Volume 32 Numéro 16 Le 17 avril 2015

L’Europe passe à l’ère post-quota laitier


Par Philippe Etter


Depuis le 1er avril, les producteurs laitiers de l’Union européenne pourront produire autant de lait qu’ils le veulent. C’est avec une grande incertitude que certains producteurs laitiers européens se préparent à cette levée des contingents laitiers tandis que d’autres se réjouissent de cette opportunité.

Les quotas laitiers ont été instaurés à l’échelle européenne dans le cadre de la politique agricole commune à partir de 1984. À l’époque, ceux-ci avaient été instaurés pour limiter et stabiliser la production de lait face à un prix en chute libre. L’idée était de faire coïncider la production et la consommation intérieure, d’éviter les exportations à perte et de limiter la volatilité du prix du lait d’une année à l’autre.

Le système de quotas laitiers a fonctionné ainsi pour une trentaine d’années, mais confronté à une divergence d’opinion entre les pays membres et surtout une pression des gros pays producteurs comme l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, la décision a été prise de libéraliser complètement le marché en 2003. Depuis 2009, il y a eu une augmentation de 1 % par année du droit de production afin de préparer les producteurs à augmenter leur volume jusqu’à l’abolition complète des quotas au début du mois.

Cette décision a été prise dans un contexte de demande mondiale en hausse et afin de faire concurrence aux grands pays exportateurs tels que la Nouvelle-Zélande, l’Australie et bien sur les États-Unis. Cette forte demande vient principalement du marché asiatique où leur classe moyenne consomme de plus en plus de produits laitiers.

L’exemple de l’Irlande
Des pays comme l’Irlande se préparent à augmenter considérablement leur production. Selon, le ministère de l’Agriculture de l’Irlande, le pays se prépare à augmenter de 50 % sa production d’ici 2020. Depuis 2010, les transformateurs, les agriculteurs et le gouvernement irlandais ont dépensé des centaines de millions d’euros afin de moderniser la filière laitière irlandaise. À noter qu’en terme de volume, l’Irlande n’est pas un producteur majeur comparativement à l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. Cependant, elle exporte 90 % de sa production et toute augmentation sera destinée à l’exportation.

Répercussions
Si certains se réjouissent de l’abolition des quotas, plusieurs sont réticents face à cette nouvelle réalité. Le système de quota laitier apportait une stabilité pour les prix et plusieurs se questionnent sur l’avenir de la ferme familiale face aux pouvoirs des géants tels que Nestlé, Danone et Campina.

En ce qui concerne les prix du lait, après des niveaux record en 2013-2014 nous avons vu un fort recul dans les premiers mois de 2015 face à une demande plus modeste du côté des pays asiatiques. C’est une réalité avec laquelle les producteurs devront composer. Une plus grande volatilité des prix sera certainement au détriment des plus petites structures moins compétitives.

D’autres agriculteurs mentionnent la hausse des prix des terres face à une plus grande demande d’affouragements et la nécessité de trouver plus de main d’œuvre comme des barrières à pouvoir vraiment augmenter leur capacité de production.

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