Volume 31 Numéro 21 Le 4 juillet 2014

Les travailleurs étrangers volent-ils des emplois ?


Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Le Canada accueille plus de 28 000 travailleurs saisonniers étrangers chaque été pour pallier le manque de main-d’œuvre dans les entreprises agricoles. En Ontario, ce sont 16 000 immigrants qui comblent ces emplois que boudent les chômeurs. Plusieurs accusent ces immigrants de voler de l’emploi aux Canadiens, alors que les employeurs et les employés sont d’avis contraire. Ils pensent qu’ils créent de l’emploi.

Philippe Etter embauche chaque année deux travailleurs étrangers pour l’aider aux travaux de sa ferme laitière de Sarsfield, et ce, depuis des années. Il prétend avoir tenté d’embaucher des Canadiens pour effectuer les travaux, mais tous essais se sont avérés infructueux. Ils ne pouvaient pas se fier sur eux.

« Nous n’arrivions plus à trouver des travailleurs responsables, confie-t-il. L’un des désavantages auquel nous faisons face ici, c’est que nous sommes collés à Ottawa. La majorité des jeunes qui connaissent l’agriculture vont travailler en ville. Ce n’est même pas une question de salaire ; les horaires et le travail sont moins exigeants. »

Il s’est donc tourné vers l’étranger. Cette année, il a offert de l’emploi à deux Guatémaltèques, qu’il rémunère 12,37 $/heure, un salaire qu’il juge acceptable considérant le travail qu’ils accomplissent quotidiennement.

En se faisant garantir un minimum de 50 heures par semaine, ses employés gagnent approximativement 40 000 $ pour leurs 364 jours de travail au Canada. Il s’agit là d’un salaire respectable qui pourrait pourtant être empoché par un chômeur ontarien… si seulement ceux-ci voulaient de ces emplois.

« J’engagerais des travailleurs locaux s’ils étaient fiables; s’ils voulaient travailler, soutien M. Etter. J’ai déjà payé des employés plus que ce qu’ils gagnaient en ville et ils m’ont répondu que ça ne les intéressait pas. […] On donne donc l’emploi à des gens qui veulent vraiment travailler et qui en ont réellement besoin. Ce ne sont pas les chômeurs qui vont venir ici. »
Fiers travailleurs
Ses deux employés, à qui nous avons posé la question, ne semblaient pas le moins du monde gênés par ce que croient certains Canadiens à l’égard de leur présence dans les fermes canadiennes.

« Le travail ici est plus facile à trouver pour les Canadiens. Alors je n’ai pas l’impression de voler des emplois », nous a répondu l’un d’entre eux. Son confrère, Freddy, avoue ne jamais y avoir pensé, mais en y réfléchissant bien, il ne se sent pas coupable.

« C’est une relation gagnant-gagnant, avance leur employeur. Eux ont l’opportunité de faire un excellent salaire, tandis que nous avons des travailleurs exceptionnels, toujours présents qui veulent travailler et qui sont toujours de bonne humeur. Alors on ne pourrait pas demander mieux. »

Il existe principalement deux catégories de travailleurs agricoles dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires : les employés saisonniers et les travailleurs temporaires. Le Programme des travailleurs agricoles saisonniers permet aux Mexicains et Caribéens de travailler dans des fermes pendant la saison des semis et des récoltes. Ils ne peuvent rester au pays que pour une durée maximale de huit mois.

Le deuxième groupe est constitué des employés des autres pays n’ayant pas signé d’entente bilatérale avec le Canada. Leur permis de travail est d’une durée de 364 jours et c’est l’employeur qui est tenu de fournir le logement et d’assumer plusieurs frais.

En Ontario, le nombre de travailleurs étrangers temporaires a diminué de 4500 depuis 2009.

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