Le 5 mars 2003

Mérite agricole 2003 du comté de Prescott: Marie-Rose Paquette, une femme de détermination

Par André Pommainville, agronome


Marie-Rose et Roger Paquette, récipiendaires du Mérite agricole 2003 du comté de Prescott. Photo A.Pommainville.

Afin de souligner la Journée internationale de la femme qui aura lieu le 8 mars prochain, le Journal Agricom vous offre le portrait d’une femme profondément engagé dans le milieu rural francophone de l’Est Ontarien, madame Marie-Rose Paquette.

Écrire des notes biographiques sur la vie de Marie-Rose Paquette, c’est comme sauter en parachute en essayant de manger un bouillon de soupe avec une fourchette. Ce n’est pas une tâche facile, et il y a tellement de choses à dire au sujet de Marie-Rose et de son époux Roger, que l’on ne sait jamais par où commencer.

D’abord je vous fait part de la philosophie de Marie-Rose, notre récipiendaire du Mérite agricole du comté de Prescott pour 2003. Sans doute, plusieurs d’entre vous reconnaîtront la détermination et la force de caractère de cette femme. « J’aime l’agriculture et les agriculteurs et les agricultrices et ils et elles me le rendent bien. Je suis reconnue pour être têtue. Si quelque chose est blanc, c’est blanc et si quelque chose est noir, c’est noir. Mon franc parler m’a déjà coûté une subvention pour garder mon Centre d’emploi agricole mais je n’ai aucun regret parce que je ne fais jamais rien dont je pourrais avoir honte dans le futur. Je suis aussi une tendre de caractère et ma famille peut vous le confirmer. Si quelqu’un m’attaque, je me défends. S’il y a quelque chose que ma mère nous a appris à un très bas âge, c’est de ne jamais faire des choses que nous pourrions regretter plus tard et de toujours marcher la tête haute même si nous ne sommes pas riches. »

Au début de leur carrière de producteurs agricoles, Marie-Rose et Roger exemplifient des Franco-Ontariens types de leur génération. Tous deux avaient grandi dans un contexte agricole et rural très semblable, Marie-Rose dans le village de Fournier et Roger dans la région de Lemieux, où l’agriculture était un mode de vie, pour ne pas dire un moyen de subsistance. C’est le 6 juin 1964 que Marie-Rose et Roger Paquette unissent leurs destinées. Après un voyage de noces aux Chutes Niagara, comme la majorité des nouveaux mariés faisait à l’époque, le couple prend pignon sur rue dans la 20e concession de Plantagenet-Sud du comté de Prescott. Ils étaient propriétaires d’une ferme de 100 acres et d’un cheptel composé de 15 vaches, 100 poules et quelques cochons. Se passant avant l’avènement des quotas, le prix de vente du lait était loin d’être suffisant pour faire vivre la famille. Il n’y eut pas question d’entreprendre de grandes cultures pour obtenir un revenu complémentaire, car le drainage souterrain était peu connu et les lourdes glaises de la 20e concession de Plantagenet Sud produisaient plus ou moins selon les caprices de la nature.

Roger dû donc travailler à l’extérieur. Pendant ce temps, Rose mère de trois nouvelles bouches entre 1965-70, prenait charge de la ferme avec le père et les frères de Roger.Après dix ans de cette vie sans issue, la famille Paquette décide de jouer le tout pour le tout en achetant en 1974 la ferme avoisinante de Réjeane et Thérèse Gagnier. Ce fut vraiment le début où la famille Paquette a pu réaliser son rêve de devenir propriétaire d’une entreprise agricole à revenu respectable. En 1976 et 1978, la superficie de la ferme nommée ?Mouton Blanc’ s’accroît lorsque les Paquette acquièrent la ferme de Léo Lalonde et Fernand Longtin. Au milieu des années 1970, tout semblait sourire aux agriculteurs(-trices) qui osaient prendre des risques. Toutefois, survint la flambée vertigineuse des taux d’intérêt des années 1980 à 1983. Ce fut des temps difficiles pour Marie-Rose, Roger et tant d’autres propriétaires, ont dû prendre des décisions difficiles afin de « sauver leur ferme ». Le statut de la ferme Mouton Blanc passe d’un statut de ?partnership? à celui de compagnie: la Ferme RHMR Inc. Ce changement, a permis à cette entreprise de continuer à progresser. Lors de la vente en 1990, le troupeau de la Ferme RHMR Inc. avait une moyenne de beaucoup supérieure à l’ensemble des troupeaux laitiers du comté de Prescott.

Le succès dans les activités de la vie sont toujours en relation directe avec les efforts que l’on y met. tel que l’illustre l’exemple de la récipiendaire du Mérite agricole du comté de Prescott pour 2003. C’est avec beaucoup de détermination, d’entêtement et de persévérance que Marie-Rose ainsi que son conjoint ont oeuvré dans différents regroupements et associations afin d’atteindre des objectifs spécifiques. C’est d’abord Roger qui suit des cours en agriculture en 1969-70. Il est intéressant de constater qu’une grande majorité des entreprises agricoles de nos régions, dans les dernières trois décennies, ont été gérées par les diplômés de ces cours. Mais il est encore plus remarquable de souligner que Marie-Rose a été une des rares femmes de cette époque à suivre des cours en 1975-76. Manifestant son esprit innovateur, Marie-Rose commence à faire avancer des projets de service et de développement communautaire.

En premier lieu, un regroupement de femmes agricultrices se forme au début des années 1980. Connu sous le nom ?La femme et la gestion de la ferme?, ce groupe composé entièrement de femmes, a vraiment éveillé l’establishment para-agricole à reconnaître le rôle de la femme dans le succès des entreprises agricoles. Marie-Rose fut élue la première présidente en 1980 lors de la première assemblée annuelle à Cornwall. La passion de Marie-Rose à se faire connaître comme personne distincte et autonome dans l’administration de la ferme continue de servir de modèle pour les femmes dans les entreprises agricoles. La participation active de beaucoup de femmes dans nos entreprises agricoles et para-agricoles est peut-être le résultat de ce travail de Marie-Rose pour faire reconnaître le rôle important des femmes dans les décisions de nos fermes.

Centre de main-d’oeuvre sur La Voie Agricole

On associe souvent le nom de Marie-Rose Paquette à celui du Centre de main-d’oeuvre agricole des comtés de l’Est. La participation de notre récipiendaire dans ce projet n’a pas été de tout repos. En raison de coupures gouvernementales, et connaissant le besoin continue et pressant du milieu agricole, Marie-Rose établit son propre centre de main-d’oeuvre en milieu rural. C’est avec détermination et une volonté de contribuer à la société que Marie Rose parle: « La différence entre moi et le ministères des Ressources humaines, c’est que moi je parle le même langage que les agriculteurs(-trices) et mes heures de bureau sont illimitées ». Aujourd’hui, Marie Rose Paquette s’est mise à l’ère de l’Internet, avec un Centre de main-d’oeuvre virtuel accessible sur le portail de l’Union des cultivateurs franco-ontariens: www.lavoieagricole.ca/ membres/ emplois.
Pour ne nommer que quelques associations et regroupements sur les quelque 25 auxquels madame Paquette a participé, on compte: La Société d’expertise et de financement de Prescott-Russell, le Conseil communautaire du Collège d’Alfred de l’Université de Guelph, Ontario Women Network, Eastern Ontario Agri-Business Support Centre, Les femmes d’affaires de Prescott-Russell, Eastern Ontario Training Board. En plus d’organismes agricoles, Marie-Rose oeuvre dans plusieurs mouvements sociaux, paroissiaux et culturels.

Avant de conclure, je me dois de dire quelques mots au sujet de Roger, compagnon et partenaire de cette grande femme. Il est lui -même impliqué dans des associations et des regroupements différents de ceux de son épouse. C’est surtout par le biais de la Fédération de l’agriculture du comté de Prescott que nous reconnaissons les talents de leader de Roger comme producteur agricole. Sous sa présidence dans cette association, les concours de dessins parrainés par la Fédération prennent naissance. Ces concours ont vraiment sensibilisé les jeunes à l’importance de l’agriculture. En plus d’être directeur de plusieurs organismes agricoles, tels que le Club Holstein de Prescott, la Coopérative agricole de St-Isidore, Roger siège également dans plusieurs associations culturelles, sociales et religieuses.

Comme mot de la fin, j’aimerais reprendre une pensée de Marie-Rose qui exprime bien pourquoi elle a voulu s’impliquer dans sa communauté, « Si nous voulons vivre de l’agriculture, il y a des sacrifices à faire en agriculture comme dans toutes petites entreprises mais nous devons tous en payer le prix, pas seulement les agriculteurs et les agricultrices ».

Félicitations à Marie-Rose et à Roger !

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