Volume 34 Numéro 01 le 26 août 2016

Panais sauvage, un problème complexe


Crédit photo: MAAARO

Par Chantal Quirion


La Fédération d’agriculture de l’Ontario (FAO) prend position et appuie l’emploi d’herbicides pour lutter contre le panais sauvage. Elle enjoint du même souffle, les opposants à cette idée à considérer les effets négatifs sur la production agricole et à considérer que les herbicides disponibles à cet effet ont été rigoureusement testés par les autorités canadiennes.

Le panais sauvage compte au nombre des préoccupations des agriculteurs qui constatent sa présence croissante à proximité de leur exploitation. Le phénomène est marqué dans l’Est ontarien mais n’y est pas exclusif.

Le panais sauvage pousse principalement au bord des routes, dans les lisières des champs, dans les pâturages et, dans une moindre mesure, le long des champs cultivés.

Non seulement cette plante envahissante cause-t-elle de sévères brulures au contact de la peau mais son ingestion est hautement toxique.

Au ministère de l’Agriculture de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario(MAAARO), on indique que : « le panais sauvage diminue la qualité et l’attrait commercial des récoltes de fourrage agricole comme le foin, l’avoine et la luzerne cultivée. On affirme aussi que les composés chimiques de la plante sont connus pour ralentir le gain de poids et réduire la fertilité chez le bétail qui la consomme. »

Selon la législation ontarienne sur les mauvaises herbes, les propriétaires fonciers ont la responsabilité de la détruire sur leur propriété. Il en va de même pour les municipalités sur les terrains publics, de même que les gouvernements régionaux et la province pour les terrains qui les concerne.

Toutefois, des changements apportés à ces règlements en 1998 font en sorte que l’obligation de la détruire s’applique seulement si la plante nuit à des usages agricoles. Il faut par ailleurs que quelqu’un porte plainte pour qu’une action soit entamée. Il y a donc peu d’action efficace qui sont entamées et les semences de panais sauvage qui peuvent germer pendant plusieurs années, quoique généralement sur une période de deux ans, continuent à peupler.

Toutefois, certaines municipalités ont des politiques, comme Ottawa ou le Grand Sudbury par exemple qui se sont dotées de budgets pour faire face au problème.  Les comtés de Stormont-Dundas-Glengarry également procède à la pulvérisation d’herbicides mais cette décision suscite des débats et les pressions pour cesser se font de plus en plus forte, d’où l’intervention de la FAO pour sensibiliser la population au problème.

Néanmoins, au fil des ans, la majorité des municipalités ont cessé d’arroser. La plupart d’entre elles indiquent couper l’herbe en bordure de leurs routes deux fois par année. Or, selon Gilles Quesnel, spécialistes en grandes cultures pour le MAAARO pendant de nombreuses années, cette méthode est inefficace pour contrer la présence du panais. Même à la retraite, il continue à observer le phénomène.

« Lorsqu’on la coupe, toute les feuilles au sol sont encore bien en vie alors elles se relancent. J’ai vu un site ou l’on fauchait et je suis passé deux semaines plus tard. Tout avait repoussé car c’est  comme une carotte qui emmagasine de l’énergie pour repousser.  Ce que le fauchage fait, c’est que cela enlève la compétition. Cette année en plus, c’était tellement sec qu’il n’y a rien qui repoussait sauf le panais sauvage. Cette année on lui a fourni un avantage sur tout le reste de la végétation », explique le spécailiste.

Sur le site du MAAARO on retrouve par ailleurs un tableau comparatif des performances de divers herbicides appliqués à différents stades de croissance pour cette mauvaise herbe nuisible. Publié en 2013, par M. Quesnel, l’ouvrage indiquait que « dans les essais réalisés, c’est Truvist  qui a assuré la maîtrise la plus constante du panais sauvage (95 %). Truvist est actuellement soumis au processus d’examen réglementaire et devrait pouvoir être utilisé en Ontario plus tard au cours de l’année. » Cet herbicide a été homologué depuis et constitue aujourd’hui aux yeux de M. Quesnel, la meilleure arme. Néanmoins, il n’y a pas de solution idéale et même en pulvérisant partout, la semence demeurerait dans le fond des fossés et continuerait à voyager en flottant sur l’eau. Il y aurait toutefois un début de contrôle. Des études ont aussi été menées pour le contrôle biologique mais à ce jour,  les résultats ne sont pas concluants.

Cette plante continue donc à constituer une menace pour les gens qui se retrouvent en contact, autant pour le personnel de la voirie,  que l’ensemble des travailleurs qui effectuent leurs tâches en bordure des routes. M. Quesnel relate le cas d’étudiants engagés pour échantillonner les berges et qui s’étaient retrouvés en congé de maladie pour quelques semaines à cause des blessures causées par le contact de la plante. Cas plus rare également, un décès a été attribué aux conséquences découlant des plaies liées à la manipulation. Sans en être la cause directe, le contact a généré les blessures qui se sont devenues foyers d’infection.

Pour sa part, Guy Cayer, inspecteur des mauvaises  herbes aux Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) mentionne que ce n’est un secret pour personne, le panais sauvage est partout. Il dit cependant recevoir très peu de plaintes à cet effet.

« La loi a été faite pour les agriculteurs mais s’ils ne se plaignent pas je n’ai aucun pouvoir. Ceux qui veulent que ce soit détruit doivent mettre de la pression et les seuls qui peuvent le faire ce sont les agriculteurs. L’autre problème c’est que ceux qui ne veulent pas (l’usage des herbicides) sont beaucoup plus nombreux. Dans les Comtés, il y a 35 ans passés on arrosait le bord des route. Avec les pressions c’est devenu plus difficile et c’était assez compliqué », résume M. Cayer.

Ainsi les CUPR ont abandonné cet usage, sauf pour le bord des glissières pour des raisons de sécurité routière. L’emploi d’herbicides a été proposé à nouveau en 2015 mais la suggestion a été rejetée  par le comité des travaux publics.

« On n’a pas grand solution. La recommandation qui a été faite c’est  de garder  le statu quo pour l’instant », explique Jérémie Bouchard, ingénieur au département des Travaux publics au CUPR.

La situation est similaire un peu partout en province et le recours aux herbicides est plutôt cas d’exception. Aussi,  chacun y va de sa politique  et le problème réside tout autant dans le manque d’actions concertées.

« Le problème c’est que cette plante a été ajoutée à la liste des plantes nuisibles sans qu’il y ait un plan d’action pour accompagner cette décision », conclut M. Quesnel.

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