Volume 37 Numéro 8 - Le 6 mars 2020

Les profils d’acides gras du lait : un outil de gestion efficace !


Bien que tous les producteurs connaissent leur taux de gras dans le lait, ils ne connaissent pas la composition spécifique de ce gras. Photo : Libre autorisation Visual Hunt

Par Alexandre Chabot
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Depuis maintenant quelques semaines, les producteurs de lait québécois ont accès à un outil de gestion supplémentaire pour leur entreprise.  Pour une période d’essai gratuite de 6 mois, les échantillons de chaque livraison de lait seront analysés afin de déterminer le profil d’acides gras du lait.

Debora Santschi, directrice Innovation et développement chez Lactanet, était de passage au congrès Agro et Franco 2020, le 12 mars dernier, afin d’expliquer cet outil.

Bien que tous les producteurs connaissent leur taux de gras dans le lait, ils ne connaissent pas la composition spécifique de ce gras.  Ce qu’on reconnait comme étant la partie « gras » du lait est composé de 5% de glycérol et de 95% d’acides gras.  À chaque molécule de glycérol se rattache 3 chaines d’acides gras.  C’est la particularité de ces acides gras qui intéresse les gens, car ils ne sont pas tous identiques.  Il y a plus de 400 types d’acides gras, mais il y a environ 7 à 8 types qui ont de l’importance pour faire une analyse des profils d’acides gras du lait.

Les acides gras du lait sont définis premièrement selon le nombre de carbones utilisés pour faire la chaine qui les compose.  On les identifie comme C4 (4 carbones), C10, C16, etc.  Deuxièmement, on les reconnait aussi par les doubles liens de la chaine d’acides gras.  On dit de ces acides gras avec doubles liens qu’ils sont insaturés. On les identifie comme C18:1, C18:2, etc.

Trois grandes catégories peuvent être érigées afin de simplifier le tout. 

Acides gras de novo : Ces acides gras à courte chaine, c’est-à-dire formée de 14 carbones ou moins, sont les acides gras qui sont formés dans le pis. Il y a une forte corrélation entre la proportion d’acides gras de novo et la protéine vraie. Une proportion importante d’acide gras de novo comparativement aux autres types est signe d’une vache avec une flore ruminale en santé et d’une alimentation balancée.

Acides gras préformés : Ces acides gras proviennent de l’alimentation ou des réserves corporelles de la vache.  Un ratio élevé en acides gras préformés peut vouloir dire que la vache est fortement supplémentée en gras ou qu’elle est en carence énergétique.

Acides gras mixtes : Ces acides gras sont difficilement attribuables à la catégorie de novo ou préformés.  On dit alors qu’ils sont mixtes.  Il est à noter que le gras provenant du palmite se retrouvera majoritairement dans cette catégorie.

Une étude aux États-Unis (Woolpert et coll.,2017) a démontré que les troupeaux ayant une forte teneur en acides gras de novo ont 10 fois plus de chances d’avoir un espace à la mangeoire adéquat et 5 fois plus de chance d’avoir un taux d’occupation des logettes de moins de 110%.  Ces troupeaux avaient aussi en commun que leur ration était servie plus souvent, avait plus de fibres efficaces et moins de gras ajoutés que les troupeaux avec un taux de de novo faible.

Parmi la multitude de façons d’utiliser les profils d’acides gras du lait comme outil de gestion, en voici quelques-uns :

  • Le profil d’acide gras du lait réagit très rapidement à la modification de l’alimentation.  On peut donc s’en servir pour prédire les chutes de composantes du lait avant même que le taux de gras diminue. 
  • Il nous permet aussi d’évaluer la rentabilité d’additifs alimentaires.  Si la vache mobilise fortement ses réserves graisseuses et que par conséquent le niveau d’acides gras préformés est élevé, il pourrait s’avérer rentable de supplémenter les vaches.
  • Dans une perspective de diminution de l’empreinte environnementale, il y a une forte corrélation entre la présence d’acides gras insaturés et la production de méthane.  Il serait donc plus facile de modifier l’alimentation pour diminuer la production de méthane.
  • L’analyse individuelle du profil d’acides gras de vaches permet de déterminer le pH ruminal.  Cet outil s’avère très efficace pour gérer les risques d’acidoses.

Cet outil s’avère très prometteur. Les laboratoires de Lactanet et ceux qui analysent chaque livraison de lait (Université de Guelph), ne sont pas les mêmes en Ontario. Toutefois, des discussions ont lieu entre Lactanet et Dairy Farmers of Ontario, pour rendre l’outil disponible aux producteurs dans un avenir rapproché.

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