Volume 34 Numéro 13, Le 10 mars 2017

Personne ne souhaite un accident


Après les épreuves, le soleil brille pour la famille Lavigne. On reconnaît, Isakiel au centre, Flavien, Adèle et Vercin et leurs parents, Shana et Jean-Pierre Lavigne ainsi que leurs grands-parents paternels, Alain et Rachel Lavigne.

Par Chantal QUirion


NDLR. Cet article est publié dans le cadre de la Semaine canadienne de sécurité agricole qui se déroule entre le 12 et 18 mars 2017.

Aucun parent ne voudrait qu’il arrive du mal à son enfant et lorsqu’un accident survient, c’est le sol qui se dérobe sous ses pieds.

« C’est là et tu te sens impuissant », exprime Shana Lavigne.

Cela fera bientôt huit ans, mais Shana a encore du mal à en parler. Le 28 août 2009, son fils Flavien a réussi à passer sa main dans le grillage de protection d’un ventilateur dans l’étable.

« Il n’avait pas encore deux ans. Pour moi, c’est difficile d’en parler et ça m’a pris un an avant d’être capable de retourner travailler à l’étable », indique Shana.

« Il n’était pas censé pouvoir mettre la main là, mais quand tu es petit, tu peux arriver à te faufiler à peu près partout. Il suffit de quelques secondes et une fois que c’est arrivé il est trop tard », convient Jean-Pierre Lavigne.

Pour ces agriculteurs de Sainte-Anne-de-Prescott dans l’Est ontarien, l’inquiétude a atteint son paroxysme. Le petit Flavien a subi trois opérations qui se sont soldées par un échec.

« Il y avait des risques à l’endormir aussi longtemps pour l’opérer. Il fallait choisir entre qu’il ait son bras, mais non fonctionnel ou juste une partie. Puis il a fallu décider de l’amputer. Après coup tu demandes si tu as fait le bon choix », confie Shana. Les opérations pouvaient durer jusqu’à neuf heures chacune.

« Moi je n’avais jamais été stressé comme ça. Ce sont de grosses décisions. On a essayé de remettre son bras, mais peut-être que s’aurait été mieux de ne pas le faire parce qu’ils on dû couper plus haut », explique Jean-Pierre, convenant qu’ils ont fait ce qu’ils croyaient alors être le mieux.

Le couple a quatre enfants, Adèle, Vercin , Flavien et Isakiel, aujourd’hui âgés de treize ,onze, neuf et six ans respectivement. Shana qui était alors enceinte d’un cinquième enfant l’a perdu, une petite fille qu’elle a chaudement pleurée.

Néanmoins, la vie a suivi son cours. Le couple reçoit le support du programme Les vainqueurs de l’Association des Amputés de guerre et assiste régulièrement à leurs séminaires.

« Sur le coup c’est go, go, go, mais c’est par après que c’est un défi. On s’adapte. Flavien a peut-être quelques petites frustrations, mais il se débrouille. On ne fait rien de spécial pour lui et je pense que c’est la meilleure chose à faire. Il n’est pas plus gâté que les autres », précise encore Jean-Pierre.

Grâce à des appareils adaptés Flavien peut jouer au hockey, au baseball au golf et faire du vélo, ce dont il profite bien. Il ne tient pas cependant à porter une prothèse au quotidien.

« On ne l’oblige pas. Si pour lui c’est un fardeau j’ai pour mon dire c’est à lui de décider », renchérit Shana.

Comme parents, des situations comme celle-ci sont vraiment éprouvantes. Les commentaires des gens peuvent alors s’avérer très blessants même si ce n’est pas l’intention.

« Il y a des gens qui parlent sans filtre, qui essaient de trouver le pourquoi et le comment, mais tu te sens déjà tellement coupable. Ce n’est pas nécessaire. Tu te dis déjà toi-même, si j’avais fait ceci ou cela peut-être que cela ne serait pas arriver. C’est vraiment difficile à vivre », mentionne Shana.

Les dangers de la ferme

« Parfois, tu ne vois plus les dangers tellement tu y es habitué. Je pense que ça prendrait une certaine formation avec quelqu’un de l’extérieur de la ferme. Sans dire une inspection, pas dans le but de pénaliser, mais d’informer les gens, ¨ça prendrait une formation sur le terrain avec une liste des choses à vérifier », mentionne Shana.

Le couple a d’ailleurs mis toute l’emphase dans les détails rattachés à la sécurité dans les plans de leur nouvelle construction qui est sur le point d’être achevée.

« C’est certain que c’est toujours mieux de prévenir que de guérir. La prévention il n’y en a jamais assez. J’ai l’impression qu’aujourd’hui les gens sont plus conscientisés, mais j’ai l’impression aussi que c’est un aspect qui est plus fort au Québec qu’en Ontario. Ici, à moins qu’il n’y ait un accident, tu ne verras pas un inspecteur débarquer. Pourtant, si on y pense bien, le travail sur la ferme est aussi dangereux que dans une usine », affirme Jean-Pierre en indiquant qu’à son avis,  les normes de sécurité en usine sont au moins 10 fois plus élevées.

La bonne nouvelle dit-il c’est que les équipements sont de plus en plus sécuritaires et que le nombre d’accidents a diminué.

Développer des outils pour les employeurs

Shana indique que les agriculteurs qui emploient de la main-d’œuvre extérieure sont tenus de suivre une formation, ce qu’elle a elle-même fait. Néanmoins on demande à ce que chacun d’eux bâtisse un cahier incluant des fiches pour l’utilisation de la machinerie, ce qui exige beaucoup de temps et d’énergie.

« Je pense que c’est du dédoublement parce qu’on demande la même chose à tous les producteurs. Ce serait bien d’avoir des fiches qui aideraient à enseigner. On s’entend pour dire que même si les tracteurs ne sont pas tous pareils, ils sont quand même semblables. »

Elle suggère aussi qu’une formation en ligne soit disponible pour les employés agricoles.

« Je pense qu’il faut en parler constamment et qu’il faut faire des rappels régulièrement », conclut Shana.

« Tu ne peux pas empêcher tous les accidents, mais il y en a un paquet qui peut être évité », affirme Jean-Pierre comme mot de la fin.

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