Volume 31 Numéro 20 Le 20 juin 2014

Pas facile de s’adapter à un nouveau pays


Les travailleurs étrangers ne sont pas toujours familiers avec l'électricité et les nouvelles technologies. -Photo ILessard

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Juilson Reyes, 20 ans, et Fredy Tavico, 21 ans, ont mis les pieds en sol canadien pour la première fois en septembre 2013. Les deux jeunes hommes originaires du Guatemala ne s’en cachent pas : ils sont venus travailler au Canada pour le salaire. Mais un gros chèque de paye nécessite aussi des sacrifices et une adaptation pas aussi facile qu’on puisse se l’imaginer.

Fredy et son neveu Juilson – vous avez bien lu! – séjournent à la ferme laitière Mont Vully, de Sarsfield, dans l’Est ontarien. Ils sont venus travailler au Canada pour donner à leur famille une meilleure qualité de vie et pouvoir éventuellement payer des études à leurs enfants. Mais ce « luxe » qu’ils pourront s’offrir dans les prochaines années, grâce aux 40 000 $ qu’ils auront gagnés, requérait de quitter leurs proches pendant 364 jours et de s’éloigner à plus de 4 500 km de la maison. Pas facile pour un nouveau papa comme Juilson, dont la fille est née 20 jours seulement avant son départ.

« Les premiers jours, c’était difficile de s’adapter, mais on s’y est fait petit à petit », admet-il à notre journaliste par l’entremise de notre interprète, Philippe Etter, qui est aussi leur employeur.

Non seulement la distance leur pesait lourd, mais leur pays d’accueil leur réservait aussi quelques surprises inattendues.

« Je n’avais jamais vu de poteaux d’électricité de ma vie, ni même de fils électriques qui se rendent à la ferme ou à la maison », s’empresse-t-il d’ajouter, non sans un brin d’émerveillement dans sa voix. Il confie que cette seule nouveauté a nécessité une période de réajustement dans son mode de vie.

« Nous avons dû apprendre à travailler avec ça, avoue-t-il en espagnol. Chez nous, nous avons la lumière du soleil et la journée se termine quand le soleil se couche. »

Faciliter l’adaptation
La famille Etter accueille des travailleurs étrangers temporaires sur leur ferme laitière depuis cinq ans. Philippe s’est pour ainsi dire accoutumé à ces gens qui font maintenant partie de sa famille. Cette proximité avec ses employés lui permet de comprendre leur réalité et de faciliter leur arrivée au pays de la feuille d’érable.

C’est la raison pour laquelle il a instauré une tradition qui facilite la transition des employés à la ferme et permet aux nouveaux arrivants de mieux s’adapter à leur région d’accueil.

« Quand ils sont arrivés, nos deux autres travailleurs [étrangers temporaires] étaient encore à la ferme pour les premières semaines. Ils ont donc beaucoup appris d’eux », confie Philippe.

Les deux salariés confirment en cœur que le travail aurait été plus complexe à apprendre si les deux autres Guatémaltèques n’avaient pas été présents pour faire la transition pendant les premiers jours.

Une expérience enrichissante
Alors que plusieurs producteurs canadiens se plaignent de la complexité de leur métier, Fredy et Juilson trouvent au contraire que l’agriculture est facile à pratiquer ici… C’est qu’ils ont fait la découverte des tracteurs et de leur potentiel quasi infini.

Aussi banal que cela puisse paraître pour les Canadiens, le tracteur n’est pas un outil avec lequel ils ont l’habitude de travailler dans leur pays. « Ils font tout à la main, raconte Philippe Etter. Ils plantent entre autres le maïs à la main, alors quand ils ont vu qu’on pouvait semer 12 rangs à la fois et qu’on pouvait faire plusieurs centaines d’acres dans une journée, ça les a fascinés. »

Idem pour l’insémination artificielle, une nouvelle technique qu’ils n’auront malheureusement pas la chance d’appliquer dans leur ferme respective, mais qui leur aura donné une autre perspective de la gestion des troupeaux laitiers.

Toutes ces techniques auraient le potentiel de faciliter leur travail et augmenter considérablement leur production, mais cette « technologie » n’a pas encore fait son chemin jusqu’à leurs fermes, situées en montagne.

Fredy reconnaît que c’est son père qui lui a fortement suggéré de s’absenter de son pays d’origine pendant un an pour acquérir de l’expérience outre-mer. Lui-même a fait un séjour à la ferme Mont Vully l’an passé et voulait que son fils puisse lui aussi vivre cette aventure enrichissante… Dans tous les sens du terme.

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