Le 4 juin 2003

Maladie de la vache folle: L’Est ontarien en subit les contrecoups

Par Étienne Alary


« Les opérations aux encans sont paralysées. Les acheteurs ne s’y présentent plus depuis la fermeture des frontières et les prix ont chuté », énumère Rodney Maclaren, éleveur de la région de Vankleek Hill. Photo archives Agricom.

Depuis la découverte d’un cas de vache atteinte de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) en Alberta, le 20 mai dernier, tout le monde est sur un pied d’alerte. Quelles sont les répercussions, pour l’Est ontarien, de ce cas de la maladie de la vache folle?

Selon le président de l’Ontario Cattlemen’s Association (OCA) pour le comté de Prescott, Rodney Maclaren, les répercussions sont différentes pour chacune des branches de l’industrie, soit le vache-veau, la finition et la réforme.

« Au niveau du vache-veau, le plus gros avantage est à la période de l’année où ce cas est apparu. En effet, à ce temps-ci de l’année, la plupart des vaches et des veaux sont déjà au pâturage pour l’été. Si cette découverte avait eu lieu en septembre ou en octobre, cela aurait été catastrophique car c’est la période à laquelle les éleveurs de vache-veau s’apprêtent à aller à l’encan », indique Rodney Maclaren.

La situation est similaire dans le comté de Russell. « À ce temps-ci de l’année comparativement à l’automne, peu d’éleveurs ont des bovins à vendre alors nous ne ressentons pas encore les effets de la découverte de cette maladie », indique Robert Laviolette, directeur provincial pour le comté de Russell à l’OCA. « J’ai contacté quelques éleveurs du comté et ils m’ont tous dit qu’ils n’étaient pas touchés puisque ce n’était pas le temps de la vente d’animaux », précise-t-il.

Les éleveurs qui seront touchés sont ceux qui voudraient vendre à ce temps-ci. « Les opérations aux encans sont paralysées. Les acheteurs ne s’y présentent plus depuis la fermeture des frontières et les prix ont chuté », mentionne Rodney Maclaren, éleveur de la région de Vankleek Hill.

Étant donné que les encans fonctionnent au ralenti, le secteur de la vache de réforme en est grandement affecté. « La majorité des bêtes qui étaient vendues étaient expédiées en Pennsylvanie pour y être abattues. Depuis la fermeture des frontières, il n’y a pas grand chose que les éleveurs peuvent faire sauf attendre. Ils sont pris, pour l’instant, avec leurs vaches », déclare Rodney Maclaren en précisant que cela affectait autant le secteur des animaux à boeuf que le secteur laitier.

Les éleveurs de bovins de finition doivent aussi prendre leur mal en patience. « La majorité des éleveurs qui s’adonnent aux veaux de finition se trouvent dans l’ouest de la province. Puisqu’ils envoyaient des bêtes toutes les semaines, ces éleveurs sont les plus touchés par la crise actuelle », relate M. Maclaren.

Ce dernier ajoute que c’est un deuxième défi de taille en très peu de temps que ces éleveurs doivent relever. « Avec la remontée du dollar canadien au cours des derniers mois, les éleveurs qui expédient leur bétail aux États-Unis ont perdu environ 15 pour cent de leur revenu », explique le président de l’OCA pour le comté de Prescott.
Trop vite sur la gâchette?

Rodney Maclaren refuse de blâmer les États-Unis pour avoir mis un embargo sur la viande canadienne. « Tout ce que je sais, c’est que les frontières sont fermées. Cela a créé et crée encore beaucoup d’incertitude au sein de l’industrie canadienne du boeuf. Cependant, ils se sont probablement basés sur un des protocoles pour mettre un embargo sur le boeuf canadien », estime-t-il.

La précarité de l’industrie du boeuf s’échelonnera sur plusieurs semaines, selon l’éleveur de la région de Vankleek Hill. « Même si l’embargo est levé demain matin, cela va prendre plus que deux ou trois semaines pour que les choses reviennent à la normale », souligne Rodney Maclaren.

De son côté, Robert Laviolette soutient que les médias ont joué de sensation. « La réalité est vraiment différente de ce qui a été présentée à la télévision. Les images qui ont été diffusées ne provenaient même pas du Canada. C’est un peu de la fausse représentation qui a été faite par les médias », soutient le directeur provincial pour le comté de Russell à l’Ontario Cattlemen’s Association.

Cet éleveur de boeuf de Rockland croit qu’il ne faut pas être trop alarmiste. « Ce n’est qu’un cas isolé de la maladie. Aucun autre cas n’a été trouvé à ce jour. Oui, ça fait mal à l’industrie mais dans n’importe quelle industrie, il y aura toujours des choses qui arriveront et il faut apprendre à relever ces défis », affirme-t-il.

Prix cet automne?

En ce qui a trait aux prix des encans, les deux intervenants disent espérer que la vague aura passé lorsque viendra le temps pour les éleveurs de vendre leurs bovins. « Pour nous affecter, c’est certain que cela va nous affecter un peu mais nous devrions être en mesure de nous en réchapper », déclare Robert Laviolette.

Même son de cloche du côté de Rodney Maclaren. « J’ose croire que d’ici l’automne, si aucun autre cas n’est trouvé, les choses auront repris leur cours normal, mais c’est ?anybody?s guess’ », mentionne M. Maclaren.

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