Volume 31 Numéro 14 Le 21 mars 2014

Les vaches francophones resteront-elles à Alfred ?


Un gradué du Campus d'Alfred, posant fièrement devant le troupeau de vaches laitières lors de sa graduation en 2011. Photo ILessard

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Les vaches du Campus d’Alfred ont suscité tout autant d’inquiétude de la part des étudiants en Technologie agricole et en Techniques de soins vétérinaires que leur propre avenir suite à l’annonce de l’Université de Guelph du 12 mars. Mais voilà qu’Agricom a appris qu’une entente signée en 1997 empêcherait l’institution d’enseignement de rapatrier le troupeau laitier dans un autre centre de recherche.

L’Université a annoncé que les vaches seraient déplacées à son centre de recherche Elora à Guelph après que ses dernières cohortes d’étudiants d’Alfred auraient gradué, à l’été 2015. « Nous voudrions consolider ces troupeaux dans un endroit qui sera à la fine pointe de la technologie », avait expliqué en point de presse le vice-doyen aux Affaires académiques de l’Université, Serge Desmarais.

Or, au moment où le ministère de l’Agriculture de l’Ontario avait annoncé le transfert du Collège d’Alfred à l’Université de Guelph en 1996, la communauté agricole francophone, qui avait l’habitude de monter aux barricades pour sauver son seul campus unilingue francophone, avait pris soin de signer une entente avec l’Université pour définir les termes de la reprise du Collège et se donner quelques garanties.

Selon l’entente signée le 4 avril 1997 par le président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) de l’époque, André Chabot, et le doyen de la Faculté d’agriculture de l’Université, R.J. McLaughlin, les vaches ne peuvent être déplacées sans le consentement des deux parties.

La clause 3g de ce document stipule clairement que « demeureront au Collège d’Alfred tous les biens qui s’y trouvent présentement ou qui y sont utilisés à moins que les parties s’entendent pour les vendre, les échanger ou en disposer autrement. »

Au moment où cette entente a été signée, le Collège était déjà propriétaire du troupeau laitier.

Un comité de transition formé de plusieurs organismes, dont l’UCFO et le Conseil communautaire du Collège d’Alfred, a rencontré la direction de l’Université pour lui rappeler l’existence de ce traité.

« Même si l’Université de Guelph a décidé unilatéralement de quitter Alfred, l’entente reste encore valide sur plusieurs points et sa résiliation finale devra être négociée par les deux parties », a exprimé Pierre Glaude, le négociateur principal de cette convention de 1997.

Les étudiants veulent leur mot à dire
Puisque le Collège d’Alfred n’est pas propriétaire du quota laitier qui permet à l’établissement de vendre le lait produit par le troupeau, trois étudiants en agriculture ont fait parvenir une lettre à Dairy Farmers of Ontario en le priant de conserver le quota à Alfred.

« Pour les étudiants qui n’ont pas d’expérience à la ferme, le troupeau a été le premier contact avec les bovins et leur initiation à un style de vie rural. Il nous donne l’assurance que nous recevons l’expérience nécessaire pour pouvoir bien exercer nos futurs emplois comme employés de ferme, nutritionnistes, gestionnaires, et gérant des cultures dont toute l’industrie laitière de la province a besoin », lit-on dans la lettre signée par Jovan Dozet, Olivier Coursol et Maxime Quesnel.

Si le troupeau tient tant à cœur aux étudiants aux programmes de Technologie agricole et Techniques de soins vétérinaires, c’est qu’ils passent de nombreuses heures à l’étable pour s’exercer sur les animaux et mettre en pratique les notions apprises en salle de classe.

En moyenne, un étudiant en agriculture passe près de 40 heures à la ferme-école durant ses deux années d’apprentissage, notamment pour faire la traite des vaches et les nourrir. Quant aux apprentis techniciens en soins vétérinaires, ils peuvent consacrer un total de 45 heures à l’étable pour s’occuper entre autres des veaux et administrer des soins aux bovins laitiers.

« La formation que nous recevons auprès de nos amis les bovins est de loin supérieure à ce que nous pouvons tout simplement apprendre dans nos manuels », ajoutent les trois signataires.

Ils ne sont pas les seuls à s’inquiéter de l’avenir de ces bovins que tous se plaisent à appeler les « vaches unilingues francophones ».

« En agriculture ça nous prend des vaches et des machineries. Alors il faut qu’elles restent », a fait valoir le président de l’UCFO, Marc Laflèche.

« On ne remplace pas un troupeau de vaches par des vaches en plastic qui donnent du lait en poudre », s’est aussi insurgé, Jean Poirier, l’un des pères fondateurs du Collègue d’Alfred, en s’adressant aux dirigeants de l’Université le jour de l’annonce. Son commentaire a été accueilli par de forts applaudissements des étudiants.

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