une partie de notre communauté. Défendre nos semences traditionnelles c’est aussi préserver notre mode de vie et notre culture » a rappelé Aldo Gonzalez Rojas, le maire de Guelatao située dans la Sierra de Juarez, dans l’État d’Oaxaca au Mexique, lors d’un Symposium organisé par la Commission de coopération en environnement (CCE) à la mi-mars . Un groupe d’experts de la CCE, une organisation formée lors de l’Accord de libre-échange de l’Amérique du Nord (ALENA) pour aider à harmoniser le développement économique aux questions de l’environnement, a été mandaté pour étudier les effets de la contamination des semences par le maïs transgénique importé du Canada et des États-Unis.

Contamination des variétés locales

En 1998, le gouvernement du Mexique avait décrété un moratoire sur les importations de maïs transgénique afin de protéger la biodiversité des espèces locales. Malgré cela, la contamination s’est répandue dans neuf états du Mexique et a affecté de nombreux agriculteurs qui ont perdu l’usage de leurs semences traditionnelles.
Des paysans croient que cette contamination provient des trois millions de tonnes de maïs transgénique importées annuellement des États-Unis pour la consommation animale. Parlant au nom des agriculteurs, Aldo Gonzalez a montré un épi de maïs stérile, obtenu avec des semences primitives contaminées à leur insu. Le plant a gardé la même couleur, mais il est deux fois plus haut que d’habitude et il ne produit aucun épi sauf à la tête. L’intérieur de l’épi est vide et sans fibres, ce qui lui enlève ses qualités nutritives pour les animaux. « C’est toute notre économie locale qui est perturbée, c’est la santé de notre communauté et la nourriture de notre bétail qui sont en jeu », a renchéri le chef indigène de Guelatao.

Des terres productives à l’ancienne

Dans l’État d’Oaxaca, les paysans cultivent 41 variétés différentes de maïs, qui servent à la fabrication des trois repas quotidiens. Les agriculteurs vivent sur de très petites terres dont la superficie varie de 0,5 à 4 hectares. Dans la majorité des fermes, il n’y a pas de tracteurs et peu de paysans utilisent des intrants chimiques, encore moins de pesticides. L’irrigation des champs se fait en fonction de la pluie qui tombe. Seuls les paysans en montagne possèdent un système d’irrigation savamment conçu avec des canaux et des vannes pour conserver des réserves d’eau utilisées ensuite presqu’au compte-gouttes.

Dans le village de Juxtlahuaca, situé dans les montagnes à cinq heures au nord-ouest de la capitale Oaxaca, il n’y a pas de machinerie agricole, tout est semé et produit à la main, avec l’aide de boeufs et d’ânes. La ferme de Maria Luisa Rodriguez Ramirez et de son mari Arturo Pasa Hermandez ne compte qu’un seul hectare. Le maïs est cultivé avec des haricots. L’ail et les radis plantés en alternance aux rangées de maïs, servent à contrôler les infestations d’insectes et les maladies. Entre décembre et mars, la terre est semée d’engrais verts. Les mauvaises herbes sont arrachées à la main et les boeufs passent entre les rangs pour renchausser les plants. Arturo estime que cette manière de travailler est la meilleure. « Je sais comment soigner les pieds de mes boeufs, mais je ne saurais pas comment réparer un tracteur.

Mes boeufs engraissent mes sols, un tracteur le compacterait et le polluerait. J’aime mieux mes méthodes, même si le gouvernement les trouve dépassées », dit-il le regard franc. La location d’une paire de boeufs coûte 25$ par jour et les travailleurs aux champs réclament 10$/jour. Avec une récolte de quatre tonnes de maïs par année, Maria Luisa et Arturo gagnent suffisamment pour payer leurs coûts de production, mais assurément pas assez pour se payer un tracteur et des intrants chimiques qui augmenteraient la productivité des sols. « Le gouvernement ne donne de l’argent que si nous achetons des produits chimiques», renchérit Maria Luisa.

Dans un village voisin, à San Miguel Tlacotepec, les paysans ont décidé, il y a 12 ans, d’utiliser des intrants chimiques. La production de maïs a triplé, mais les agriculteurs regrettent leur choix. « Le gouvernement ne protège pas les prix et nous recevons de moins en moins d’argent. Nous devons utiliser toujours plus de produits chimiques. Le maïs ne goûte plus rien. On n’y regagne pas finalement », explique Florendino Vendura Luna.

Denise Proulx est journaliste pigiste et revient d’une mission au Mexique.

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