Volume 31 Numéro 07 Le 22 novembre 2013

Ontario, terre nourricière nécessite une refonte


Photo courtoisie Farmers Market Ontario - Tracy Lamb - Mopani Communications

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Ontario, terre nourricière (Foodland Ontario) aurait besoin de quelques réajustements pour efficacement et pleinement jouer son rôle de système d’appellation provincial. C’est du moins ce qu’estime un groupe de l’Est ontarien qui a assisté le 14 novembre à une consultation publique organisée par le bureau d’Alfred du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (MAAO).

Le MAAO a débuté une vaste consultation pour connaître le pouls et les besoins de l’industrie quant aux systèmes d’appellation provinciale. La première séance qui avait lieu au Campus d’Alfred de l’Université de Guelph réunissait des gens de divers secteurs de l’industrie agricole et alimentaire, soit le développement économique, la transformation et la production d’alcool. Aucun producteur agricole ne s’y était cependant présenté.

Interrogés sur la possibilité de créer un nouveau système d’appellation basé sur l’origine, la méthode de production ou les caractéristiques uniques des produits, tous ont préféré l’option du critère d’origine qui indiquerait de façon claire la région spécifique où a été élevé l’animal, cultivé les fruits et légumes et transformé les aliments.

À leur avis, le programme Ontario, terre nourricière, instauré il y a plus de 35 ans, pourrait être maintenu, mais il nécessiterait des modifications de façon à le rendre plus précis quant à l’origine des produits ontariens.

« Le fait que nous posons la question démontre clairement que Foodland Ontario ne dessert pas la population comme il le devrait, selon moi, estime Benjamin Bercier, copropriétaire de la microbrasserie Cassel Brewery, de Casselman. Mais je ne serais pas prêt à l’éliminer complètement. Tout le monde essaie de faire leur petite affaire [chacun de leur côté]. »

Sa pensée résumait la pensée du groupe qui assistait à la rencontre. Avec la présence d’une multitude de systèmes d’appellation, tels que Vintners’ Quality Alliance, Ontario, terre nourricière, Ontario corn fed beef, Taste the County, Prince Edward County et Savour Ottawa, pour ne nommer que ceux-là, les participants ont exprimé leurs craintes que les consommateurs ne s’y perdent et que les appellations n’aient pas l’effet escompté.

Sans pour autant vouloir éliminer les autres, ils se sont rangés du côté d’Ontario, terre nourricière, un système qui a déjà fait ses preuves, mais dont il resterait à peaufiner quelques détails pour répondre aux critères de l’industrie et des consommateurs.

« [Avec Ontario, terre nourricière], ce serait plus facile de créer sans frais additionnels une traçabilité des produits locaux. Ils n’auraient qu’à ajouter la région [d’où proviennent les aliments] », croit Carole Lavigne, chargée de projet en développement économique pour les Comtés unis de Prescott et Russell.

Selon elle, les consommateurs veulent savoir d’où proviennent les aliments qu’ils consomment, mais « ce secteur n’a jamais été structuré », alors qu’il y aurait un énorme potentiel pour les petits producteurs.

Elle a cependant exprimé une crainte partagée par l’ensemble de l’assemblée : l’utilisation de ce système d’appellation ne devrait pas pouvoir servir aux multinationales, telles que Mapleleaf, à Toronto, par exemple. Il devrait être réservé aux petites et moyennes entreprises agroalimentaires.

 

La transformation laissée pour compte

Petit bémol du côté des transformateurs cependant : ils aimeraient pouvoir bénéficier d’un système d’appellation propre aux produits transformés en Ontario. Il n’existe rien de tel à l’heure actuelle dans la province.

Copropriétaire de l’entreprise de transformation L’Orignal Packing, Christine Bonneau-O’Neil est d’avis qu’il reste beaucoup de travail à faire pour que les transformateurs puissent apposer une étiquette « Transformé en Ontario » ou « Transformé à Prescott-Russell ».

«  Je considère que mes produits transformés sont locaux, mais Foodland Ontario se base beaucoup sur le producteur, et [n’inclus pas] le transformateur. Alors si je me base sur leur système, ma production n’est pas locale », raconte-t-elle.

Selon Mme Bonneau O’Neil, il faudrait d’abord régler le problème d’abattoirs dans l’Est ontarien et dans d’autres régions ontariennes où ils sont quasi inexistants. La femme d’affaires qui s’investit beaucoup dans les initiatives d’achat local a confié être contrainte à acheter des produits d’autres provinces canadiennes.

« Tous mes ingrédients que je mets [dans mes produits transformés] ne sont pas disponibles en Ontario. Les porcs de l’Ontario s’en vont [se faire abattre] au Québec », ce qui fait en sorte qu’ils perdent leur désignation « Ontario », même s’ils sont nés et ont entièrement été élevés de ce côté-ci de la frontière interprovinciale.

Le MAAO tiendra cinq autres consultations à travers la province pour identifier les besoins des différentes régions et acteurs de l’industrie agroalimentaire. Un résumé des commentaires obtenus devrait être publié au début de l’année prochaine.

Aucune date précise quant à la modification ou la création des systèmes d’appellation n’a cependant été déterminée. Cette initiative s’inscrit dans la vague de l’adoption de la Loi de 2013 sur les aliments locaux par le gouvernement de Kathleen Wynne au début du mois.

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