Volume 37 Numéro 7 - Le 14 février 2020

Prévisions économiques 2020


Photo libre de droit de Pixabay

Par Roxanne Lormand
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Difficile de savoir ce que la nouvelle année 2020 réservera aux divers secteurs du monde agricole. Sébastien Pouliot économiste agricole principal chez Financement agricole Canada (FAC) est venu faire une présentation à Casselman sur les perspectives économiques à venir. Agricom était sur place pour vous.

Économie mondiale

Sébastien Pouliot, économiste agricole principal chez Financement agricole Canada (FAC), lors de son passage à Casselman dans l’est ontarien. Photo : Roxanne Lormand

Tout d’abord, à l’échelle internationale les mauvaises relations commerciales entre les États-Unis et la Chine affectent beaucoup le reste de la planète et fragilise l’ensemble de l’économie. Au moment d’écrire ces lignes et de rencontrer Sébastien Pouliot, le coronavirus commence à affecter la Chine et selon l’expert affecte déjà le marché, mais pourrait l’affecter encore plus durant les prochaines semaines étant donné la grande force de la Chine sur le marché commercial mondial. « L’économie mondiale est encore fragile… ce qui se passe présentement avec le virus Corona, on ne sait pas trop ce qui va arriver, mais si la distribution devient plus importante et globale, ceci pourrait causer une récession. » avance M. Pouliot.

 

 Le Fonds monétaire international (FMI) estime une croissance de 3,4 % pour 2020. Pour l’économiste Sébastien Pouliot « c’est mieux que le 3,0 % en 2019, mais ce n’est quand même pas très élevé comparé à l’économie de la Chine et de l’Inde qui croient des 5,6 % annuellement. » Donc au niveau mondial la tendance sera au ralenti.

Économie canadienne

L’économie canadienne va plutôt bien et comparé aux autres grandes économies dans le monde, le Canada s’en est bien sorti en 2019. « On n’a pas un super gros taux de croissance et on n’a aussi pas vu des signaux négatifs comme d’autres ont pu observer. »

Le taux d’inflation en décembre 2019 était à 2,25 %. Pour 2020, le taux de croissance du PIB est prévu autour de 1,7 %. Le début de l’année devrait être plus modéré toutefois.

Le marché de l’emploi est fort au pays. Le taux de chômage est relativement faible et on ne voit pas un gros changement entre les chiffres de 2018 et 2019. « Présentement, le problème dans l’est au Québec et en Ontario c’est plutôt le manque de main-d’œuvre que le surplus de main d’œuvre, » souligne M. Pouliot. L’année 2019 a par contre été plus difficile dans les prairies.

Lorsqu’une rareté de main-d’œuvre est présente, « ça pousse les salaires vers le haut. » Il faut payer plus pour retenir les employés. L’économiste a analysé les chiffres pour l’Ontario et entre janvier 2019 et décembre 2019, le taux est de 4,5 %. Historiquement, c’est un taux très élevé. L’économiste explique la signification de ces chiffres en rappelant que si les employeurs agricoles veulent avoir de la main-d’œuvre et conserver cette bonne main d’œuvre ils doivent être prêts à payer.

Prix du pétrole et dollar canadien

Pour l’ensemble de 2019, les prix du pétrole ont été assez stables sans être trop élevé comparativement à quelques années. « Présentement, le prix du pétrole n’a pas une si grosse influence sur le dollar canadien, car le prix du pétrole n’a pas bougé tant que ça, » explique Sébastien.

Le dollar canadien a été plutôt stable en 2019 autour de 75 sous. Les variations durant l’année n’ont pas aussi forte comparativement à des années ou la variation pouvait atteindre jusqu’à 10 sous par année. Il y a même eu un raffermissement du dollar canadien à la fin de l’année. Les économistes à la FAC s’attendent par ailleurs à ce que le dollar canadien revienne à 75 sous d’ici juillet 2020.

Il faut aussi surveiller l’impact de l’éclosion du coronavirus en Chine qui affecte beaucoup les marchés. La Chine importe moins et ferme ses frontières. Le prix du pétrole au Canada a beaucoup baissé dans les dernières semaines et il est possible qu’il descende encore un peu d’ici à ce que les marchés se rééquilibrent.

Économie agricole

Grandes cultures

Les conditions pour l’ensemencement étaient très mauvaises au début de l’année aux États-Unis. À la fin mai, on s’attendait à ce que les agriculteurs aillent planter du soya plutôt que du maïs qui aurait eu potentiellement un moins bon rendement aussi. Les prix ont augmenté et passé d’environ 3,50 $ américain par boisseau jusqu’à atteindre 4,50 $. Cependant, les agriculteurs ont continué de planter du maïs jusqu’à la fin juin et la plante a bien poussé, ce qui a provoqué une baisse du prix vers juillet-août. Les prix se sont restabilisés depuis.

Le prix du maïs est habituellement défini en fonction de celui des États-Unis. FAC s’attend à ce que plus de maïs soit planté en 2020. « Les agriculteurs américains ne semblent pas vouloir planter du blé, mais plus du soya et du maïs. » explique M. Pouliot. « Le potentiel pour l’augmentation des prix dans le maïs n’est pas tellement là… »   

Photo Pixabay.

Pour le soya, depuis l’ouverture récente des marchés, il y a eu une diminution des prix. « Les stocks de soya sont encore hauts et le potentiel pour l’augmentation des prix n’est pas très bon [pour la nouvelle année]… » prédit l’économiste. « Les stocks to use ratio sont encore élevés, jusqu’à 12 et 13 % historiquement autour de 7-8 %… c’est un taux très élevé. »

Lait

Photo : Archives Agricom

Pour le secteur laitier, la Commission canadienne du lait a annoncé une hausse de 1,93 % du prix de soutien du beurre. La demande est encore forte à l’interne au pays. Le coût des intrants devrait aussi augmenter et il y aura une augmentation estimée de 20 % pour le prix de la poudre de lait écrémé aux États-Unis. L’Accord Canada — États-Unis — Mexique (ACEUM) devrait être mis en œuvre dans la seconde moitié de 2020. L’ACEUM va devenir effectif entre 2 et 3 mois après sa ratification. La classe 7 devra être éliminée dans les 6 mois suivants. Selon le récent rapport de FAC sur les Perspectives pour 2020 Secteur laitier canadien « … on estime que les augmentations volumétriques des quotas d’importation de la plupart des produits laitiers au cours des six premières années de l’accord permettront aux exportateurs américains de produits laitiers d’avoir accès à 3,6 % du marché laitier canadien. Cette croissance sera suivie d’une augmentation annuelle de 1 % de l’accès au marché pour les 13 prochaines années. » Les stocks de matières grasses sont toutefois importants et devraient limiter la croissance des revenus pour les producteurs.

Boeuf

Photo : Farm & Food Care Saskatchewan

Pour les exportations de bœuf, l’année 2019 a permis une augmentation des exportations canadiennes vers le Japon, puisque les États-Unis n’avaient pas d’entente avec le Japon. L’incident Huawei a toutefois stoppé net les exportations canadiennes en Chine. La perte de capacité d’abattage avec les récentes fermetures d’usines en Ontario devrait même faire encore plus descendre le prix du bœuf ontarien comparativement à celui de l’Alberta. La marge par tête devrait augmenter au début 2020, mais devrait descendre rapidement par la suite selon les prévisions de FAC.

Porc

Photo : IStock.

« Avec la fièvre porcine africaine en Chine déjà présente depuis un moment, on peut s’attendre à ce que ça continue en 2020 et que ça reste quand même positif, » a expliqué l’économiste Pouliot. On voit toutefois qu’il y a une substitution vers d’autres protéines et l’importation de bœuf augmente par exemple.

Poulet et oeufs

Photo : IStock

Avec l’ACEUM un peu comme lait. On aura une augmentation volumétrique des contingents à l’importation. On s’attend à des profits dans le secteur du poulet et des oeufs. Puisque le prix de consommation du poulet et des œufs est moins cher que celui du bœuf depuis quelques années on voit une augmentation de la demande au détriment du bœuf et du porc.

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