Le 4 mai 2005

LLA – À la défense des droits des propriétaires terriens

Par Pierre-Alain Blais


La toute nouvelle Association des propriétaires de Prescott-Russell (Prescott-Russell Landowners Association) soulève beaucoup d’intérêt quelques semaines seulement après sa création. En effet, plus d’une centaine de personnes se sont rendues à l’invitation de l’Association, le jeudi le 21 avril dernier, pour une soirée de conférence et de réseautage.

Cette dernière n’est pas la seule à avoir joint l’association de Lanark depuis le début de l’année. Comme le disait l’un des leaders de cette dernière, la Ville d’Ottawa (et ses cohortes de fonctionnaires) est maintenant totalement « encerclée » par des associations de propriétaires fondées sur le modèle de Lanark. Il y a des associations dans Renfrew, Glengarry, Stormont-Dundas, Leeds-Grenville, Prescott-Russell et Hastings.

Et l’intérêt est très grand. Plus de trois cents personnes auraient assisté à l’assemblée inaugurale de l’association de Stormont-Dundas, à Winchester le 5 avril dernier. Cette association aurait recruté plus de 150 nouveaux membres durant cette première assemblée.

Selon Randy Hillier, président de la Lanark Landowners Association (LLA), les choses progressent bien également pour créer des associations de comté dans le Centre Sud et le Sud-Ouest de la province, alors qu’il en existe déjà une dans Essex, et que des démarches sont faites dans les comtés entourant Toronto.

Des coups d’éclat en préparation
Randy Hillier, le président de l’association de Lanark, et vu comme étant une sorte de leader provincial des associations de propriétaires, a certainement tout ce qu’il faut de charisme et d’humilité pour soulever les esprits d’une classe agricole qui sent de plus en plus ses droits bafoués par les gouvernements de tous niveaux.

En fait, force est d’admettre que les membres lui vouent une admiration bien évidente qui semble bien méritée. Il n’y a qu’à constater le silence presque religieux et l’espoir dans les regards des producteurs et productrices lorsqu’il a parlé des activités de l’Association, une présentation qui a duré presque une heure.

Commentant sur le milliard de dollars qui a été octroyé par le fédéral comme aide d’urgence ce printemps, M. Hillier a dit publiquement ce que beaucoup pense de ce « plaster »: « Cela n’aidera en rien à résoudre la crise de revenu que subissent les agriculteurs, ni même d’augmenter les prix des bovins, tout au plus cela nous permettra d’ensemencer des cultures dans les champs, sur lesquelles on perdra encore plus d’argent l’an prochain (traduction Agricom)».

Le gouvernement canadien a aussi été fustigé pour son inaction dans le dossier du maïs américain qui entre à plein bateau en Ontario à des prix de dumping. Une procédure anti-dumping serait très coûteuse à entreprendre par un groupe privé sans l’appui du fédéral, commentait Reg Presley, un des leaders de l’association de Prescott-Russell.

Voulant stimuler les membres et leur démontrer que son association ne faisait pas que parler de traitement équitable pour les ruraux et de défense de leurs intérêts, il a confié que les associations rurales travaillaient à quelques grands coups d’éclat d’ici à quelques semaines.

Ainsi, a-t-on appris que le LLA projette de bloquer durant plusieurs jours des centres de distribution alimentaires majeurs avec des lignes de piquetage de tracteurs. Ces manifestations de « sensibilisation » seraient prévues pour les premières semaines de mai, mais l’endroit visé n’a pas été révélé. La LLA aurait déjà reçu l’assurance des syndicats locaux que les lignes de piquetage seraient « respectées » comme si c’était celles d’un autre syndicat. On pourrait s’attendre à ce que les camionneurs devant faire la livraison aux grandes surfaces d’alimentation ne puissent ni entrer ni sortir de l’entrepôt, causant des pénuries importantes dans les magasins desservis par ces centres.

Activisme à la défense des droits des propriétaires
La Landowners Association se préoccupe beaucoup des « droits » des propriétaires terriens et de l’exercice de la profession d’agriculteur que des lois et des règlements récents semblent avoir affaiblis, voire mis en danger.

À plusieurs reprises, Randy Hillier et d’autres orateurs de la soirée ont parlé du risque de la disparition du modèle familial de propriété de la terre en Ontario, tellement la situation est perçue comme critique. « Au rythme où vont les choses, si on ne fait rien il ne restera plus d’agriculteurs-propriétaires en Ontario », a mentionné à plusieurs reprises M. Hillier.

Et il n’a pas manqué de donner des exemples concrets de situations où son groupe a dû intervenir pour protéger des membres qui risquaient de « perdre » leur terre et leur gagne-pain. Le canton de North Augusta aurait re-zoné semble-t-il une large partie de ses terrains agricoles par une désignation « terre humide d’importance provinciale » ou « écologiquement fragile », raconte M. Hillier.

Cette nouvelle classification, faite sans l’accord évident des propriétaires, ferait en sorte que toute activité commerciale (pas seulement agricole) ne pourrait plus s’exercer sur les terres ainsi désignées. M. Hillier croit que si rien n’est fait ce serait la mort certaine plus ou moins lente de ce coin de la campagne ontarienne, car les fermes ne pourraient pas être vendues comme entreprises commerciales, et leur valeur monétaire chuterait à pic.

Lors d’une réunion d’un conseil municipal, de poursuivre Randy Hillier, la Landowners Association du comté s’est présentée en grand nombre et aurait protesté contre les changements abusifs apportés au Plan officiel. Un compromis aurait été apparemment négocié avec le conseil, sûrement intimidé par la présence d’autant de producteurs vraiment pas de très bonne humeur. Un préambule serait inclus dans la proposition de re-zonage, qui établit que si un propriétaire individuel ne peut pas lui-même modifier son zonage sans l’accord de la communauté, l’inverse devrait être tout aussi applicable. Autrement, une compensation financière raisonnable devra être accordée aux propriétaires dont la valeur des terrains chutera suite à un re-zonage plus « écologique ». Randy Hillier et ses membres espèrent exercer la même pression sur les autres conseils municipaux du comté où du re-zonage écologique a été apporté.

« Tous pour un » ? la force de la solidarité rurale
Randy Hillier, a partagé avec les participants de l’assemblée sa vision de la « solidarité », qui n’est pas sans rappeler celle qui était la norme, il n’y a pas si longtemps dans nos campagnes plus isolées.

Il a raconté un autre événement récent auquel il a participé pour illustrer son propos. Un certain producteur dénommé Hal McGregor près de Smiths Falls aurait eu de sérieuses démêlées avec la OSPCA de l’endroit, notamment au sujet de son chenil de chiens et du traitement de ses sangliers. La situation aurait semble-t-il dégénéré, raconte Randy Hillier, au point où la société de protection des animaux était sur le point de « saisir » les animaux de M. McGregor, resté incrédule de l’application aussi zélée de la loi par l’inspecteur de l’endroit qui s’est occupé de son cas pendant plus de deux mois. En désespoir de cause, il demanda l’aide de la Lanark Landowners Association.

Le jour de la saisie, Randy et bon nombre de ses partisans se seraient donné un rendez-vous entre voisins’ justement devant la propriété de McGregor, invitant au passage les médias locaux à témoin. Il va s’en dire que la OSPCA de l’endroit ne s’est pas présentée, prétextant « qu’il y avait trop de monde et de médias pour faire son travail », mais disait choisir de revenir à un autre moment lorsque « l’endroit serait tranquille ». L’histoire se serait terminée devant le « Animal Care Review Board » du ministère de la Sécurité des communautés et des Services correctionnels qui traite de ce genre d’affaire, où les accusations portées par des voisins « un peu trop zélés » auraient été abandonnées, au grand soulagement du vieil agriculteur.

Les méthodes de solidarité de l’association des propriétaires semblent donner des résultats et rappellent l’esprit d’entraide qui régnait dans les campagnes d’autrefois. Le mot d’ordre de l’association est « Tous pour un » (« All four one »), slogan familier pour ceux qui ont lu ou vu au cinéma le roman Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas.

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