Le 18 mai 2005

Mieux connaître les ravageurs de nos vignobles

Par Pierre-Alain Blais


On connaît un peu mieux les insectes ravageurs ainsi que les bénéfiques de nos vignobles grâce au travail accompli par quelques entomologistes pionniers tels que Jacques Lasnier qui les étudie depuis 1996 dans de nombreux vignobles comme ceux de l’Orpailleur à Dunham (QC) et le Vignoble Dietrich-Jooss à Iberville (Qc).

Les vignobles que l’on retrouve dans l’Est ontarien et au sud du Québec sont relativement récents, si on les compare aux vignobles plus anciens et plus établis que l’on retrouve dans la région du Niagara, par exemple.

C’est pourquoi M. Lasnier, lors de sa présentation à l’assemblée annuelle de l’AVEO, a souligné le fait que les ravageurs que l’on retrouve dans nos régions ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux des vignobles plus anciens des régions plus au sud. L’information couramment disponible ne serait pas nécessairement adéquate pour les vignobles de climat froid.

Pour le bénéfice des viticulteurs de l’AVEO, l’entomologiste a fait la revue d’une demi-douzaine de ravageurs parmi les plus communs ou les plus dommageables, tout en s’assurant de spécifier la période critique pour observer les dommages, comment faire le dépistage et la répression, le cas échéant.

La punaise terne, cet insecte commun omniprésent, qui s’attaque à plus de 200 espèces de végétaux, serait l’une des principales causes de ce que l’on attribuait à la « coulure » des fleurs. En effet, les adultes et les nymphes de la punaise terne piquent les bourgeons et les fruits en formation ce qui peut causer leur chute. Dans le Niagara, l’insecte n’est pas considéré important, explique Jacques Lasnier, parce qu’il serait déjà contrôlé indirectement par des applications d’insecticides faites pour d’autres ravageurs plus importants.

Alors que la punaise fait ses ravages dès l’éclosion des bourgeons, M. Lasnier suggère d’essayer de retarder le débourrement des vignes, ce qui oblige la punaise à aller voir ailleurs. Des allées engazonnées pourraient favoriser les ennemis des punaises. En cas de besoin, et après avoir bien identifié les minuscules dégâts que cause la punaise et les densité de sa population, le Matador, une pyréthrine de synthèse est recommandée.

Incidemment, le Matador, une nouvelle formulation chimique du Pounce serait plus douce pour l’environnement et les insectes non-ciblés, souligne M. Lasnier, parce qu’elle se décomposerait plus rapidement que l’ancienne formulation (demi-vie plus courte).

L’entomologiste a aussi brossé un tableau de quelques autres insectes: les deux altises communes sur la vigne, les trois cicadelles (la cicadelle de la pomme de terre est un insecte migrateur emporté par les vents du sud qu’on voit en abondance certaines années) et la tordeuse de la vigne (plus commune depuis l’intensification de la viticulture au Québec).

Tout au long de sa présentation, M. Lasnier a insisté sur la nécessité d’effectuer un bon dépistage, de bien connaître ses ennemis, de tenter d’observer les dégâts et la présence des insectes ravageurs, et de quantifier leur présence. Il ajoute que la meilleure méthode pour garder un maximum d’insectes bénéfiques dans le vignoble (l’équilibre par la biodiversité) est de ne recourir au traitement chimique qu’en cas de nécessité économique.

D’ailleurs, il a participé à l’introduction d’un acarien prédateur « le plus grands succès de lutte biologique depuis les années 90 », s’exclame-t-il. Cet insecte bénéfique s’établit « à vie » dans les vergers où il a est introduit et permet d’économiser de nombreux traitements pesticides contre les tétranyques néfastes.

Un guide d’identification des ravageurs de vignobles en climat froid est disponible gratuitement sur le site Internet de la Station de recherche agricole de Saint-Jean-sur-Richelieu: Les insectes ravageurs de la vigne au Québec (http://res2.agr.ca/stjean/publication/web/ravageur-pest_f.htm)

Jacques Lasnier opère une petite entreprise de recherche appliquée en entomologie des cultures fruitières, Co-Lab R&D, qui offre des services d’expertise et de dépistage, courriel: colab@qc.aira.com.

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