Production biologique

Pourquoi ne pas récolter vos semences de légumes cet automne?


Les légumes qui produisent des fruits secs tels que le haricot sont récoltés lorsque les gousses sont desséchées. Photo : Charles de Maisonneuve


Par Charles De Maisonneuve, collaborateur Agricom

La récolte de semences de légumes de nos jardins a été graduellement abandonnée depuis plus d’un siècle avec le développement des compagnies de semences. Les jardiniers sont devenus dépendants des semenciers et ils ont perdu des cultivars ayant des caractères particuliers. On peut penser au melon de Montréal que l’on a réussi tant bien que mal à reconstituer.  Il est possible de renverser cette tendance en récoltant vos semences.

Organisation des cultures

Tout d’abord, pour faire la récolte de graines, on doit tenir compte de quelques facteurs. En premier lieu, il faut généralement plus de temps qu’une période normale de culture pour permettre aux plants de fleurir et aux graines d’atteindre la maturité requise. Par exemple, les plantes bisannuelles (ex. carottes, rutabaga, oignons) sont cultivées en mode végétatif la première année et elles sont entreposées durant l’hiver à des températures entre 0 et 5oC pour fleurir la saison suivante.

Ensuite, il faut isoler les variétés pour empêcher les croisements et l’introduction de caractères non souhaitables. L’espacement varie selon l’espèce et le mode de pollinisation (autopollinisation, pollinisation croisée). On peut trouver cette information ainsi que d’autres renseignements sur la récolte de semences dans le document « La conservation des semences, guide de production à petite échelle, 6e édition » (disponible auprès de Programme semencier du patrimoine Canada sur www.semences.ca). Par ailleurs, l’espacement n’est pas nécessaire si les cultivars fleurissent pendant des périodes différentes.

De plus, il faut prélever les graines sur un certain nombre de plants pour obtenir suffisamment de diversité génétique et avoir un bon choix de graines bien formées. Les grosses semences produisent généralement des plantules plus vigoureuses que les petites semences. Ainsi, pour la carotte et le concombre, il faut 20 et 6 plants respectivement. Enfin, une identification minutieuse des lots de semences est nécessaire.

Moment de la récolte

Il est important de récolter les graines au bon moment. Un prélèvement trop tôt réduit la durée de vie par manque de maturité et il y a de la perte si on tarde la cueillette. Par conséquent, le ramassage de graines de fruits secs (gousse de pois, akène de laitue, silique de chou) se fait juste avant l’ouverture du fruit ou du détachement de l’inflorescence. On peut également prélever l’inflorescence et la faire sécher. Cette méthode donne cependant des semences de différentes maturités.

Pour la plupart des fruits charnus tels que les tomates, les poivrons, les aubergines et les melons, l’extraction de graines se fait quand les fruits ont atteint leur maximum de saveur. Cependant pour les courges, la récolte du fruit se fait quand il est dur et à sa grosseur maximale. Les graines sont prélevées trois semaines à quelques mois après la cueillette du fruit.

D’autre part, les fruits charnus consommés immatures (concombres, courgettes) doivent être séparés du plant lorsqu’ils sont complètement mûrs. Il faudra donc attendre que le fruit du concombre devienne gros, spongieux et blanc, jaune ou orangé. Les graines sont prélevées environ 30 jours ou lorsque le fruit perd sa fermeté après la récolte du fruit. Pour la courgette, il faut patienter à la mort du plant.  

Technique de récolte

Les graines des fruits secs sont faciles à extraire. Il faut simplement frotter le fruit ou l’inflorescence et on les sépare des impuretés avec un tamis ou par un courant d’air. Un petit ventilateur est souvent utilisé à cette fin. Les graines des fruits charnus (ex. poivron, courge) sont séchées, mais elles doivent être rincées avant le séchage si les fruits sont juteux (ex. melon).

Qui plus est, les graines qui sont recouvertes de pulpe (gélatine) comme les concombres et les tomates doivent subir un traitement de « dépulpage » pour améliorer la conservation et pour lever la dormance induite par la gélatine. La procédure se fait pour de faibles quantités de semences en les frottant avec un linge. Le procédé de fermentation (voir au bas) est utilisé pour des volumes importants et les graines sont rincées et séchées par la suite.

Entreposage

Les semences doivent avoir été bien séchées avant l’entreposage. Un environnement sec et préférablement frais est recherché. Une technique éprouvée consiste à déposer les graines dans un pot de verre scellé (ex. pot Masson) et de le placer dans un réfrigérateur. On peut introduire du gel de silice ou de la poudre de lait pour mieux assécher l’air à l’intérieur du contenant. 

Inconvénients

La récolte de semences comporte certains inconvénients. D’abord, il est difficile de reproduire des hybrides à moins de cultiver en parallèle les lignées. Il faut également s’assurer que les graines n’ont pas été contaminées par des maladies provenant du plant mère. Or, la difficulté majeure est la dérive génétique, c’est-à-dire une perte des caractéristiques variétales. Il faut donc, constamment s’assurer que les graines prélevées représentent le cultivar.

Conclusion

Les changements climatiques causent déjà des problèmes de croissance entre autres en raison des sécheresses. On peut admettre suite à ces difficultés que les semenciers pourraient ne pas être capables de fournir des semences aux jardiniers amateurs. C’est pour cela que produire ses propres semences nous permettrait d’une part d’assurer une certaine autonomie et économie et d’autre part de sélectionner des cultivars plus résilients au nouveau climat.    

Procédé de fermentation

Photo : Charles De Maisonneuve

Pour retirer la pulpe sur la surface de graines, la technique de fermentation est parfois utilisée pour des graines de tomates par exemple. Pour ce faire, les graines prélevées des fruits et légumes sont récoltées et mises dans un pot avec de l’eau. Après quelques jours (environ 3 à 5 jours), il se forme de la moisissure à la surface de l’eau avec des odeurs. La fermentation sert à dégrader la pulpe gélatineuse qui pourrait empêcher la graine de germer. Les bonnes graines tombent au fond du pot ce qui facilite le triage avec les morceaux du fruit et les graines immatures. On pourra ainsi faire un rinçage délicat à l’aide d’un tamis et l’eau du robinet pour retirer les graines immatures et le restant de la membrane gélatineuse. Il ne restera plus qu’à faire bien sécher les graines avant de les entreposer comme les autres. Cette technique favorise la conservation des semences.

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