Volume 34 Numéro 20 Le 23 juin 2017

Popsilos, l’art se déploie dans Prescott et Russell


L'un des cinq silos, celui du Vankleek Hill Vineyard.

Par Chantal Quirion


Des murales peintes à même des silos de ferme, voilà un attrait indéniable pour les comtés ruraux de Prescott et Russell dans l’Est ontarien.

Le circuit Popsilos sera inauguré le 30 juin prochain. Dès lors, le grand public sera convié à venir admirer des œuvres dont  la grandeur n’a d’égale que la beauté. Cinq silos situés dans Prescott et Russell ont été sélectionnés comme toile de fond pour ce concept artistique qui célèbre le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. À ces sites s’ajoutent la Fromagerie St-Albert dans le village du même nom et la brasserie artisanale Beau’s All Natural de Vankleek Hill ou ont été peintes des œuvres à caractère champêtre en plus de proposer une halte gourmande aux visiteurs.

Les sites forment un circuit qui s’étend à l’échelle des comtés, en passant par St-Albert, Embrun, Casselman et Vankleek Hill, dans l’ordre ou le désordre, selon le goût. Les coordonnées des sites sont disponibles sur le site www. popsilos.ca.  Tout au long du trajet, les gens auront aussi l’occasion de découvrir de nombreuses entreprises agroalimentaires qu’ils pourront apprécier en prenant soin d’amener avec eux la carte des produits locaux offerte sur le site du Réseau agroalimentaire de l’Est ontarien à l’adresse : www.agro-on.ca.

Rappelons que l’auteure du projet, Jennifer Larocque, s’est inspirée d’un attrait touristique visité lors d’un voyage en Écosse, le Château Kelburn. Les graffiti qui couvrent ce lieu historique attirent annuellement des milliers de visiteurs et le contraste des styles, soit la modernité du genre d’expression et le caractère historique des lieux n’est pas sans exercer une certaine fascination chez le spectateur. . D’ou, cette envie de recréer  un tel engouement dans sa région en faisant jaillir en plein champ, des œuvres plus traditionnellement associées au milieu urbain.

« Le projet Popsilos célèbre l’art urbain et distingue l’Est ontarien comme un pôle du mouvement global au Canada », commente l’un des artistes Emmanuel Jarus.

« Nous croyons que le projet Popsilos est une idée formidable parce qu’il apportera de l’art public à des communautés rurales qui sont souvent exclues de projets artistiques monumentaux. Le fait de peindre de hauts silos ayant comme toile de fond les magnifiques paysages canadiens est une manière remarquable de célébrer les 150 ans du Canada à travers l’art. C’est aussi une façon de permettre à des artistes majoritairement urbains de renouer leurs liens avec leurs racines champêtres », indiquent pour leur part les artistes Lacey Jane et Layla Folkmann.

Un projet ambitieux

Pour Jennifer Larocque  Popsilos s’avérait un défi colossal qu’elle a relevé avec brio en s’entourant d’une équipe de professionnels, dont les gens de  l’agence internationale Ashop qui a coproduit l’événement en l’aidant notamment dans le choix d’artistes chevronnés pour ce type de réalisations.

« Eux (Ashop) ce sont des experts de murales de cette taille-là. On les a consultés lors de notre choix d’artistes et pour les sites », indique Mme Larocque en précisant qu’il fallait considérer l’utilisation d’élévateurs, c’est-à-dire toutes les conditions techniques s’y rattachant. Les particularités des surfaces à peindre demandaient aussi beaucoup d’expertise.

« Dans nos choix, il y avait deux silos en métal. Ça prenait alors des spécialistes en aérosol. Ç’a été un peu comme un casse-tête et ils nous ont  vraiment facilité la tâche. Ce sont eux qui eux qui ont assuré la logistiques sur les sites », poursuit Mme Larocque. La simple préparation des surfaces à peindre a pris une bonne semaine.

Puis, une fois rendu à l’étape de la réalisation, la pluie et le temps froid se sont mis de la partie. Les artistes ont fait preuve de beaucoup de détermination rapporte pour sa part, Michel Dignard d’Embrun l’un des agriculteurs participants.

« Ils étaient toujours de bonne humeur. Ça chantait et ça riait tout le temps. Ç’a été un vrai plaisir de les avoir chez nous. »

Pour M. Dignard et sa famille, c’est une grande aventure qui commence et c’est excitant.

« On entend plein de commentaires pas toujours positifs sur l’agriculture. Ça va nous donner l’occasion de répondre aux questions des gens et de leur montrer à quoi ressemblent nos installations », indique l’éleveur de lapins d’Embrun qui porte aussi les chapeaux de producteur de grandes cultures, apiculteur et producteur de bleuets. Lui et son épouse Jeannette Mongeon ont déjà hâte d’accueillir des gens à la ferme.

« Ça va permettre de faire la promotion de la production locale. On va installer un kiosque de produits locaux les fins de semaine  et on va inviter des producteurs du coin. Nous on va avoir du lapin, du miel et des bleuets », précise ce dernier.

Diversité

Chaque silo propose un univers différent qui s’inspire des thèmes proposés : le multiculturalisme et les peuples fondateurs, l’unité de tous les peuples, l’environnement et la jeunesse. Les huit peintres choisis ont travaillé en équipe avec des artistes locaux qui ont agi à titre de mentors pour développer leur concept. La communauté a pour sa part été intégrée dans le processus de création. Plusieurs ateliers de remue-méninges ont été organisés.

« Le projet est original et le défi est intéressant. J’aime l’idée que la communauté participe », commente l’artiste Carlos Olivaé

L’équipe d’artistes compte Emmanuel Jarus et Zek One, Omen, Benny Wilding et Carlos Oliva, Roadsworth, Lacey Jane et Layla Folkmann. Certains ont travaillé en duo.

 « Ce sont des gens qui font des murales tout l’été.  C’est vraiment une poignée d’artistes qui peuvent faire ça et rapidement. On est choyé parce qu’on a eu l’aide d’un partenaire très connu dans le milieu de l’art urbain au Canada et qui nous a permis d’avoir cette brochette d’artistes. Ils ont souvent travaillé plus de douze heures par jours et ils ont tissé de beaux liens. Il y a des amitiés qui se sont formées », souligne Mme Larocque.

Les sites qui accueillent une murale sont les suivants :

La Ferme Michel Dignard et Jeannette Mongeon  à Embrun; la Ferme Ben-Rey-Mo ltée à St-Albert; la Ferme Horses by Hannah à Casselman; La Ouimet Farms Adventure à Vankleek Hill; et le Vankleek Hill Vineyard.

De l’idée au premier coup de pinceau, tout s’est passé très rapidement. Le coup d’envoi officiel a été donné en février dernier avec l’annonce d’un octroi fédéral de 150 000 $ pour passer à l’action.

Jennifer Larocque ne compte pas s’arrêter en si beau chemin et met déjà la table pour une édition 2018. Un jour, si l’on s’en fie à sa détermination, c’est tout Prescott et Russell qui popera sous la couleur.

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