Le 5 mai 2004

Michel Chenier: L’art de l’orchestration d’une coopérative

Par Chantal Quirion


Michel Chénier, un gestionnaire hors pair dont les valeurs humanitaires servent la coopérative d’Embrun depuis 1997, fait bénéficier plus de 4000 membres de son expertise en tant que gestionnaire et de son allégeance au mouvement coopératif. Photo C.Quiri

Pour un homme qui aime la vie lorsqu’elle est pimentée de défis, Michel Chénier, le chef des opérations de la coopérative d’Embrun, s’offrait un véritable cadeau en acceptant d’en prendre les rennes en 1997. Avec sept secteurs d’activités à mener de front et ayant à conjuguer l’art de la gestion et le respect de la démocratie qu’implique le statut coopératif, aucun risque de trouver le travail monotone, ce qu’il a toujours cherché à éviter, dit-il.

Natif de St-Polycarpe au Québec, Michel Chénier est diplômé de l’École des Hautes études commerciales à Montréal (HEC), où il s’est spécialisé en administration, en finances et en comptabilité. Pour lui, le mode coopératif est un concept qu’il a côtoyé dès le plus jeune âge, alors que sa mère occupait la fonction de secrétaire de la coop de son village. Est-ce pour cette raison qu’il débuta sa carrière à la Fédération des caisses d’établissement du Québec’ Il ne pourrait l’assurer mais pour avoir ensuite travailler quelques années pour les banques, il s’est rendu compte que le système coopératif répondait mieux à sa philosophie.

Il rejoint donc les caisses populaires Desjardins qui s’accordent mieux à son souci de répondre aux besoins des communautés. Il aime à penser qu’une coopérative c’est avant tout, la manifestation de la volonté d’un groupe qui s’est uni pour répondre à ses propres besoins et dans lequel chacun des membres peut apporter son point de vue.

Lorsqu’il fut approché en même temps que d’autres candidats, pour occuper le poste de chef des opérations à la coop d’Embrun, son appétit pour les défis ne fut pas sans influencer sa mise en candidature. En y repensant il dit: « Pour un bien ou pour un mal, c’est moi qu’ils ont choisi et j’ai accepté ». Il y est depuis sept ans et quotidiennement, la coopérative d’Embrun lui fournit matière à alimenter ce goût de réussir en toutes circonstances. Au départ, ayant peu de connaissances en milieu agricole, il eut à mettre les bouchées doubles mais tout compte fait il avoue qu’il y a pris beaucoup de plaisir et que c’est important pour lui: « Ici, je ne m’ennuie jamais ».

Diriger une coopérative
La situation a beaucoup changé au cours des dernières années. Aujourd’hui le commerce est encadré de façon très serrée et exige des commerçants d’être à la fine pointe de la législation en passant par les normes environnementales, les normes de salubrité, la taxation et bien d’autres encore. Se tenir à jour est une nécessité qui relève presque de la prouesse. Alors imaginez un commerce qui regroupe sept secteurs d’activités régis par des normes différentes!

Michel Chénier doit revêtir le rôle de chef d’orchestre et s’assure que chacun des chefs de département et chacun des employés a bien appris sa partition. C’est avant tout un travail d’équipe, raconte-t-il. Chacune des actions posées doit mener à la rentabilité de l’entreprise tout en répondant aux attentes des membres.

Ces membres sont le moteur de la coopérative. Sans eux, sans le besoin qu’ils manifestent, il n’y a pas de coop. À partir du moment où ce fait est établi, Michel Chénier considère que son rôle à lui, consiste à oeuvrer de façon à assurer la pérennité de l’entreprise.

Malgré l’attachement des membres à leur coopérative, il ne peut nier l’impact qu’ont les grosses chaînes sur les consommateurs avec leurs bas prix et la diversité de leurs marchandises. Il constate que la tendance actuelle tend vers les grandes surfaces qui comme le magasin général d’autrefois offre la possibilité de faire ses emplettes au même endroit.

Les membres de la coopérative d’Embrun ne font pas exception à la règle et ont manifesté le désir d’avoir accès à un service semblable. C’est pourquoi à l’issue de quelques années de planification, la construction d’un nouveau bâtiment destiné à cet usage, débutera sous peu. Pour Michel Chénier, la planification d’un projet d’une telle envergure représente au moins 75% du travail. Bien que la pelle mécanique ne soit pas encore entrée en action, pour lui le plus gros du travail dans ce dossier est terminé.

Ses principes de gestion sont basés sur le respect de trois conditions:
– Être en mesure de distribuer une part des bénéfices en ristournes.
– Pouvoir renouveler les actifs.
– Augmenter les avoirs, condition nécessaire à la négociation de financement.
En conservant constamment ces prémisses en tête, Michel Chénier a su concilier la rentabilité de l’entreprise avec les attentes de plus de 4 000 membres.

Pour lui, la prudence est de rigueur et l’achat d’actifs doit être scruté à la loupe avant d’avoir l’aval du conseil d’administration.
De même, au rythme où évoluent les marchés, il ne faut rien prendre pour acquis: « Il faut repositionner la coopérative régulièrement, dit-il. On ne peut presque plus penser à un plan triennal. Il faut sans cesse être à l’affût. La seule chose qui ne change pas, c’est le changement », constate-t-il. Régulièrement, il est amené à revisiter chacun des domaines d’activité de la coopérative et à s’assurer que la direction en cours est bien la bonne. De ce fait, la formation continue des employés, n’est pas une option mais une nécessité.
Mais avant tout, rappelle-t-il, une coopérative doit développer une relation privilégiée avec ses membres de la même manière qu’elle doit faire preuve de flexibilité et de dynamisme par rapport à l’ensemble du marché. « La clé de la réussite réside dans la capacité de générer de bonnes interactions à l’interne et à l’externe », soutient le chef des opérations.

Depuis qu’il est en fonction, l’effet tonifiant et vivifiant des stratégies qu’il propose a servi non seulement à maintenir mais encore plus, à bonifier les actifs d’une coopérative qui contribue à la fierté de chacun des membres.
Michel Chénier n’en prend pas le mérite seul et considère que comme homme d’action il a su se rallier l’expertise des nombreux membres de cette grande équipe, sans qui, rien de tout cela n’eut été possible. Il est particulièrement fier de l’interaction qu’il a avec le conseil d’administration.

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