Volume 30 Numéro 09 Le 21 décembre 2012

Opinion : L’alimentation en 2013: Payer plus, gaspiller moins

Par Sylvain Charlebois, Université de Guelph


Comme prévu, 2012 a été une année de répit pour ceux qui tentaient d’épargner un peu en faisant l’épicerie. Après les années folles de 2010 et 2011 où les prix bondissaient de plus de 5 %, les consommateurs méritaient bien une trêve de l’inflation alimentaire. Les prix des produits alimentaires ces derniers mois ont à peine augmenté. Même, le prix des fruits et légumes a diminué de 8.3 % en 2012, aidant ainsi les consommateurs à la recherche de produits santé. Hélas, cette pause ne durera pas. Selon toutes vraisemblances, la cadence relevée de l’augmentation des prix alimentaires reprendra du service en 2013.

 

Pour 2013, l’ensemble des rapports qui explore le sujet de l’alimentation prévoit une hausse de 1.5 % à 3.5 % du prix des produits alimentaires au détail, toutes catégories confondues. D’un premier coup d’œil, cette hausse semble modeste. Le hic par contre est que cette hausse risque de dépasser le taux d’inflation nationale l’an prochain. Plusieurs facteurs sont en cause.

 

D’abord, en 2012, plusieurs croyaient que la sécheresse qui a affecté la production de maïs et de soya dans le Mid-Ouest américain allait affecter les prix de façon spectaculaire. Outre la viande, l’ensemble des catégories a très peu fléchi. Pour 2013 par contre, les viandes risquent d’être un facteur important dans la hausse des prix des produits alimentaires en général. Les viandes risquent d’augmenter de 6.5 % à 8.5 %. Les producteurs vendant leurs troupeaux à la hâte à l’automne, le cheptel pour le bœuf et le porc est nettement en baisse ce qui créera une rareté des produits. Le poulet, une viande régie par la gestion de l’offre au Canada, augmentera probablement puisque le coût des intrants augmentera sans doute en 2013. Les consommateurs remarqueront sans contredit que leurs tournedos coûteront plus cher lorsque la saison du barbecue se mettra en branle le printemps prochain.

 

Dame Nature aura toujours son mot à dire sur le prix des aliments, qu’on le veuille ou non. De plus, la situation américaine influe énormément sur notre système d’approvisionnement alimentaire, et cette tendance continuera en 2013. L’économie américaine montre des signes de relance ces derniers mois. Plusieurs changements secouant leur système fiscal et économique commencent à porter des fruits. Le taux moyen d’endettement des Américains continue de diminuer, un indicateur souhaitable pour relancer l’économie. Maintenant que les élections présidentielles américaines sont derrière nous, le gouvernement américain se préoccupera principalement du budget de 2013. Par contre, si les américains échouent leurs tentatives d’éviter le « précipice fiscal », le Canada pourrait ressentir les effets néfastes d’un tel échec en 2013. En contrepartie, le dollar américain, une monnaie nettement affaiblie ces dernières années, pourrait faiblir davantage. Étant donné que le Canada importe beaucoup de produits transformés et de fruits et légumes des États-Unis, un huard plus fort maintiendra le prix de quelques catégories alimentaires à un niveau raisonnable.

 

Finalement, l’arrivée de Target au Canada en 2013 dérange. Sobeys, le numéro deux en distribution alimentaire au pays, a signé en 2011 une entente avec Target. Depuis lors, les autres grands de l’industrie (Loblaws, Metro et Safeway) ont ajusté leur appareillage technologique et logistique afin de mieux gérer les coûts et faire face à Target tout en contrant la stratégie agressive de Wal-Mart. Compte tenu d’une plus grande compétition nationale et des forces démographiques défavorables à une augmentation de la demande alimentaire, une guerre de prix durant les prochaines années est fort probable au Canada, surtout au Québec. Cette compétition relevée favorisera sûrement les chasseurs d’aubaines.

 

Somme toute, 2013 sera une année où les consommateurs seront sans doute invités à considérer d’autres sources de protéines pour assurer leur sécurité alimentaire. Mais le véritable problème demeure le gaspillage alimentaire. Selon certaines études, les Canadiens gaspillent en moyenne 38 % des produits achetés au détail, incluant le secteur de la restauration. C’est énorme. L’attention envers les prix alimentaires au détail serait tenue de laisser sa place progressivement à une plus grande conscientisation concernant le gaspillage alimentaire. Pour la nouvelle année, cela semble être une bonne résolution. 

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