Volume 30 Numéro 16 Le 26 avril 2013

Miser sur le bon cheval pour… la collecte des déchets


Photo T Raimbault

Par Christine Rieux, collaboratrice


La station balnéaire de Trouville-sur-Mer fait jaser d’elle dernièrement… pour ses ordures. Loin d’être passéiste, la collecte des déchets hippomobile y étant pratiquée dans cette ville française devient la voie du futur.

«Je souhaite qu’on ne s’intéresse plus à nous dans 20 ans parce que l’intégration du cheval en milieu urbain sera devenue monnaie courante», avoue Olivier Linot, directeur général des services de la mairie de Trouville-sur-Mer.

En 2000, la ville cherchait à diminuer le poids des camions-bennes circulant dans les étroites rues du centre-ville. Un collègue de M. Linot a dit : «Si c’est pour faire du cabotage de poubelle en poubelle, pourquoi ne pas se servir des chevaux?!» Ce qui est né d’une idée farfelue en inspire maintenant plusieurs.

Pays du cheval
Nous sommes ici dans le pays du cheval. La campagne vallonnée avoisinant le littoral de Trouville loge une multitude de haras où sont élevés de prestigieux chevaux de course.

«Il y a un urgent besoin de chevaux de trait élevés ici pour la collecte de déchets hippomobile en ville », souligne Fabrice Vanderschooten, meneur du duo percherons Rondeau et Octave, ses compagnons.

Selon M. Vanderschooten, « Le travail en ville c’est bien différent de la promenade de plaisance en calèche.» De fait, il faut 5 ans pour former un cheval à la collecte des matières résiduelles en ville. Plusieurs périodes de repos sont nécessaires pendant les phases de croissance de l’animal où l’on évite de lui faire tirer du poids.

Ensuite, bon nombre d’exercices s’ensuivent. Le cheval est exposé à des surprises : parapluie ouvert et lancé devant lui, déclenchement de pétards, bruits de chaînes, passage en dessous d’une grue, etc..

«Le but est de désensibiliser les chevaux pour qu’ils puissent faire face à n’importe quelle situation », explique M. Vanderschooten, tout en pratiquant de main de maître un stationnement en parallèle entre une Citroën et une Volkswagen, à reculons, en pleine circulation, pour arriver à décharger sa cargaison de verre recyclable ramassé chez les restaurateurs.

L’équipe n’a pas droit à l’erreur. «Un accident causé par un attelage pourrait effacer toutes les années de sensibilisation que nous avons faites auprès des citoyens », explique le meneur.

Valoriser l’ébouage
«Et votre moteur, il marche bien?», s’exclame en riant un badaud qui en profite pour caresser les chevaux. Le quotidien des éboueurs travaillant à cheval est rempli de prises de photos, d’émerveillement et de courtoisie de la part des automobilistes et des citoyens. Certains Trouvillais attendent même le passage hebdomadaire de l’attelage en pyjama, le sourire aux lèvres et le sac d’ordures à la main.

« Là où les chevaux ne fonctionnent pas mieux que le camion-benne sur le plan économique et côté temps de ramassage, on n’y va pas », affirme Olivier Linot.

«Nous voulons démontrer l’utilité du cheval dans la ville et non pas raviver le passé à tout prix », poursuit-il.

La collecte hippomobile amortie sur une période de 15 ans réduit de 30 à 40 % les gaz à effets de serre et de 20 à 50 % les coûts d’opération comparativement à l’utilisation du camion-benne, selon Équiterra, une association française promouvant l’utilisation moderne du cheval de travail.

La réintégration du cheval en milieu urbain permet également de valoriser les «anciens métiers» de maréchal-ferrant et de meneurs d’attelage.

Trouville fait la collecte avec des remorques sans cesse améliorées par les ingénieurs. C’est ainsi que Veolia Environnement, la grande compagnie française de collecte de déchets, a travaillé avec la mairie pour améliorer le temps de déchargement des remorques. La collecte de déchets hippomobile est deux fois plus rapide que celle au camion-benne. Les chevaux marchent en continu alors que le camion-benne fait des arrêts fréquents.

«Pour être efficace, la collecte de déchets doit se faire dans un hyper centre où il y a beaucoup de points de collecte et les chevaux doivent être logés à proximité de la ville », affirme Lydia Mallet, directrice financière de la ville et collaboratrice au projet.

L’avenir du cheval
En 2001, vingt communes en France utilisaient l’énergie cheval dans leur force de travail. À ce jour, on en compte 200. Trouville-sur-Mer est souvent contactée par d’autres mairies souhaitant employer le cheval pour la collecte d’ordures, la tonte de pelouse ou pour l’arrosage des plantes.

Tout cet engouement a poussé M. Linot et Mme Mallet à développer la Commission nationale des chevaux territoriaux (CNCT). Cette initiative a donné naissance à un partenariat avec l’hippodrome voisin pour la création d’une vitrine sur le travail équin moderne. Ce serait un catalyseur où toutes les races de chevaux de trait seraient présentées, où les intéressés pourraient suivre une formation de cocher, et où les manufacturiers pourraient y exposer le meilleur de leur matériel utilitaire. «Ça fait des années que la génétique chevaline est axée vers la course, le loisir ou la boucherie », explique M. Linot. «Avec ce centre, je souhaite que la génétique axée sur le trait soit remise au goût du jour alors qu’elle a été préservée jusqu’à ce jour presque exclusivement par la communauté amish », conclut-il.

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