Volume 26 Numéro 12 Le 18 février 2009

Pas de parc solaire sur des terres de qualité, disent les agriculteurs

Par André Dumont, collaborateur régulier


Une centaine de manifestants ont fait valoir leur opposition à la venue d’un parc d’énergie solaire sur une terre de 274 acres près de St-Eugène, dans l’Est ontarien. Photo: Matthew Talbot – The Review.

Une centaine de sympathisants ont participé le 9 février dernier à une manifestation organisée par des producteurs laitiers opposés à la venue d’un parc d’énergie solaire de 200 millions de dollars à côté de leur ferme.

Des capteurs solaires par centaines n’ont pas d’affaire sur des terres agricoles de première qualité, croient ces agriculteurs de St-Eugène, dans l’Est ontarien.

L’entreprise Solaris souhaite construire son parc sur une terre de 274 acres à l’ouest du village. Les producteurs laitiers des cinq fermes voisines du site craignent que surviennent des problèmes de tensions parasites, de bruit causé par les transformateurs ou de santé pour eux et leurs troupeaux.

« Solaris peut bien venir à St-Eugène, mais elle doit s’installer sur des terres marginales. Elle a les moyens de dépenser un million de plus pour installer les lignes à haute tension », affirme le porte-parole des agriculteurs, Shawn Wylie.

« Ces terres sont à peu près les meilleures qui soient pour cultiver, enchaîne Shawn Wylie. Il ne s’agit pas d’une ressource renouvelable. Les villes s’agrandissent, la population augmente et l’industrialisation se poursuit, mais la quantité de bonnes terres reste la même. »

Solaris touchera 42 cents du kilowattheure vendu en vertu du Programme d’offre standard de l’Office de l’électricité de l’Ontario (Ontario Power Authority), environ quatre fois plus que ce que paient les Ontariens pour leur électricité, font valoir les opposants. C’est de l’argent public mal dépensé, disent-ils.

« Nous ne sommes pas contre les énergies vertes, affirme l’agricultrice Linda Kunz. Mais il y a un temps et un lieu pour chaque chose. Le temps des énergies alternatives est venu, mais à côté de chez nous n’est certainement pas le bon endroit. »

Linda Kunz craint que les effets de cette nouvelle technologie sur la santé des humains et des animaux soient mal connus. Elle se demande si les capteurs solaires pourraient concentrer les rayons UV du soleil et provoquer un rayonnement nocif autour du parc.

Les problèmes de tension parasites sont une source de grande inquiétude. Plusieurs producteurs laitiers de l’Est ontarien n’ont jamais réussi à régler ce problème, attribuable à la qualité des équipements de transport d’électricité.

« Des experts sont venus à St-Eugène, on a installé des filtres et des mises à terres, mais on n’a jamais réussi à isoler le problème », rapporte Shawn Wylie.

Le parc solaire aurait plutôt sa place dans une carrière ou un dépotoir désaffectés, suggèrent les opposants. On pourrait même l’installer sur le toit d’édifices publics.

Les agriculteurs soupçonnent que plusieurs projets de biodigesteurs dans la région ne puissent pas aller de l’avant à cause que la OPA aurait accordé tout son budget d’achat d’énergie verte à Solaris.

Le conseil municipal de Hawkesbury-Est, qui comprend les villages de St-Eugène, Ste-Anne-de-Prescott et Chute-à-Blondeau, a imposé un moratoire d’un an à Solaris pour se donner plus de temps pour étudier les impacts d’un parc solaire.

Solaris conteste ce moratoire et a porté sa cause devant la Commission des affaires municipales de l’Ontario (CAMO). Solaris souhaitait débuter la construction du parc solaire avant la fin de 2008.

« Je crois que le moratoire est tout à fait justifié, affirme le maire Robert Kirby, lui-même producteur laitier. Il y a des inquiétudes et tout ce que l’on demande, c’est un an pour y répondre. »

Robert Kirby regrette que Solaris ait porté l’affaire devant la CAMO « avec l’argent des contribuables. »

La municipalité ne bénéficiera que d’environ 6000 $ en impôt foncier si le projet va de l’avant, fait remarquer Robert Kirby.

Les audiences de la CAMO devraient avoir lieu les 23 et 24 mars prochain.

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