Volume 25 Numéro 12 Le 20 février 2008

Notre agriculture trop renfermée sur elle-même?

Par par Nadia Carrier, Journal Agricom


Bien que le rapport de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Québec fasse état de la situation des enjeux et des défis relatifs à nos voisins agriculteurs, plusieurs constats s’appliquent bien au-delà de cette province. À nous d’en prendre bonne note? et à leurs frais!

Selon Monsieur Jean Pronovost, président de la CAAAQ, en conférence de presse le 12 février dernier:

« Nous avons collectivement et très délibérément, au fil des 40 dernières années, voulu protéger l’agriculture, et nous avons graduellement fait de ce système ce qui ressemble maintenant à une place forte. »

« Nous avons échafaudé, pièce par pièce, un système de lois, de règlements, de structures et de façons de faire qui a atteint un tel niveau d’étanchéité que ce système risque d’étouffer littéralement l’agriculture et l’agroalimentaire et de les empêcher d’évoluer correctement vers un futur dont les caractéristiques et les exigences sont déjà hautement prévisibles. Habiter une place forte, c’est aussi se fermer des horizons et se replier un peu sur soi. Notre système est trop fermé. »

Quoique la Commission reconnaisse le rôle des piliers du système agricole et agroalimentaire québécois, « elle recommande cependant d’ouvrir le système, de lui insuffler de l’oxygène. »

Concrètement, les commissaires ont émis 49 recommandations et plusieurs propositions de mise en oeuvre au ministre québécois de l’Agriculture, afin de réchapper l’agriculture québécoise.

Les conclusions insistent sur la pluralité et la diversité de l’agriculture, et ce, de la production à la mise en marché en passant par la gouvernance.

Un rapport ambitieux et audacieux

Audacieux, d’une part, puisque l’on y remet entre autres en question le monopole syndical de l’Union des producteurs agricoles (UPA) en recommandant l’accréditation d’autres syndicats représentants les agriculteurs québécois.

On y a d’ailleurs réagi promptement. Christian Lacasse, président de l’UPA qualifiait même cette recommandation de non-sens. Du côté du MAPAQ, on ne prévoit pas faire une priorité de cette recommandation.

D’autre part, on suggère d’apporter des assouplissements aux systèmes de gestion de l’offre et de mise en marché collective afin de permettre entre autres la vente de « produits différenciés assujettis dans des circuits courts de distribution ».

Un exemple pour l’Ontario

Malgré ces quelques recommandations controversées, le rapport propose toute une série de recommandations des plus ambitieuses desquelles l’Ontario pourrait prendre exemple.

En particulier, en ce qui concerne l’appui à la diversification, à la transformation, à la mise en place de circuits courts de distribution, à l’environnement, à la formation des entrepreneurs agricoles, au réseautage, à la promotion, à la recherche, au développement de produits différenciés, à l’étiquetage, etc.

Les commissaires recommandent pratiquement de revoir tous nos modèles et de les adapter à la réalité d’aujourd’hui. Bref, ce qui fonctionnait bien avant ne fonctionne plus nécessairement.

Un autre aspect du rapport est le fait que l’agriculture soit dorénavant vue comme un choix de société. La notion de « souveraineté alimentaire » y est omniprésente et les consommateurs canadiens semblent le comprendre de plus en plus.

Même si notre agriculture semble sur le respirateur artificiel, tous les espoirs sont permis. J’espère que nous saurons être aussi audacieux que nos grands-parents en fondant nos propres institutions.

Vous pouvez consulter le volumineux rapport final de la CAAAQ au www.caaaq.gouv.qc.ca.

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