Volume 35 Numéro 06 Le 3 novembre 2017

Première sur l’échiquier de l’agriculture, un portrait des minorités linguistiques


Émilie Lavoie, démographe à Statistique Canada présente le portrait des agriculteurs de langue française en Ontario lors d'une rencontre avec l'Union des cultivateurs franco-ontariens. Crédit Photo: C. Quirion

Par Chantal Quirion


On sait maintenant combien de travailleurs agricoles francophones résident en Ontario et dans quelle partie de la province ils ont élu domicile. Un portrait des travailleurs agricoles de langue française en Ontario a été réalisé par Statistique Canada et chiffre à 3,4 %  le pourcentage des francophones qui comptent parmi les 106 665 personnes de 15 ans et plus qui œuvrent en agriculture dans la province.

C’est une grande percée, souligne Marc Laflèche, président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens UCFO.

 « C’est la première fois qu’ils vont aussi loin dans les détails. Ça montre que le gouvernement a jugé l’agriculture assez importante pour ajouter une statistique », mentionne M. Laflèche.

« Avant, on avait juste une idée. Là, c’est sur papier. J’ai été surpris d’ailleurs par quelques statistiques, surtout de savoir que Stormont  Nord est l’une des communautés dans l’Est avec un taux important de francophones. Ça veut dire qu’il y a encore un gros taux d’agriculteurs qui se reconnaissent francophones. Je suis fier de cela. »

Genèse du projet

Au fil des ans, différents recensements et enquêtes ont permis de mieux cerner la population canadienne. Puis, les détaillés recensements sur l’agriculture ont permis de brosser un portrait de l’évolution dans ce secteur d’activité. Ainsi en 2016 on apprenait que le nombre de fermes a diminué de 5, 9 % comparativement à  2011, baisse la moins marquée depuis 20 ans. Toutefois la taille des fermes a augmenté et la superficie des terres consacrées à la culture également. Ce dernier recensement agricole indique aussi que cette population vieillit, mais que le segment des exploitants âgés de moins de 35 ans a augmenté, affirmation qui s’applique aussi aux femmes.

Combler un vide

Une zone d’ombre demeurait toutefois.  Combien de ces agriculteurs vivent en situation minoritaire linguistique et où sont-ils? Agriculture et Agroalimentaire Canada a voulu en savoir plus.

« On n’avait rien là-dessus, absolument rien », indique Émilie Lavoie, démographe à Statistique Canada. Celle-ci s’est vu confier le mandat de produire la première étude sur le sujet. Avec son équipe, du Centre de la statistique ethnoculturelle, langue et immigration, elle a produit quatre rapports régionaux portant sur le Québec, l’Ontario, les provinces atlantiques et l’Ouest canadien. Le travail a été fait en couplant des données  de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 et du Recensement de l’Agriculture de 2011.  Ces portraits sont disponibles à l’adresse suivante : http://bit.ly/2ife5Zs.

Le portrait des travailleurs agricoles de langue française en Ontario a été présenté aux membres du conseil d’administration de l’UCFO, le 26 octobre dernier.

Mme Lavoie expliquait alors qu’il faut un certain temps avant que les données d’un recensement ne soient disponibles et que d’autre part, en faire l’analyse est un travail de longue haleine. D’où, l’emploi des données de 2011. Ceci dit, l’écart entre 2011 et 2016 ne devrait pas être très marqué.

« Entre 2011 et 2016, ça ne varie pas tant. Il y a diminution des minorités, mais il y a stabilisation de l’utilisation des langues », précisait Mme Lavoie. Lors de cette présentation, la démographe s’est attardée sur l’industrie agricole, mais le rapport complet porte également sur l’industrie agroalimentaire.

Faits saillants du portrait

Selon Statistique Canada, il y avait 100 665 personnes âgées de 15 ans ou plus qui travaillaient dans le secteur agricole en Ontario en 2011. De ce nombre, 3,4 % étaient de langue française (3 455 personnes). Alors que le secteur agricole se concentrait principalement dans les régions du Sud et de l’Ouest de la province, les travailleurs du secteur qui sont de langue française se retrouvaient surtout dans les régions de l’Est et du Nord de l’Ontario. Ainsi, alors que la région de l’Est de l’Ontario regroupait 11,2 % des travailleurs du secteur agricole de la province (soit 11 305 travailleurs), 1 980 travailleurs étaient de langue française, soit
57,3 % de tous les travailleurs agricoles francophones de la province. De la même façon, la région du Nord de l’Ontario regroupait 3,2 % des travailleurs du secteur agricole (soit 3 240 travailleurs) en 2011, et de ces travailleurs, 19,4 % étaient de langue française (630 travailleurs). Ces 630 travailleurs représentaient en fait 18,2 % de tous les travailleurs de langue française de l’Ontario. Bref, la répartition géographique de la population agricole de langue française en Ontario diffère de celle de l’ensemble des travailleurs du secteur dans la province.

Spécificités par région

L’équipe qui a procédé à cette recherche a aussi détaillé certains traits propres au Nord et à l’Est de l’Ontario, ces deux régions ayant un pourcentage plus important de francophones. Toutefois, en nombre, le Sud et l’Ouest comptent aussi un bassin important de francophones. Agricom se penchera sur différentes particularités mises en lumière dans ce rapport au fil des prochaines éditions.

Ce projet a été réalisé dans le cadre d’une collaboration entre Statistique Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada, et Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

Mme Lavoie indique par ailleurs que les bailleurs de fonds ont accueilli cet ouvrage avec beaucoup d’enthousiasme et qu’ils ont démontré un intérêt certain à refaire l’exercice avec les données de 2016, lorsque les données seront disponibles et que les ressources humaines adéquates pourront y être affectées.

« Ces données-là vont être intéressantes éventuellement pour connaître les vrais besoins en subventions de nos populations agricoles », a conclu M. Laflèche.

Le directeur général de l’UCFO, Simon Durand a pour sa part commenté:

« Cette première analyse est très utile pour nous. Elle permet de mieux nous connaître comme agriculteur francophone, mais ces données mettent également en lumière à quel point les bases de données de la province sont incomplètes. Il semble qu’il y ait assez peu d’agriculteurs qui s’identifient comme francophone ou qui demandent les services en français auxquels ils ont
droit», a-t-il soutenu.

Les tableaux ont été publiés avec l’autorisation de Statistique Canada.

 

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