Les vendanges prennent une longueur d’avance


Le ramassage des grappes est précoce cette année chez Stratus Vineyards. Photo : Courtoisie


Par Lucas Pilleri – Collaborateur

Cette année, les récoltes de raisins sont précoces. Bénéficiant d’un été chaud et sec, le fruit est arrivé à maturité plus rapidement qu’à l’accoutumée et promet de beaux arômes, malgré des quantités moindres. Néanmoins, les vignerons doivent aussi lutter contre l’humidité qui s’est installée dans les vignobles ontariens.

Les vendanges ont déjà commencé ! Avec une dizaine de jours d’avance, les vignerons et leurs équipes s’attellent déjà au ramassage du précieux fruit rond. « Ça se passe bien. On a commencé depuis début septembre et on termine en ce moment le sauvignon blanc », témoigne Jean-Laurent Groux, œnologue et vigneron pour Stratus Vineyards à Niagara-on-the-Lake. S’ensuivra le chardonnay et le sémillon. Après les blancs, ce sera au tour des rouges d’être cueillis à partir de la fin octobre. « Ce sera très intense en novembre car nous avons douze variétés de vin rouge, comme le cabernet et le syrah », ajoute l’expert.

Une récolte précoce

Si les vignerons sont déjà à l’œuvre, c’est parce que la météo a été particulièrement clémente cette année pour la culture viticole. « L’été a été très chaud et sec, et la pluie est arrivée au bon moment fin juillet », résume Harald Thiel, propriétaire du domaine Hidden Bench à Beamsville. En effet, la sécheresse estivale est la meilleure amie du vigneron. « Les grandes chaleurs et l’absence de pluie sont des conditions parfaites pour nous ! », se réjouit Jean-Laurent Groux. Toutefois, une récolte précoce ne veut pas forcément dire que le vin sera meilleur, prévient Frédéric Picard de Huff Estates dans le comté de Prince Edward.

En outre, les quantités seront un peu moindres que l’an passé, à cause du gel de l’hiver dernier qui a emporté nombre de bourgeons. Les grappes sont ainsi plus ouvertes et dégagées, moins compactes. « Mais la qualité est extraordinaire », rassure Harald Thiel. Affairé actuellement à la récolte du pinot noir, il lui faut embaucher une vingtaine de cueilleurs, une quinzaine d’employés à la table de tri et six stagiaires pour assurer les vendanges dans son domaine où tout se fait à la main.

Chez Stratus, le rendement s’annonce bas également. Jean-Laurent Groux prévoit 150 tonnes de raisins, contre les 200 habituelles. Après une floraison difficile en 2017, les fleurs ont été plus rares. « Il n’y a pas beaucoup de grappes sur les vignes », concède-t-il. Mais la chaleur aura un impact bénéfique sur le goût selon lui. « L’acidité est basse, et on a de beaux arômes, examine-t-il. Le taux de sucre n’est pas si élevé qu’on pourrait le croire. »

L’humidité menace

« C’est plus complexe que ce que je pensais ! », s’étonne Amélie Boury, œnologue au Château des Charmes à Niagara-on-the-Lake. Avec les fortes chaleurs, elle pensait que les vendanges seraient facilitées mais c’était sans compter sur les orages de fin août qui ont installé une humidité constante. « On est en train d’en payer le prix, soupire-t-elle. Il y a beaucoup de pourriture. Le travail de tri est énorme, c’est un vrai défi. »

L’humidité est un problème pour les vignerons qui doivent souvent retirer les feuilles cachant les raisins pour augmenter l’exposition au soleil des grappes, et traiter la prolifération de champignons tels que le botrytis. Si cette pourriture s’avère parfois noble comme dans la culture des vins de Sauternes, elle menace cette année le vin de tourner au vinaigre. « On fait beaucoup de tri à la vigne. On essaie de ramasser un maximum avant qu’il ne pleuve une nouvelle fois », commente Amélie Boury, les yeux rivés sur la météo.

L’autre mauvaise surprise de cette saison, c’est la drosophile. L’insecte, qu’on appelle parfois mouche à fruit, fait un retour en force cette année, se faufilant à l’intérieur des trous dans la peau du raisin. « On essaie de les chasser avec des produits pas trop nocifs mais elle est beaucoup plus virulente que d’habitude », observe Jean-Laurent Groux. François Morissette, copropriétaire du domaine Pearl à Jordan, doit appliquer tous les deux jours du métabisulfite de potassium et du bicarbonate de soude afin d’assécher les zones affectées.

Si les vendanges sont déjà entamées, il faudra malgré tout attendre la fin de la récolte pour se faire un avis définitif. « C’est toujours compliqué de se prononcer avant la fin des vendanges », avise François Morissette. Les prochaines semaines seront donc décisives.

 

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