Volume 30 Numéro 05 Le 19 octobre 2012

Opinion – La descente aux enfers d’XL Foods

Par Sylvain Charlebois, Doyen-adjoint College of Management and Economics, U. de Guelph
redaction@journalagricom.ca


Selon Santé Canada, chaque année, il y a plus de 11 millions de cas d’intoxications alimentaires au Canada, et plus de 500 de nos concitoyens en meurent. À regret, ces chiffres se ressemblent d’une année à l’autre. Ces statistiques ne sont bien entendu que des estimations puisque la grande majorité des cas ne sont pas répertoriés. Ces cas génèrent parfois des rappels alimentaires.

 

La situation de XL Foods constitue le plus gros rappel alimentaire de l’histoire en termes de volume et elle est responsable d’au moins une dizaine de cas d’infection à E.coli, n’ayant cependant entraîné aucun décès, heureusement. Même si de façon inhérente, chaque rappel alimentaire peut être évité, il faut se rappeler que de tenter d’éliminer tout risque est pratiquement impossible. Pourtant, les modèles d’affaires de XL Foods et de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) ont été lourdement critiqués ces derniers jours. Avant d’aller à la chasse aux sorcières, le véritable problème se situe dans le manque de transparence. 

 

Plusieurs réclament une commission d’enquête pour mieux tirer des leçons des événements de Brooks en Alberta. Une commission d’enquête serait nécessaire dans la mesure où nous ignorerions les causes exactes de l’incident. Or, dans le cas de XL Foods, les causes probables ne font pratiquement aucun doute. Selon les faits inventoriés, les liens de causalité entre l’usine et les cas d’infections recensés sont dus principalement à deux choses.

 

D’une part, l’entreprise privée en question n’a tout simplement pas fait son travail selon les règles de l’art. XL Foods a fait preuve de négligence, point. C’est pour cela qu’elle en paiera le prix. Le fait de voir son usine fermée pendant plusieurs jours et d’absorber les frais liés au rappel engendrera vraisemblablement des coûts gigantesques pour la société. Nous assistons à une véritable descente aux enfers pour XL Foods. De plus, sa stratégie de communication de risque anémique était loin d’être convaincante. Conséquemment, une bonne partie de l’industrie bovine canadienne pourrait en souffrir.

 

D’autre part, l’ACIA fait du mieux qu’elle peut en vertu de la Loi sur l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Adoptée en 1997, cette loi est dépassée et les consommateurs canadiens méritent mieux. Sa capacité d’agir envers les malveillants et les fautifs est limitée. À l’instar des changements créés par le Food Modernization Act aux États-Unis qui octroyaient plus de pouvoir au Département américain de l’agriculture (USDA), l’ACIA subira vraisemblablement le même sort dans quelques mois et pourra responsabiliser davantage les entreprises fautives. Lorsqu’un cas survient comme celui de XL Foods, elle pourra agir plus rapidement.

 

Le nœud du problème est le manque de transparence. La complexité des réseaux alimentaires modernes est telle que le consommateur ordinaire en perd son latin. Cette incapacité collective de mieux comprendre les méthodes de gestion des risques dans le domaine alimentaire est d’autant plus évidente durant des épisodes comme celui dont nous venons de vivre avec XL Foods. La plupart des citadins ignorent les aléas managériaux d’un abattoir ou d’une usine de transformation alimentaire. L’environnement de travail bruyant, dégoûtant et humide complique la tâche des travailleurs et des inspecteurs. Ainsi, il y aura toujours des rappels alimentaires. Les inspecteurs quant à eux, opèrent dans l’obscurité totale. Le public est en droit de connaître les procédures et la fréquence des inspections. Les rapports et audits doivent aussi être accessibles pour des raisons de santé publique.

 

Et pour ceux qui voient un havre pour l’esprit en visitant les plus petits abattoirs et bouchers du coin, détrompez-vous ! Les risques sont tout aussi réels que lorsque vous achetez une pièce de viande dans les magasins à grande surface. Il n’en demeure pas moins que le gestionnaire de risques le plus important de la chaîne alimentaire demeure le consommateur lui-même. De bonnes pratiques de manipulation dans la cuisine et une bonne cuisson sont de bon augure.

 

La raison ne doit surtout pas céder sa place à la peur. Le gouvernement fédéral alloue pratiquement 10 $ par personne, annuellement, en salubrité alimentaire. C’est plus que tout autre pays industrialisé. Au lieu d’investir davantage en salubrité alimentaire au Canada, nous devons maintenant faire un effort pour expliquer aux contribuables à quoi servent les quelque 400 millions dépensés en salubrité alimentaire chaque année.

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