Volume 34 Numéro 05 le 21 octobre 2016

Newbrabant Farms inaugure son carrousel de traite de 50 places et ses nouvelles acquisitions à Lancaster


Le carrousel de traite de 50 places facilite la traite des 600 vaches laitières de Newbrabant Farms. Trois personnes sont affectées à la tâche en même temps pendant que le carrousel effectue un tour qui dure environ 13 minutes.

Par Chantal Quirion


Au cœur des nouvelles installations de la ferme laitière Newbrabant à Lancaster, l’étincelante façade de verre en jette plein la vue. Et lorsque les panneaux de cette devanture en pignon se lèvent sur un carrousel de traite de 50 places, les yeux s’écarquillent.

C’est l’un des premiers coups d’œil qui s’est offert aux visiteurs qui ont profité de la Journée portes ouvertes le 29 octobre dernier pour voir comment s’orchestre le travail dans une exploitation de 600 vaches laitières. Il y en a peu de telle taille dans l’Est ontarien, la plus proche étant de l’autre côté d’Ottawa. Peter et Louise Sommers ainsi que leur fille Melanie, leur gendre Jason Trottier et leur petite-fille Taylar, ont partagé leur expérience à cette occasion. Ils se spécialisent dans la production de lait Oméga-3 et leur troupeau est constitué de vaches holsteins enregistrées.

Le projet d’expansion évalué à 7 M$, comporte plusieurs ajouts, dont la nouvelle salle de traite incluant le carrousel, une laiterie, deux étables à stabulation libre totalisant 750 logettes, un bâtiment dédié au recyclage de la litière de sable et l’équipement qui va de pair, des infrastructures modernes pour le traitement des eaux usées et un nouveau grattoir rétractable pour nettoyer les allées.

Ce nouveau complexe bâti en retrait des installations existantes est ceinturé de champs à perte de vue à l’arrière et surplombé à l’avant par les imposants bâtiments construits antérieurement.  Le rouge est omniprésent dans ce décor et habille plusieurs étables et bâtiments d’entretien et d’entreposage.

La petite histoire

Newbrabant Farms Ltd est en  soi une petite cité et la question qui brûle toutes les lèvres est : comment y sont-ils arrivés? Ont-ils joui d’une fortune personnelle importante pour mener à bien de si grands projets?

La réponse est non. Issu d’une famille de douze enfants, Peter Sommers aidait ses parents sur la ferme familiale sur l’île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse où ils possédaient une quinzaine de vaches. En 1973, Cornelius et Regina Sommers décident de plier bagage vers l’Ontario. L’exode des jeunes dans leur contrée d’adoption leur fait craindre qu’il n’y ait pas d’avenir pour leur progéniture. Commence ainsi l’aventure à Lancaster. Le couple est originaire de Hollande, mais Peter a grandi en Nouvelle-Écosse.

Cornelius, dans la cinquantaine, a tout de même de la chance. Malgré que les banques ne veulent pas lui prêter pour l’acquisition d’une ferme, un vieil  Hollandais lui proposera un marché à l’amiable pour le transfert de son exploitation. L’agence de financement agricole gouvernementale lui donnera aussi un coup de pouce. Il se retrouve ainsi avec 110 hectares de terre, 22 kg de quota et 45 vaches. La ferme sera baptisée Newbrabant Farms Ltd  en mémoire de leur province natale, NoordBrabant.

À peine trois ans plus tard, Cornelius décédera et Peter, dans la jeune vingtaine, deviendra le partenaire d’affaires de sa mère. Il épousera Louise en 1980, son amour qu’il a rencontré lors d’une soirée dansante des environs. Celle-ci se destinait à l’époque à faire carrière dans les Forces de l’ordre. Néanmoins, confiante dans les projets de son amoureux, elle en devient partenaire en 1979. « Je pense que notre réussite repose sur le fait que nous n’avons jamais cessé d’investir dans le quota. On aurait pu acheter plus de terre, mais nous avons choisi le quota », estime Louise. À compter de 1988, l’exploitation a augmenté son quota d’environ 12 % par année.

Plusieurs projets d’expansion et d’autres partenariats ont modulé l’histoire de cette entreprise dont la production par sujet se chiffrait au départ à moins de la moitié de ce qu’elle est aujourd’hui.

« En 1973 on comptait environ 15 l de lait par jour pour une vache. Aujourd’hui, ça tourne autour de 35 l par jour », mentionne M. Sommers en expliquant qu’ils font la traite trois fois par jour.

Les améliorations dans les secteurs de la génétique et la nutrition ainsi que l’augmentation du nombre de traites, expliqueraient ces améliorations.

Toujours en quête d’amélioration

Au fil des ans, passant de 200 à 400 puis à 600 logettes, le temps était venu de réaménager les installations, d’où ce dernier projet d’agrandissement.

Le projet vise à répondre à plusieurs objectifs dont offrir plus de confort aux animaux, faciliter le travail des employés, diminuer les frais d’exploitation et offrir un potentiel d’expansion, le cas échéant. Les anciennes étables serviront maintenant uniquement aux génisses alors que toutes les vaches en lactation seront logées dans les deux nouvelles étables construites sur structures de fer qui sont aussi plus spacieuses avec une superficie de 480 pi x 105 pi chacune et des plafonds beaucoup plus élevés. Les anciens espaces qui leur étaient alloués totalisaient 675 pi x 100 pi pour 600 logettes. Avec ce total de 750 logettes, il y a encore place à de nouvelles venues.

« C’est grand et l’air circule beaucoup mieux », assure Mélanie en précisant que la famille a opté pour la ventilation naturelle.

Changement majeur

L’emploi du sable comme litière est nouveau à la ferme Newbrabant et a nécessité d’importants investissements, soit environ 1 M$,  pour l’achat d’un séparateur qui occupe à lui seul un bâtiment qu’il a fallu construire.  Néanmoins, ces agriculteurs misent sur le long terme pour récupérer leur mise de fonds. Le séparateur extrait d’abord le sable du lisier pour ensuite le laver avec de l’eau recyclée.  Il est ensuite mis à sécher pour quelques semaines. Des résidus qui demeurent dans le fond de la cuve de lisier, on arrive ensuite à extraire les fibres et à les transformer en masse sèche et compacte qui servira de litière pour les veaux. Ainsi, pratiquement rien ne se perd et environ 80 % du sable devrait être récupéré.

« C’est cher, mais il va y avoir beaucoup d’économies. On n’aura plus de ripe à acheter et plus d’énergie à mettre pour s’en départir une fois utilisée », explique Mme Sommers.

Un trésor bien gardé

De la rue, on ne soupçonne pas toute l’activité qui se trame derrière les bâtiments principaux. Dans cette petite cité grouillante, les propriétaires et les employés circulent pour la plupart en camions et donnent l’impression de ne jamais s’arrêter. Newbrabant emploie 15 personnes à temps complet, dont six Guatémaltèques.

« J’ai plus le réflexe de penser et de parler en espagnol », mentionne Melanie en expliquant que cela facilite beaucoup les rapports avec les employés étrangers. Sinon, elle opte généralement pour l’anglais mais se débrouille en français, ayant fait ses études primaires dans une école bilingue.

Une influence francophone

Louise Sommers est francophone et originaire d’Alexandria. « Mes ancêtres sont établis dans la région depuis quatre cents ans », dit-elle fièrement.  Elle a insisté pour que ses trois filles soient initiées aux deux langues officielles. Chacune d’elles a choisi son propre chemin, Amy étant avocate spécialisée en environnement pour une firme de Los Angeles alors que  Jessica la cadette s’est établie à Victoria pour combler sa passion pour la viticulture où elle gère un commerce privé de vins.

Melanie l’aînée n’a jamais hésité quant à elle à marcher dans les traces de ses parents. Après un baccalauréat en agriculture à l’Université McGill, elle s’est inscrite à la Cteam  (Canadian Total Excellence in Agricultural Management) pour parfaire ses connaissances. Aujourd’hui, elle gère l’entreprise, incluant le personnel et tous les aspects liés au troupeau, des veaux jusqu’aux vaches laitières. Son père a commencé à lui transférer plusieurs dossiers administratifs de l’exploitation. Elle et Jason sont perçus comme la relève.

Jason quant à lui met ses talents à profit dans l’entretien de la machinerie et la coordination des grandes cultures, sous la supervision de son beau-père. Natif de Bainsville, d’un milieu non agricole, il s’est découvert une passion pour les grandes cultures qu’il peut exprimer sur les 1 900 acres de terres de la propriété familiale.

Parents et grands-parents ont chacun leur maison sur ce grand domaine et la petite Taylar  fait la joie de sa grand-maman qui la garde quelques jours par semaine. Quant au grand-père, Peter, il est complètement sous le charme de ce petit bout de femme aux cheveux blonds et bouclés et n’a de cesse de répéter que c’est elle le « boss ».

 

 

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