Volume 33 Numéro 05 Le 23 octobre 2015

Mortalité hivernale des abeilles, encore loin du seuil acceptable en Ontario


Par Élizabeth Paulet


Une abeille sur six n’a pas survécu à l’hiver 2014-2015 au Canada. En Ontario, plus du tiers des colonies ont été décimées. C’est ce que publiait en juillet dernier l’Association canadienne des professionnels en apiculture (ACPA) dans son rapport annuel sur la mortalité hivernale des colonies d’abeilles. Globalement, la situation s’est améliorée par rapport à l’année dernière. Les abeilles sont-elles tirées d’affaire pour autant?

Au-delà du seuil acceptable

Les pertes de colonies déclarées par les quelque 440 apiculteurs canadiens interrogés dans le cadre de l’enquête de l’ACPA sont certes parmi les plus basses depuis 2007. En effet, le taux de mortalité pour l’ensemble du pays, chiffré à 16,4 % en 2015, avait déjà atteint les 35 % en 2008. En Ontario, la mortalité hivernale est passée du taux record de 58 % en 2014 à 37,8 % en 2015.

Un portrait encourageant, mais somme toute insatisfaisant, considérant que la mortalité hivernale en Ontario dépasse largement 15 %, le taux annuel acceptable selon les apiculteurs. Qui plus est, ces données n’incluent pas les pertes qui ont lieu au cours des trois autres saisons. « Il est impossible d’assurer la durabilité de l’industrie apicole tant que la situation n’aura pas été maîtrisée », a affirmé Tibor Szabo, président de l’Ontario Beekeepers’ Association, dans un communiqué datant de juillet dernier.

Les apiculteurs se prononcent

Les causes de mortalité avancées par les apiculteurs dans l’enquête de l’ACPA comprennent la maladie parasitaire nosémose, les conditions météorologiques, les mauvaises performances des reines, la famine et la faiblesse des colonies lors de la mise en hivernage. À l’instar des taux de mortalité, les facteurs identifiés par les apiculteurs varient grandement d’une province à l’autre. En Ontario, la province où les pertes ont été les plus importantes, les apiculteurs attribuent principalement la mortalité hivernale des abeilles à la famine, à la faiblesse des colonies et à la mauvaise performance des reines. Or, Tibor Szabo soutient que les insecticides néonicotinoïdes ne seraient pas étrangers aux réponses fournies par les apiculteurs ontariens : « Une exposition chronique aux néonicotionoïdes dans le pollen, les rayons et le miel ravage la colonie sans qu’elle présente les signes typiques associés aux événements de mortalité du printemps et de l’été ». Quoi qu’il en soit, pour Ernesto Guzman, directeur du Honey Bee Research Centre de l’Université de Guelph, « la mortalité des colonies d’abeilles demeure un problème multifactoriel ». Les abeilles et la science Au cours de la dernière décennie, la mortalité des abeilles a été au cœur de nombreuses études scientifiques. On tente désespérément de comprendre les causes du syndrome d’effondrement des colonies, un phénomène mondial sans précédent qui a de lourdes conséquences sur la production alimentaire. Vu la complexité du sujet, un article complet y sera consacré dans la prochaine édition du journal, le 6 novembre.  On y présentera un aperçu des recherches portant sur les principales causes du déclin des colonies d’abeilles et sur l’interaction entre les différents facteurs de stress, notamment les pesticides, les maladies, les parasites et les pratiques agricoles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *