Le 3 septembre 2003

Oxfam international : Le patrimoine du maïs au Mexique menacé par le dumping américain

Par Pierre-Alain Blais


La survie même du vaste patrimoine cultural du maïs du Mexique et des millions de paysans producteurs serait en péril, déplore l’organisme humanitaire Oxfam, dans un rapport choc publié en fin d’août dernier, soit à quelques semaines de l’ouverture de la grande conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de Cancun.
Le patrimoine génétique et culturel du maïs, qui remonterait à 10 000 ans dans cette région du monde, serait en voie de disparition seulement 10 ans après la libéralisation des marchés nord-américains, sous des règles de commerce décrites par Oxfam comme étant « truquées ».

Dans un rapport intitulé ?Dumping without Borders’, Oxfam révèle que les prix du maïs mexicain sont en chute libre face à la compétition des importations américaines grassement subventionnées. Les petits producteurs mexicains auraient vu leurs revenus fondre depuis que les règles du libre-échange permettent l’importation sans restriction des surplus massifs de maïs américain.

Les pertes d’une part importante des revenus de millions de petits paysans producteurs leur occasionneraient davantage de souffrance et de misère, ajoute l’agence internationale Oxfam, qui intervient auprès des paysans parmi les plus démunis du pays. « La crise du maïs au Mexique est un autre exemple des règles de commerce de l’OMC qui sont arrangées pour favoriser les nations riches et puissantes, tout en détruisant les moyens de subsistance de millions de démunis », décrie Phil Twyford, directeur de campagne pour Oxfam.
Les États-Unis subventionnent leurs producteurs de maïs pour une somme excédant 10 milliards de dollars U.S. par année, soit quelque dix fois le budget mexicain consacré à l’agriculture, soutient Oxfam. Avec un tel niveau de soutien, les producteurs de maïs américains produisent inévitablement des surplus, qui sont alors largués sur les marchés internationaux à des prix extrêmement bas, déplore l’organisation non gouvernementale.

Le rapport d’Oxfam relate que les exportations de maïs américain au Mexique ont littéralement triplé depuis le début des années 1990, et qu’elles comptent maintenant pour le tiers de la consommation de maïs au Mexique. L’entrée massive de maïs américain au Mexique serait directement corrélée avec la chute brutale du prix de cette denrée importante pour l’agriculture mexicaine, chute estimée à plus de 70% depuis 1994. « Pour les 15 millions de Mexicains dont le gagne-pain dépend directement de la culture du maïs, les faibles prix se sont traduits par des revenus familiaux à la baisse et un marasme économique grandissant », commente le rapport de l’Oxfam.

Dans l’État du Chiapas au sud du Mexique, Oxfam estime que c’est maintenant 70% de la population rurale qui vit « dans un état d’extrême pauvreté », suite aux effets combinés de la crise du café et du dumping du maïs américain.

Selon une analyse économique d’Oxfam, le maïs américain écoulé au Mexique à des prix inférieurs aux coûts de production, représente effectivement une subvention à l’exportation estimée entre 105 millions et 145 millions US$ par année. Ce niveau de subvention à lui seul dépasse l’ensemble du revenu total familial du quart de million de producteurs du Chiapas.

Oxfam pointe également du doigt les gouvernements mexicains successifs qui n’auraient pas su prévenir la crise rurale sans précédent déclenchée par la libéralisation du commerce du maïs: « Ils ont ouvert le marché du maïs sans égard à l’impact de cette libéralisation économique sur la vie des trois millions de producteurs de maïs du Mexique ».
Pourtant, en mai dernier, après que le Mexique se soit aventuré à imposer des droits compensatoires sur le dumping du maïs américain comme le Canada l’avait fait auparavant, les États-Unis ont immédiatement riposté en logeant une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Ce qui fait dire à Phil Twyford que « l’OMC est sur le bord de l’effondrement sous le poids de l’hypocrisie éhontée de ses membres les plus riches ».

Oxfam croit, comme beaucoup d’organisations non gouvernementales engagées dans l’aide humanitaire auprès des petits paysans, que si les bénéfices du commerce international doivent être partagés équitablement selon la philosophie de l’OMC, les pays en voie de développement comme le Mexique devraient pouvoir protéger leurs secteurs économiques fragiles. Et des pays riches comme les États-Unis doivent cesser de subventionner leurs exportations agricoles aux dépens des plus pauvres, conclut Oxfam.

Le rapport d’Oxfam sur le dumping du maïs qui menace les paysans mexicains, intitulé ?Dumping Without Borders: How U.S. agricultural policies are destroying the livelihoods of Mexican corn farmers’, est disponible sur le site Internet de l’Organisation: www.maketradefair.com/assets/english/corn_dumping.pdf.

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